L’incertitude, cette tueuse silencieuse

· 15 mars 2017

L’incertitude est liée à ce besoin que nous avons de savoir ce qu’il va se passer par la suite afin de pouvoir l’anticiper et le contrôler et pour que cela ne nous prenne pas au dépourvu. L’incertitude est comprise comme une motivation humaine. Concrètement, elle nous incite par exemple à confirmer que ce que nous pensons ou ce que nos sens nous dictent est exact.

Bien qu’elle varie en fonction du degré et du domaine dans lequel elle apparaît, pour certaines personnes l’incertitude est insupportable. C’est là qu’elle acquiert son caractère motivateur car la personne qui en « souffre » doit agir pour la réduire, au moins jusqu’à ce qu’elle atteigne des niveaux acceptables.

Il y a des personnes qui tolèrent l’incertitude mieux que d’autres. Les personnes qui se trouvent dans une situation de grande incertitude utilisent beaucoup de ressources cognitives pour la résoudre et encore plus si leur niveau de tolérance est faible. Deux personnes peuvent avoir passé un entretien pour un travail, en avoir autant besoin l’une que l’autre, mais si l’une d’elles a une faible tolérance à l’incertitude, le plus normal est qu’elle essaye de savoir le résultat le plus rapidement possible. Ainsi, par exemple, elle n’attendra pas que l’entreprise prenne contact avec elle : ce sera elle qui le fera.

D’un autre côté, l’incertitude peut aussi apparaître quand nous connaissons une personne : nous ne savons pas qui elle est et cela peut nous pousser à nous inquiéter, dans une certaine mesure. Etant donné que nos ressources cognitives sont limitées, les raccourcis cognitifs et les heuristiques sont un bon outil pour la réduire rapidement. Ces manières de réduire l’incertitude sont efficaces mais elles ont aussi des conséquences négatives, comme le fait que les gens sont stéréotypés ou que des préjugés surgissent quand nous nous comparons à d’autres personnes ou groupes.

Les déclencheurs d’incertitude

Nous allons vous parler de certaines causes qui créent cette incertitude. Vous vous identifierez peut-être à l’une d’elles ou à plusieurs !

  • Une source d’incertitude est la contradiction entre les attentes et les signaux que nous donne la réalité. Imaginons que nous avons passé l’entretien dont nous avons parlé auparavant et qu’il s’est très bien passé : nous sortons donc en pensant que le poste est pour nous. Cependant, les jours passent et nous ne recevons pas d’appel, ceci étant un indicateur habituel que le poste ne sera pas donné à la personne. Ainsi, si nous mettons en relation la sécurité que nous avions en sortant de l’entretien et ce signal contradictoire, le plus probable est que cette sensation d’incertitude va continuer à augmenter.
  • Une autre source d’incertitude naît de l’opposition entre la conduite et les valeurs. Quand nous réalisons des actes avec lesquels nous ne sommes pas d’accord, notre incertitude augmente. En reprenant l’exemple de l’entretien, si, par besoin, nous allons passer un entretien pour un travail qui ne correspond pas aux croyances que nous avons, notre incertitude augmentera également. Un exemple de ce type qui est très bien reflété au cinéma est quand un avocat qui défend l’environnement commence à travailler pour une entreprise qui détruit la nature. Ces conduites peuvent créer des états d’incertitude anxieuse en plus d’une dissonance cognitive.
  • L’injustice sociale apparaît également comme un élément qui produit un certain degré d’incertitude. Les injustices que nous vivons quotidiennement et que d’autres personnes subissent peuvent nous faire ressentir de l’incertitude si nous ne sommes pas capables de les régler. Le manque de contrôle sur ces injustices nous fait douter de notre capacité à prédire le futur. Face à cette situation, une certaine attraction pour des idéologies extrêmes et des groupes qui promettent d’en finir avec ces injustices a tendance à apparaître.

L’incertitude à partir de la psychologie sociale

L’incertitude, du point de vue de la psychologie sociale, se comprend de différentes manières. L’une d’elles est de l’expliquer comme un besoin de coupure cognitive. Ce besoin de coupure (cognitive) peut être défini comme le souhait de donner une réponse rapide à une question qui a un contenu confus et ambigu.

