Qu'est-ce que la dysmorphie de productivité ?

Être très exigeant envers soi-même au travail et avoir toujours l'impression de ne pas faire assez d'efforts est une réalité psychologique courante. De quoi s'agit-il ? Le texte suivant l'explique.
Qu'est-ce que la dysmorphie de productivité ?
Valeria Sabater

Rédigé et vérifié par Psychologue Valeria Sabater.

Dernière mise à jour : 13 juin, 2023

La dysmorphie de productivité nous empêche de prendre conscience de nos réalisations et de nos compétences. Avec ce filtre débilitant, tout effort tombe dans l’oreille d’un sourd, on n’en fait jamais assez et ce qui est fait est défectueux ou inutile. Ce terme définit un phénomène psychologique dans lequel de nombreux travailleurs se sentent représentés.

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une entité clinique pouvant être diagnostiquée, il s’agit d’une affection qui comprend le syndrome de l’imposteur, l’anxiété et le perfectionnisme extrême. Les sentiments de culpabilité qui en résultent dessinent peu à peu une vision négative de nous-mêmes. Si vous vous identifiez, découvrez plus d’informations ci-dessous.

Ce type de dysmorphie peut être la conséquence d’avoir des patrons qui boycottent votre travail.

Dysmorphie de productivité : définition et caractéristiques

S’il existe un phénomène psychologique de plus en plus fréquent, c’est la dysmorphie. Le King’s College de Londres a exposé dans un article en quoi consiste ce trouble. La personne présente une préoccupation obsessionnelle pour son corps, voyant des défauts là où il n’y en a pas et construisant une vision altérée et négative de son apparence.

Ce type de condition se transfère à des scénarios au-delà du physique lui-même : par exemple, sur le lieu de travail. Ainsi, la dysmorphie de productivité se définit comme la perception que nous ne sommes pas assez performants et que nous devons faire plus d’efforts. Cela aboutit à la sisyphémie (sisifemia, terme en espagnol), c’est-à-dire à la fatigue mentale du travailleur qui consacre de nombreuses heures à sa tâche.

Ce terme a été inventé par la journaliste Anna Codrea-Rado, pour expliquer la déconnexion qui apparaît entre ce que nous avons réalisé et les sentiments ressentis à ce sujet. Il y a toujours une trace de découragement, de frustration et d’insuffisance. C’est quelque peu débilitant ; une réalité dans laquelle beaucoup se retrouvent et que nous allons continuer à décrire.

Comment savoir si j’en souffre ?

Imaginez que vous êtes enseignant. Vous préparez vos cours tous les jours, vous vous efforcez de présenter les informations de manière dynamique, ludique et significative. Vos élèves apprennent, s’amusent et démontrent leur compétence dans la matière.

Malgré cela, vous rentrez chez vous chaque jour en vous sentant comme un raté, en pensant que vous devriez en faire plus. C’est la malédiction de la dysmorphie de productivité. Les caractéristiques qui construisent son anatomie sont les suivantes :

  • Faible estime de soi.
  • Autocritique constante.
  • Concept de soi négatif.
  • Douter de son propre talent.
  • Charge mentale élevée et stress.
  • Incapacité à valoriser les réalisations.
  • Le travail devient la seule préoccupation.
  • On ne valorise pas les connaissances et les succès du passé.
  • Impossibilité de profiter des loisirs ou du temps libre.
  • Sentiment d’inadéquation vis-à-vis du rendement.
  • Perception qu’à un moment donné, vous serez viré.
  • L’épuisement empêche de se concentrer sur la famille ou d’autres domaines.
  • Besoin d’investir plus de temps que nécessaire au travail (sisyphémie/sisifemia en espagnol).
  • Sentir qu’à tout moment, un problème apparaîtra au travail à cause de nous.

La personne atteinte de ce type de dysmorphie est incapable de se reposer ou d’avoir du temps pour les loisirs. Elle pense qu’elle est improductive.

Quelles sont les causes de la dysmorphie de productivité ?

La dysmorphie dans le domaine productif est un produit de la réalité psychologique de notre époque. Nous vivons dans une société exigeante où l’estime de soi est de plus en plus érodée et l’image de soi est de plus en plus vulnérable.

L’environnement et la culture agissent comme ces pressions extérieures et ces miroirs dans lesquels nous nous reflétons pour nous découvrir comme des figures défectueuses. Nous sommes des entités qui ne sont presque jamais à la hauteur de ce que les autres attendent. Cette condition est le résultat de nombreux facteurs tels que ceux que nous allons voir ci-dessous.

Syndrome de l’imposteur

Le syndrome de l’imposteur fait référence à ce sentiment persistant que vous êtes incompétent et qu’à un moment donné, les autres découvriront que vous êtes un imposteur. Même s’il existe suffisamment de preuves pour montrer que nous sommes des personnes qualifiées, compétentes et capables.

Un article du magazine Frontiers in Psychology souligne que, dans cette condition, nous ne devons pas seulement regarder les aspects qui définissent la personne qui en souffre. Tout n’est pas causé par une faible estime de soi, par exemple. L’environnement compte aussi ; il est possible que les gens qui nous entourent jouent un rôle dans cette perception négative. Le syndrome de l’imposteur est, en réalité, l’axe qui déplace la dysmorphie elle-même dans le domaine productif.

Perfectionnisme obsessionnel

Il est bon d’être exigeant avec soi-même, mais il n’est pas commode de devenir des figures très sévères et critiques. Il n’est pas bon de devenir ce punching-ball que le dialogue interne négatif frappe tous les jours. Un perfectionnisme excessif nous épuise, nous sape et nous boycotte dans chacune de nos actions.

Pour cette voix intérieure, notre valeur, nos talents ou les succès que nous obtenons n’auront aucune importance. Cet esprit « hyperperfectionniste » fixe des normes personnelles si élevées que nous ne les atteindrons jamais. Cela explique l’épuisement et l’insatisfaction constante.

Trouble anxieux

L’anxiété chronique peut avoir un impact significatif sur la productivité et la perception qu’une personne a de son rendement.

Dans cet ordre d’idée, la Review of Clinical Psychology souligne dans un article que le trouble anxieux généralisé entraîne cette inquiétude constante qui encourage la négativité et les émotions dérégulées. Fréquemment, beaucoup de ceux qui souffrent de cette dysmorphie présentent une telle image psychologique.

Dysmorphie de productivité et réseaux sociaux

Il est important de souligner le rôle des réseaux sociaux dans la genèse des processus dysmorphiques, c’est-à-dire de cette condition dans laquelle la personne développe une image dysfonctionnelle, négative et altérée d’elle-même.

Les visions idéalisées de personnes qui réussissent et accomplissent de grandes choses, apportées par des applications comme Instagram, ont un impact considérable sur de nombreux esprits, créant peut-être des attentes irréalistes et favorisant un sentiment d’inadéquation constante.

Environnements de travail hostiles et critiques

Dans la genèse des problèmes psychologiques, le contexte est décisif. Ainsi, le fait d’avoir des patrons autoritaires ou des figures d’autorité qui dévalorisent notre travail et qui sont critiques influence aussi cette réalité. On finit par douter beaucoup de soi quand on travaille toujours dans des environnements hostiles.

N’oubliez pas que vos réalisations ne vous définissent pas. Vous êtes plus que votre travail et l’argent que vous gagnez. Ne basez pas exclusivement la vision que vous avez de vous-même sur la scène du travail.

Comment traite-t-on la dysmorphie de la productivité ?

Pour traiter ce genre de dysmorphie, il faut savoir ce qui la déclenche. Parfois, il existe un trouble anxieux généralisé ou même un niveau de stress élevé causé par de mauvaises conditions de travail. Les mêmes conseils ne fonctionnent pas pour tout le monde et nous n’avons pas tous les mêmes besoins. Maintenant, d’un point de vue général, nous pouvons réfléchir aux dimensions suivantes :

  • Souvenez-vous de vos succès passés.
  • Soyez capable de célébrer vos réussites.
  • Reconnaissez tout ce que vous faites bien.
  • Renforcez votre estime de soi et votre image de soi.
  • Établissez des limites claires entre votre travail et votre vie personnelle.
  • Pratiquez l’auto-compassion ; arrêtez d’être votre pire juge et ennemi.
  • Reposez-vous, donnez-vous du temps pour récupérer physiquement et mentalement.
  • Appuyez-vous sur les personnes qui vous aiment, parlez-leur de vos pensées et de vos préoccupations.
  • Évaluez les conditions de travail dans lesquelles vous travaillez : peut-être qu’elles affectent votre santé mentale.
  • Fixez-vous des objectifs réalistes et ne passez pas tout votre temps au travail. Pratiquez une bonne gestion du temps.
  • Pratiquez les soins personnels. Chaque jour, vous devez établir plusieurs heures de repos et de loisirs pour vous déconnecter un peu.
  • Ne liez pas votre concept de soi exclusivement au travail. Vous êtes plus que le travail que vous faites.
  • Concentrez-vous sur de nouveaux domaines de croissance personnelle. Inscrivez-vous à des cours, faites du sport. Le but est de se changer les idées du travail.
  • Désactivez le perfectionnisme extrême. Il suffit de bien faire les choses : vouloir se dépasser chaque jour au maximum n’apporte que de la souffrance.
  • La thérapie cognitivo-comportementale et la thérapie d’acceptation et d’engagement sont utiles et efficaces dans le traitement de la dysmorphie de productivité.

Il est vrai que nous avons tous, à un moment donné, le sentiment que nous ne sommes pas assez productifs. Cela pourrait nous inciter à nous surpasser un peu plus et, en tant que tel, c’est une bonne chose. Mais essayons de ne pas en faire une obsession. Nous ne sommes pas seulement notre travail ; il y a plus de domaines qui nécessitent notre attention.


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