Mon fils aussi est sensible, affectueux, tendre…

12, septembre 2017 dans Psychologie 588 Partagés

Mon fils aussi dit « je t’aime », il cherche à avoir des câlins, est sensible et n’hésite pas à m’offrir des marques d’affection et de tendresse. Car les garçons, tout comme les petites filles, disposent de ce regard sensible et proche qui doit être respecté et renforcé à travers une intelligence émotionnelle adéquate. Ils ne doivent jamais se laisser intimider par leurs sentiments, leurs besoins, leurs trésors émotionnels.

Développer ou, encore mieux, encourager ce côté plus sensible chez nos enfants est quelque chose qui mérite toute notre attention, tout notre temps et, surtout, qui nécessite une part d’intuition. Cependant, et aussi curieux que cela puisse paraître, même si la société est engagée, ainsi que les familles, pour développer cette « apparente » égalité entre les genres, il y a beaucoup de nuances qui continuent de nous échapper.


« Ce ne sont ni la chair, ni le sang qui nous transforment en parents et enfants : c’est le coeur. »

-Friedrich Von Schiller-


Il y a peu de temps, une enquête a été réalisée parmi les garçons et les filles de différentes écoles d’Espagne ; pour la première fois, les petites filles ont affirmé vouloir ressembler, dès demain, à une figure masculine très concrète : Amancio Ortega. Ces fillettes ont déjà intériorisé une chose : pour atteindre la réussite sociale, elles doivent intégrer dans leur quotidien des capacités aussi positives que l’esprit d’initiative, la prise de risque, le courage ou l’action, des dimensions qui, il y a quelques temps, étaient uniquement et exclusivement liées au genre masculin.

Même si cela peut sembler curieux, pendant que ces jeunes filles prennent conscience du fait qu’elles peuvent s’approprier tous ces attributs qui n’étaient auparavant réservés qu’aux garçons, ceux-ci continuent à être, très souvent, les victimes d’une masculinité défensive qui ne permet pas d’intégrer ces facettes traditionnellement attribuées à l’univers féminin : la sensibilité, la délicatesse, la tendresse

Par conséquent, nous pourrions dire que, malgré tous nos progrès sociaux, le sexisme continue à être une barrière naturelle en ce qui concerne l’éducation de nos enfants. Il est également nécessaire de se rappeler que le système patriarcale ne discrimine et n’opprime pas seulement les femmes : il limite aussi les hommes et leur dicte leur façon d’être, leur façon d’agir et leur façon de réagir.

enfant triste

La structure symbolique du « tu dois être » et les cercles d’hommes

Roberto vient de rompre avec sa petite amie. Après huit ans de relation, celle-ci lui a ouvertement déclaré qu’elle ne l’aimait plus. Notre protagoniste a vu son monde se briser en mille morceaux. Il a vu comment chacun de ces morceaux s’enfonçaient dans son cœur et son esprit. Il souffre tellement qu’il ne peut plus respirer. Il ne sait pas quoi faire, il ne sait pas comment réagir.

Il ressent le besoin de chercher du soutien auprès de ses ami-e-s. Cependant, il vient de se rendre compte qu’avec la majorité de ces personnes, il n’entretient qu’une relation basée sur des « activités » comme le football, le karaté ou les jeux de rôles. C’est lors de ces activités qu’il les retrouve. