Thérapie d’acceptation et d’engagement : principes et applications

· 29 novembre 2017

« J’ai besoin de motivation pour continuer à travailler », « sans amour, je ne peux pas aller de l’avant » ou « je dois garantir que j’obtiendrai ce que je veux pour aller de l’avant ». Il s’agit là de phrases familières que nous nous sommes tous dit à un moment donné et qui indiquent un important degré de mal-être. La thérapie d’acceptation et d’engagement peut nous aider.

Les expressions ci-dessus sont préjudiciables et n’aident pas à résoudre nos problèmes : elles impliquent qu’il existe une exigence et que si nous ne l’accomplissons pas, nous ne pourrons pas aller de l’avant. Nous donnons une valeur causale explicite au contenu de la pensée et du sentiment, tout en soulignant que certains contenus ou événements privés sont négatifs.

La thérapie d’acceptation et d’engagement (Acceptance and Commitment Therapy, ACT) n’est pas une technologie nouvelle ou récente, bien qu’il s’agisse d’une thérapie de troisième génération. Elle a été développée sur près de vingt-cinq ans, bien que sa popularité soit récente.

La thérapie d’acceptation et d’engagement est une forme de psychothérapie comportementale et cognitive basée sur le cadre relationnel du langage et de la cognition humaine. Elle représente une perspective de psychopathologie mettant l’accent sur le rôle de l’évitement expérientiel, la fusion cognitive, l’absence ou l’affaiblissement des valeurs et la rigidité ou l’inefficacité comportementale en résultant lors de l’apparition et la réalisation de celui-ci.

femme regardant par la fenêtre

Selon la thérapie d’acceptation et d’engagement, l’un des problèmes du patient est qu’il confond la solution avec le problème. La personne affectée suit un mode de vie dans lequel elle évite délibérément les événements privés (pensées et sentiments) avec des fonctions verbales répulsives (cataloguées comme souffrance, détresse, anxiété , dépression, etc), n’obtenant rien d’autre qu’une amplification des symptômes.

Que signifie tout ceci ? Un lecteur familiarisé avec la psychologie comprendra ces termes sans problème. Cependant, cela peut être plus difficile pour d’autres personnes. Nous essaierons de clarifier ces termes autant que possible.

Principes de la thérapie d’acceptation et d’engagement

Évitement expérientiel

La douleur est une partie inséparable de l’existence humaine, mais la souffrance est « un autre refrain ». Se sentir mal est un état que chacun d’entre nous veut éviter ou, dans la mesure où il est déjà installé en nous, s’en échapper. Par conséquent, nous nous démenons pour annuler les émotions et les sentiments négatifs dès que possible.

Dans une plus ou moins grande mesure, nous avons tous tendance à éviter la souffrance (à moins qu’il existe des récompenses secondaires très importantes : quelqu’un peut vouloir être « un peu malade » pour recevoir de l’attention), et il s’agit de quelque chose de logique et de désirable. Cependant, il existe des moments où le prix à payer pour obtenir cela, pour commettre des erreurs dans la manière dont nous le faisons, devient très élevé.

L’important est de « prendre conscience » quand l’évitement de la souffrance n’est pas une solution valable. Une fois que nous aurons fait cela, nous serons en mesure d’apprendre à réaliser un « écart psychologique » des réactions privées en apparence négatives si cela favorise ce que nous apprécions dans la vie. En d’autres termes, une fois que nous comprenons qu’il est peu utile de vivre en consacrant toutes nos ressources à éviter la souffrance (ce qui ne signifie pas que nous devons la rechercher), nous pourrons l’accepter lorsque nous la ressentons.

« Le bonheur et la liberté commencent par la compréhension claire d’un principe : certaines choses sont sous notre contrôle et d’autres ne le sont pas. Ce n’est qu’après avoir affronté cette règle fondamentale et avoir appris à distinguer entre ce que nous pouvons contrôler et ce que nous ne pouvons pas contrôler, que la tranquillité intérieure et l’efficacité extérieure seront possibles »

-Epictète-

Fusion cognitive

La fusion cognitive est le concept le plus abstrait que nous allons traiter dans cet article relatif à la thérapie d’acceptation et d’engagement. Pour le comprendre, nous pouvons songer à notre esprit (fil de la pensée) comme à une radio. Une radio capable de nous dire ce que nous ressentons ou si ce que nous faisons est suffisant ou non afin d’atteindre un objectif donné. Cela peut en outre abîmer notre estime de soi en déclarant que nous ne sommes pas assez bons pour plaire à quelqu’un. Beaucoup de nos radios envoient ce type de messages.

