Avoir confiance, ce n’est pas tout savoir de quelqu’un : c’est ne pas avoir besoin de tout savoir

16 avril 2017 dans Psychologie 7 Partagés

Avoir confiance en tout le monde, c’est comme offrir la chose la plus délicate que l’on possède : notre cœur. La confiance est un bien précieux, un trésor à révéler avec précaution car il s’agit de ce qu’il y a de plus beau dans une relation d’amitié et de plus fort dans une relation de couple. Nous n’avons pas besoin de tout savoir de cette personne parce que le lien est exceptionnel. D’un autre côté, la confiance est indispensable pour que l’intimité naisse et se développe.

Cette dimension va bien au-delà du simple champ psychologique. Nous parlons d’un tendon émotionnel qui édifie en même temps notre comportement social. Même la philosophie et la sociologie nous expliquent que la confiance acquiert un niveau plus authentique et révélateur chez les humains que chez tous les autres animaux. Ces derniers font confiance aux animaux de la même espèce et ce par instinct. Les personnes le font parfois de façon consciente en appliquant souvent une « sélection » sage : un filtre très spécial basé sur l’expérience.


« Faire confiance à tout le monde est une chose insensée et ne faire confiance à personne est d’une maladresse névrotique. »

-Juvenal-


Lorsqu’on parle de confiance, on fait avant tout référence à une émotion positive qui garantit la force d’un lien. Cependant, peu de dimensions définissent un type de personnalité concret comme la façon dont la personne accorde sa confiance aux autres. Une faible estime de soi, une enfance traumatisante ou l’expérience d’une trahison font que notre confiance devient un cadeau plus difficile à partager.

Il s’agit d’un thème très intéressant et plein de nuances que nous souhaitons partager avec vous.

Cesser d’avoir confiance se traduit par un épuisement émotionnel

L’un des avantages psychologiques et évolutifs du concept de confiance est qu’elle nous permet de « suspendre » temporairement notre instinct d’auto-défense, d’incertitude et de peur. Car peu de choses peuvent entraîner une plus grande souffrance émotionnelle que d’être toujours sur la défensive, que d’avoir peur d’être blessé ou trahi dans notre expérience quotidienne avec nos semblables.

Offrir notre confiance à quelqu’un suppose, par conséquent, d’en finir avec cette incertitude pour simplifier les relations personnelles. Nous cessons de nous préoccuper et de voir le comportement de l’autre comme une menace et, en même temps, nous établissons des hypothèses par rapport au futur comportement de cette personne : nous donnons pour acquis que l’interaction sera toujours positive, qu’elle ne fera rien contre nous et qu’elle représentera cette main tendue et amicale, cette âme pleine de lumière qui nous guidera à chaque instant.

Avoir confiance ne signifie pas avoir besoin de tout savoir à propos de notre compagnon, de ce-tte membre de la famille ou de ce-tte bon-ne ami-e. Avoir confiance, c’est ne pas avoir besoin d’explications, c’est savoir reconnaître la sincérité dans un regard, c’est connecter nos esprits pour harmoniser un quotidien où l’exigence ne vit pas et où n’existe pas ce contrôle effréné ou ce besoin de réaffirmer ce lien à tout moment pour que l’autre personne nous croie.

Par ailleurs, il faut se souvenir que notre cerveau a besoin de simplifier et préfère naviguer sur les flots d’un quotidien tranquille et exempt de risques. Il a besoin d’un équilibre émotionnel adéquat au sein duquel la confiance est sa meilleure arme pour que nous puissions « fonctionner ». Si nous y pensons bien, chacun de nous a mis dans son esprit, en tant que pilote automatique, un commandant qui nous susurre à chaque instant « aie confiance, prend la voiture et conduis, il ne t’arrivera rien ».

« Aie confiance » en ce médecin, il sait ce qu’il fait et il va t’aider. « Aie confiance » jour après jour quand tu sors dans la rue, la fatalité n’est pas quelque chose que l’on rencontre à chaque bouche de métro. Si nous ne mettons pas ce pilote automatique dans notre esprit, nous développerons une conduite névrotique qui nous déconnectera complètement de la réalité et de notre équilibre personnel.

Si vous voulez qu’on vous fasse confiance, faites confiance aux autres

Nous devons l’admettre : une fois qu’on nous a trahi-e, il est très difficile de faire à nouveau confiance à quelqu’un. C’est comme si on nous avait arraché un bout de nos entrailles. Il s’agit d’une blessure permanente et profonde qui empêche, dans de nombreux cas, de nous reconnecter de façon aussi intime avec quelqu’un.


« La meilleure façon de savoir si vous pouvez faire confiance à quelqu’un est d’abord de lui offrir votre confiance. »

-Ernest Hemingway-


Les déceptions qui font le plus de mal sont celles qui sont vécues avec nos proches. Malgré tout, la chose la plus problématique dans tout cela est que cette absence de confiance s’étend à d’autres domaines de notre vie : nous commençons à nous méfier de presque tout, jusqu’au jour où nous devenons des phobiques permanents, des tristes spectres ressentant une tristesse éternelle qui nous envoie dans les recoins les plus isolés de notre société.

Refaire confiance, la clé de l’intelligence vitale

Dans le « manuel de l’éternel désenchanté », on trouve ce chapitre qui commence par « je ne referai plus jamais confiance à quelqu’un, les gens font trop de mal, ils sont égoïstes et agissent de manière désintéressée ».

Penser cela sous-entend entrer, que nous le voulions ou non, dans une entropie vitale irrémédiable, alors qu’en réalité, en tant que personnes, nous sommes génétiquement et évolutivement prédisposé-e-s à nous connecter avec les autres. Nous faisons confiance pour créer des liens, pour être plus fort-e-s psychologiquement, intellectuellement et émotionnellement et pour développer ce que l’on appelle désormais « l’intelligence vitale ».

Une intelligence consciente et vitale est une invitation directe à la survie et à l’auto-réalisation, là où la confiance en nous-mêmes et en les autres est le substrat le plus puissant pour nous motiver. Car au final, que nous le souhaitions ou non, nous devons le faire, nous devons nous ouvrir à quelqu’un pour embrasser son être : c’est à ce moment que nous nous retrouverons nous-mêmes.

Peu de choses dans la vie peuvent être aussi satisfaisantes.

Images de Pierre Mornet

A découvrir aussi