Ce ne sont pas les apparences qui sont trompeuses, mais les attentes

· 3 juillet 2017

Les grandes attentes finissent parfois en tristes désillusions. C’est ce qui se passe très souvent avec certaines personnes sur lesquelles nous plaçons toute une série d’espoirs et de désirs, pour que tout s’écroule jour après jour comme un château de cartes. Cela nous démontre que parfois, ce ne sont pas les apparences qui sont trompeuses, mais les attentes que l’on a.

Il est fort possible que plusieurs de nos lecteur-trice-s se disent qu’avoir de grandes attentes dans la vie est une chose nécessaire, une motivation, un endroit risqué où l’on place notre confiance en nous et la sensation de mériter quelque chose de mieux. En fait, on sait qu’au moment de faire face à une tâche déterminée, les hautes attentes génèrent une plus grande activité cérébrale et élargissent notre gamme de réponses.


« Béni soit celui qui n’attend rien, car il ne sera jamais déçu. »

-Alexander Pope-


Bien, mais le problème ne réside pas dans la motivation qu’elles créent : il se trouve dans l’allégation que nous en faisons et dans l’habileté avec laquelle nous maquillons le risque qu’elles entraînent. En fait, que nous le croyions ou non, une grande partie de la population place son niveau d’attentes bien au-dessus de la réalité. Il s’agit d’une pratique très habituelle ; nous connaissons tou-te-s une personne qui est éternellement déçue parce que les autres ne s’ajustent pas au sommet inatteignable de ses attentes.

Vivre dans les bas-fonds solitaires du désir d’une existence parfaite, d’une relation amoureuse idéale et d’ami-e-s dévoué-e-s ne peut mener qu’à la tristesse. Cela revient à tomber dans le piège éternel du « je mérite ce qu’il y a de mieux », sans savoir que le mieux n’est pas nécessairement la perfection mais plutôt une chose que l’on doit travailler tous les jours, en commun, pour atteindre un bonheur réel, sincère et satisfaisant.

Le piège des attentes, une toile d’araignées qui nous emprisonne

On dit souvent que l’idée que nous avons de nous-mêmes s’est tissée à partir des concepts que les autres se sont faits de nous tout au long de notre cycle vital. Nos parents, maître-sse-s, professeur-e-s, ami-e-s et collègues de travail ont tissé cette subtile cape où se retrouve souvent l’image que nous avons de nous-mêmes. Si on rajoute à cela les attentes qu’une personne construit à propos de celleux qui l’entourent, nous nous rendrons compte de l’étrange toile d’araignée sur laquelle nous marchons au quotidien.

Pensons un instant à cette étrange ironie : nous sommes, en grande partie, ce que les autres attendent de nous, mais quand les autres n’agissent pas comme nous le voudrions, nous désespérons. Voilà le summum de la tristesse.

Il s’agit en outre d’une réalité que l’on retrouve souvent dans les relations de couple, là où il est normal de placer des espoirs très hauts et très rigides dans l’autre personne, comme un scénario auto-imposé dans lequel nous attendons que l’autre personne fasse, dise et offre ce que nous voulons pour nous réaffirmer nous-mêmes.

Barry Schwartz, professeur de psychologie à l’Université de Swarthmore et auteur de livres tels que « Why more is less ? » nous explique qu’en matière de relations amoureuses ou amicales, nous devrions économiser nos attentes ou, plus que les limiter, les focaliser sur nous-mêmes.

Cette phrase que l’on entend souvent, « n’attendez jamais rien des autres mais seulement de vous-même » a sans aucun doute une base très réelle. Nous devrions être capables d’investir dans notre propre croissance personnelle pour cesser de chercher des personnes hypothétiquement parfaites et idéales ; nous devrions d’abord donner la meilleure version de nous-mêmes.

L’effet Michel-Ange

Une bonne partie des livres de développement personnel nous rappellent que « le meilleur est à venir », que « ce que nous méritons se trouve juste au coin de la rue ». Ces types d’approches nous remplissent d’illusions et d’espoirs, cela ne fait pas le moindre doute, en nous ouvrant sans cesse à de meilleures opportunités. Cependant, nous devons prendre ces idées avec précaution, pour une raison bien concrète : penser qu’il peut toujours y avoir quelque chose de mieux peut nous plonger dans une recherche éternelle et infructueuse, dans une attente interminable où nous pouvons trouver quelque chose de trop illusoire et intangible.


« Quand les attentes d’une personne sont réduites à zéro, elle peut réellement apprécier tout ce qu’elle a. »

-Stephen Hawking-


En relation avec cette idée, il serait bon de réfléchir à ce qu’on connaît sous le nom d’effet Michel-Ange. Quand Michel-Ange, le merveilleux peintre, architecte et sculpteur de la Renaissance, voyait un bloc de marbre ou de pierre, il distinguait déjà en ce dernier un être endormi qu’il devait réveiller. La magie était bien là, contenue, dissimulée, latente. Il n’avait qu’à prendre ses outils et, coup par coup, arête par arête, sculpter petit à petit sa magnifique oeuvre avec une patience délicate, avec génie, originalité et précaution.

Par conséquent, les attentes sont toujours bonnes si elles sont réalistes et agissent comme des moteurs de motivation. Cependant, n’oublions pas que les meilleures relations sont celles qui se travaillent jour après jour, car c’est ainsi que naît la perfection d’un lien. C’est ainsi que naît la magie d’une relation idéale, avec ce travail quotidien pour limer les coins, pour sculpter des espaces communs, pour créer ces coins où l’on peut se reposer et ces reliefs qui définissent une amitié unique ou un amour spécial.

Car au-delà des apparences et des grandes attentes, on retrouve la beauté humble de toute personne qui mérite d’être découverte avec une patience délicate et un engagement ferme, au fil du temps.