Le problème apparaît lorsque nous « fusionnons » ce type de messages avec la réalité, lorsque nous leur donnons ce statut, lorsque nous pensons que ce que dit notre radio est nécessairement vrai. D’où l’importance de la méta-pensée, de réfléchir sur notre façon dont pensons et l’ajustons, de comprendre que ce que nous dit notre voix intérieure ne cesse pas d’être une voix, à l’instar des nombreuses existant dans un débat radiophonique.

D’autre part, cette radio peut nous être utile dans le sens où elle peut nous fournir des informations (à la radio il existe non seulement des débats d’opinion, mais également des messages informatifs : il se produit la même chose dans notre esprit). Elle peut nous dire s’il va faire chaud, voir même nous donner son avis sur le fait de savoir si cela vaut la peine de sortir ou non avec cette chaleur, mais il ne s’agit que d’une recommandation que nous pouvons suivre ou non. Cette radio, pour revenir à la psychologie, peut nous dire que lors d’une fête il y aura de la tension, voir même nous conseiller de ne pas y aller, mais nous serons celui qui prendra la décision au final. C’est pourquoi il est très important, en thérapie, de séparer la fusion qui s’est produite entre ce que dit la radio et nos probabilités d’action.

Thérapie d'acceptation et d'engagement

Les valeurs

La thérapie d’acceptation et d’engagement accorde une importance particulière aux valeurs des personnes. Le fait qu’une personne évalue, par exemple, un certain objet comme laid ou beau est lié, dans une large mesure, aux antécédents historiques de cette personne dans la culture correspondante.

Nous percevons des changements dans ces évaluations : tant à travers différentes cultures qu’au fil du temps. Il convient que nous commencions à réaliser que beaucoup de nos réponses qualificatives (moche/joli, bon/mauvaise, drôle/ennuyeux, par exemple) auraient pu être complètement différentes si nous étions nés à un autre moment ou à un autre endroit. Il en va de même pour les valeurs et notamment lorsque nous portons notre attention sur leurs limites ou lorsque nous faisons face à des dilemmes moraux.

Rigidité comportementale

Ce terme est plus facile à définir. La rigidité comportementale consiste à toujours effectuer les mêmes actes pour ne pas disposer d’un répertoire plus large. En d’autres termes, nous tournons souvent autour d’un même problème et n’arrivons jamais à une solution efficace. Selon la thérapie d’acceptation et d’engagement, ceci est dû au fait que nous n’avons pas plus de « solutions » pour faire face aux problèmes puisque nous n’en cherchons pas non plus.

Les troubles qui apparaissent pour tenter d’éviter la souffrance

Nous avons préalablement défini ce qu’est l’évitement expérientiel. Il existe de nombreuses personnes qui cherchent à éviter de manière chronique et généralisée ce qui cause un mal-être et, par conséquent, qui vivent une existence très limitée. Ce modèle finit par étendre la souffrance à de nombreuses facettes de leur vie.

Ces personnes vivent enveloppées dans ce schéma d’évitement dont le coût personnel est très élevé, les empêchant, par exemple, d’atteindre nombre de leurs objectifs. C’est dans ces circonstances que nous parlons de trouble d’évitement expérientiel.

La culture occidentale et ses principaux vecteurs, les familles, encouragent la réalisation d’événements privés (pensées, sentiments ou sensations) « justes » ou « appropriés » pour vivre. Par exemple, nous encourageons le fait que, pour bien fonctionner et réussir, un état de motivation ou d’émotion spécifique ou une manière de penser à soi-même, est nécessaire.

Le problème surgit lorsque l’expérience de la personne est réussie et que malgré tout elle tente de trouver ces états privés qui lui ont été enseignés comme déterminants afin d’accomplir ce qu’elle a déjà accompli. Pour prendre un exemple un peu extrême, imaginons cet homme qui a gagné à la loterie. Depuis l’enfance, il lui a été enseigné que l’argent provient du travail et que s’il souhaite être riche, il devra travailler dur. Eh bien, malgré le fait d’être riche il continue de travailler durement tous les jours pour essayer de remplir la première partie de l’association.

Dès lors, il semble que de nombreuses personnes considèrent que le succès recherché ne soit valable que s’il a préalablement fait l’objet de souffrance. De sorte que lorsqu’ils l’obtiennent, ils le cherchent ou continuent à le chercher. L’évitement, d’un autre côté, submergerait la personne dans un autre type de cercle. Dans cette hypothèse, la personne souhaiterait gagner à la loterie, mais le travail représente pour elle une souffrance qu’elle veut fuir, de sorte qu’elle renonce au succès parce qu’elle comprend que travailler (souffrir) est le seul moyen d’y arriver. Elle s’installerai dès lors dans une autre souffrance : celle de ne pas obtenir ce qu’elle veut.

homme préoccupé

En fait, la solution est le problème

Malheureusement cependant, les faits montrent que le résultat obtenu est contraire au but poursuivi par la personne : malgré les nombreux efforts visant à éviter la souffrance, le fait est qu’elle continue de souffrir. Ainsi, ce schéma d’évitement devient paradoxal .