La théorie du besoin de coupure prend sa source dans une analyse épistémique (un ensemble de connaissances qui conditionnent les façons de comprendre et d’interpréter le monde) dans laquelle la motivation de coupure ou incertitude satisfait la fonction essentielle d’interrompre la recherche incessante d’information.

Ainsi, quand nous ressentons de l’incertitude, nous cherchons des informations que nous considérons comme véridiques pour la réduire. Quand nous trouvons ces informations, elles deviennent des connaissances indispensables pour la vie quotidienne.

Le besoin de coupure cognitive cherche la cristallisation et la simplification de la connaissance propre. Cette recherche d’information qui génère de la connaissance fait que des différences apparaissent entre des personnes, selon l’information que chacune d’elles sélectionne.

Si, pour réduire l’incertitude causée par l’attente des résultats de l’entretien de travail, j’accepte l’idée qu’on ne va pas me sélectionner et qu’une autre personne accepte l’idée que cette entreprise met beaucoup de temps pour prendre une décision sur la personne qui va être choisie, nous aurons des idées très différentes et simplistes sur la manière de fonctionner de cette entreprise. Nos attentes, au fur et à mesure que les jours passent sans le moindre résultat, seront de plus en plus différentes.

Cette connaissance que nous acquérons petit à petit sur le fonctionnement de l’entreprise peut aussi changer, même les personnes avec un besoin de coupure élevé peuvent, lors de certaines circonstances, être (temporairement) ouvertes d’esprit alors qu’elles recherchent une coupure cognitive.

Si, après cela, nous allons voir une autre entreprise pour passer un entretien, nous dirons probablement aux responsables que nous avons besoin de connaître rapidement la décision. Si la même chose se produit et que ces derniers mettent du temps à répondre, nous serons à nouveau envahi-e-s par l’incertitude et nous essayerons une nouvelle fois de la réduire.

Dans ce cas, notre interprétation selon laquelle ils ne nous embaucheront pas ne nous servira plus car ils auraient dû nous la communiquer. Le besoin de coupure nous fera entrer dans un état « d’urgence » et nous fera chercher une autre interprétation plausible le plus rapidement possible. Par exemple, que l’entreprise nous a accepté et que nous avons réussi la phase de l’entretien.

Une fois la coupure cognitive établie, les gens avec un besoin de coupure élevé ont tendance à garder les mêmes préjugés et à être imperméables à toute nouvelle information. La nouvelle idée sur le comportement de l’entreprise est plus résistante que la première et nous ne la changerons plus jusqu’à ce qu’une nouvelle information la contredise, comme la confirmation que l’on n’a pas été accepté-e.

Que se passe-t-il quand le besoin de coupure est élevé ?

Le besoin de coupure cognitive, une fois qu’il apparaît, peut affecter un large éventail de phénomènes de groupes. La fonction de la coupure cognitive est de créer une réalité partagée, cohérente avec un groupe. Si la connaissance que notre groupe nous apporte ne réduit pas notre besoin, nous chercherons un autre groupe qui le fera.

Les personnes qui ont besoin d’une coupure cognitive sont également plus préoccupées par le fait de réduire rapidement l’incertitude plutôt que de le faire de façon correcte. Celleux qui ont un besoin de coupure élevé se créent des impressions plus rapidement, et avec des preuves plus limitées. Iels basent normalement leur jugement sur des stéréotypes communs et affichent des biais comme erreur fondamentale d’attribution. Iels cherchent également moins d’alternatives au moment de résoudre des problèmes, iels sont moins empathiques avec celleux qui pensent différemment et échouent à adapter leur langage quand iels doivent expliquer leurs pensées à d’autres personnes.

Celleux qui ont un besoin de coupure élevé surmontent l’incertitude en acceptant la première information qu’iels obtiennent pour tirer des conclusions et, plus tard, acceptent cette conclusion sans la remettre en cause. Ces personnes cherchent des contextes sociaux ordonnés, prévisibles et familiers.


Les croyances et normes sociales partagées par les membres d’un groupe fournissent une certitude sur la façon d’être du monde, sur ce qui doit être fait dans différentes situations, sur leur identité et sur leur importance. Par conséquent, les groupes apportent les contextes recherchés par ces personnes en plus d’être leur plus grande source de certitude et de connaissance.