Le trouble de la personnalité dépendante : qu’est-ce et qui affecte-t-il ?

· 24 juillet 2017

Incapacité d’être seul-e-s, dépendance presque asphyxiante par rapport aux autres, insécuritéaucune responsabilité personnelle, peur obsessionnelle de l’abandon… Ces dimensions, entre autres, sont celles qui tapissent l’un des troubles les plus communs mais aussi les moins reconnus et traités : le trouble de la personnalité dépendante.

Pour comprendre un peu mieux ce type de trouble, nous commencerons par vous donner un exemple simple. Georges a 42 ans et doit aujourd’hui passer un entretien d’embauche. Lorsqu’il finit de s’habiller ce même matin, sa femme lui suggère de mettre une autre cravate ; celle qu’il porte est trop sombre, trop sérieuse. Georges ne le prend pas très bien, garde le silence et reste bloqué. Peu de temps après, il commence à se demander si la chemise qu’il porte et le pantalon qu’il a choisi font bonne impression, si les chaussures sont adéquates…


« L’état de votre vie n’est rien de plus qu’un reflet de votre état d’esprit. »

-Wayne Dyer-


Envahi de doutes et de peurs, il ne cesse de se répéter qu’il n’aura jamais ce travail. Ainsi, et presque sans savoir comment, sa négativité commence à s’intensifier beaucoup plus, le plongeant dans un dialogue circulaire, répétitif et obsessionnel. Georges ne cesse de penser que s’il n’arrive pas à obtenir ce travail, sa femme finira probablement par l’abandonner. Celle-ci, connaissant déjà son caractère, lui indique qu’elle ne fera jamais cela, qu’elle est là pour le soutenir, qu’elle a confiance en lui et qu’il n’y a aucune raison pour que cela arrive.

Georges commence à se remotiver, mais Eva, sa femme, respire profondément en sentant une fois de plus le pincement du désespoir. Elle sait qu’elle va devoir le motiver et être derrière lui tout au long de la journée… voire même de la semaine. Elle sait que Georges ne se sent probablement pas capable de se rendre à cet entretien d’embauche. Elle comprend aussi que le comportement de son mari n’est pas normal, qu’elle a parfois beaucoup de mal à vivre avec lui et qu’elle se sent de plus en plus épuisée. Elle se dit aussi que cela fait partie de sa personnalité et que ces choses ne peuvent pas être changées.

C’est précisément là que se trouve la racine du problème : penser qu’un certain type de comportement est normal et que l’on ne peut rien y faire pour y remédier. Nous l’associons à un schéma de personnalité et nous le laissons faire, nous le laissons aller, nous l’acceptons sans comprendre qu’en réalité, il cache un trouble ou une maladie. Un type de comportement qui « invalide » totalement la personne et son entourage.

Trouble de la personnalité dépendante ou fragilité du « moi »

Parmi les 10 types de troubles de la personnalité réunis dans le DSM-V (Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux), le trouble de la personnalité le plus habituel est le trouble dépendant. Nous nous trouvons face à un cas clinique qui se caractérise essentiellement par le manque notable de confiance en soi et le besoin constant de recevoir du réconfort, de la sécurité et du soutien. Les premiers symptômes apparaissent normalement à l’adolescence et ils deviennent plus extrêmes et évidents autour des 40 ans.

Par ailleurs, et comme nous l’avons suggéré au début, il est très habituel que les personnes qui souffrent du trouble de la personnalité dépendante soient rarement conscientes de souffrir d’une maladie. Ce n’est que quand elles atteignent la limite, qu’elles voient qu’elles n’ont plus aucun contrôle sur leur réalité et sur elles-mêmes qu’elles demandent de l’aide.

Caractéristiques des personnes qui souffrent d’un trouble de la personnalité dépendante

  • Incapacité d’être seules.
  • Fuite des responsabilités.
  • Passivité extrême.
  • Difficulté à accepter ou affronter les critiques.
  • Incapacité d’assumer la fin d’une relation.
  • Peur obsessionnelle de l’abandon.
  • Grande passivité dans les relations interpersonnelles.
  • Manque d’initiative : elles ne peuvent prendre de décisions sans le soutien ou les conseils des autres.

Quelles en sont les causes ? Comment ce trouble est-il diagnostiqué ? Qui affecte-t-il ?

On ignore actuellement les causes de ce trouble. Nous savons par exemple qu’il apparaît à l’âge adulte et que certain-e-s patient-e-s ont vécu, dans leur enfance ou leur adolescence, un trouble de l’anxiété associé à la séparation physique de leurs parents. Il faut cependant préciser que ce fait n’est pas toujours déterminant.

Par ailleurs, la prévalence estimée de cette maladie dans la population globale est de 2% (même si l’on sait que beaucoup de personnes ne reçoivent pas toujours ce diagnostic). En outre, il semblerait que ce trouble soit plus répandu chez les femmes que chez les hommes. Si nous nous demandons maintenant comment est effectué ce diagnostique, il est important de souligner le travail des médecins généralistes. Ils représentent le premier filtre, la première étape, ceux qui doivent diriger ces patient-e-s vers des professionnel-le-s spécialisé-e-s.

La première étape consiste à faire une analyse de sang pour écarter tout déséquilibre hormonal. Ensuite, les symptômes et l’histoire de la vie du/de la patient-e sont analysés.

Traitement pour le trouble de la personnalité dépendante

Comme c’est toujours le cas pour tous les troubles, chaque patient-e est unique. Il peut parfois exister plus de complications comme une dépression, un trouble de l’anxiété, un trouble de la personnalité évitant, etc, qui intensifient encore plus le cas clinique à aborder.


« Il est surprenant de voir à quel point tous les problèmes émotionnels se trouvent dans notre esprit, et même les dépendances comme l’alcoolisme ou le tabagisme. Si nous possédons la clé mentale pour nous en libérer, ils seront plus simples à soigner. Mais il faut bien se souvenir d’une chose : le changement ne peut se trouver qu’en nous, dans notre façon de penser. »

-Rafael Santandreu-


Cependant, il faut aussi se souvenir que la combinaison de la psychothérapie avec un traitement pharmacologique est efficace dans la majorité des cas. La thérapie cognitivo-comportementale, par exemple, centrée sur les schémas de pensées, sur les croyances ou sur cette incapacité à prendre des décisions, permet de grandes réussites à ce niveau.

Nous ne pouvons pas non plus oublier que ce sont des traitements à long terme, des approches soigneusement combinées avec des anti-dépresseurs ou des sédatifs, à travers lesquels l’amélioration se fait petit à petit. Enfin, pour terminer, le soutien familial et social du/de la patient-e est indispensable. L’entourage est le troisième pilier dans chaque traitement où le/la protagoniste doit rassembler continuellement ses forces, s’engager et se battre pour s’améliorer et atteindre une qualité de vie adéquate.

 

Images de MEGHAN HOWLAND