Cela dit, nous serions confrontés à une solution qui, en réalité, est le problème. Ceci est la véritable question : un modèle de vie comprenant la fuite délibérée du mal-être, de la souffrance et de l’anxiété et qui ne parvient qu’à générer le mal-être, la souffrance et l’anxiété.

« L’amour engendre la souffrance parce que vous pouvez le perdre, mais nier l’amour pour éviter la souffrance ne résout rien, vue que vous souffrez de ne pas l’avoir. Par conséquent, si le bonheur est l’amour, et que l’amour est la souffrance, je dis alors, que le bonheur est également souffrance. Les deux faces de l’amour … »

-W Allen-

Le trouble d’évitement expérientiel apparaît lorsqu’une personne n’est pas disposée à entrer en contact avec ses expériences privées de valence négative (qu’il s’agisse des états ou sensations de son corps, de ses pensées ou de ses souvenirs). Un exemple concret d’expérience privée négative pourrait être des émotions « indésirables », telles que la colère ou la tristesse.

Ainsi, dans le trouble d’évitement expérientiel, la personne tente de modifier l’origine, la forme ou la fréquence desdites expériences afin que ces dernières se produisent pas. Par exemple, imaginons une personne se trouvant dans un état émotionnel où la tristesse prédomine. Une attitude commune dans ce genre de situation est de traiter la tristesse comme une mouche : la faire disparaître en la repoussant. Face à cette stratégie impulsive et mal avisée, la mouche continuera à guerroyer ; il en va de même avec la tristesse.

C’est ainsi que nous nous donnons la permission de ressentir cela. Nous oublions souvent que les personnes « doivent » se sentir tristes de temps en temps simplement parce que se sont d’êtres humains. Lorsque nous évitons cette expérience, cette dernière se fait plus intense parce que tout ce que nous évitons ou résistons persiste.

Bénéfique à court terme, nuisible à long terme

Ce modèle de comportement semble souvent efficace à court terme, car il soulage l’expérience négative. Cependant, lorsqu’il se produit de manière chronique et généralisée, il prolonge les expériences négatives et finit par produire une limitation dans la vie de la personne.

En d’autres termes, la personne finit par aller à l’encontre de ce qui est bon pour elle, le suicide représentant le cas extrême de l’évitement expérientiel. La nature paradoxale du trouble d’évitement expérientiel réside justement dans le fait que celui qui le subit est impliqué dans le fait de réaliser ce qu’il comprend qu’il doit faire pour éliminer la souffrance (en utilisant le temps et l’effort dans un tel objectif).

Néanmoins, ce qu’elle obtient à long terme, est que ce qui la fait souffrir soit de plus en plus présent et sa vie de plus en plus fermée. Elle devient incapable d’aller de l’avant pour atteindre les objectifs et les valeurs qui sont importants à ses yeux.

Applications de la thérapie d’acceptation et d’engagement

Une analyse des études publiées sur la thérapie d’acceptation et d’engagement semble montrer que les groupes de troubles où un corpus scientifique plus vaste a été assemblé sont, dans cet ordre :

  • Les troubles anxieux
  • Les dépendances
  • Les troubles de l’humeur
  • Les schémas psychotiques
femme anxieuse

Il est tout à fait possible que cette efficacité différentielle soit due, d’une part, à l’accent mis par la ACT sur l’acceptation – un élément certainement nécessaire face aux expériences associées à la douleur émotionnelle (anxiété, dépression, deuil, trouble post-traumatique, etc. ) – et, d’autre part, à l’amélioration de l’engagement personnel  – qui, à son tour, semble crucial pour traiter les troubles qui impliquent des comportements mettant en danger la santé (rapports sexuels non protégés, consommation d’alcool et de drogues, etc.) -.

Par ailleurs, amener le patient à prendre ses distances et être capable de remettre en question ses pensées et ses idées peut être une aide basique pour le traitement de tout épisode psychotique. Il est important de signaler que, dans tous les cas, la population qui peut bénéficier de cette thérapie est limitée aux adultes compétents oralement.

Références bibliographiques

Kelly G. Wilson, M. Carmen Luciano Soriano. Thérapie d’acceptation et d’engagement (ACT) . Madrid Pyramide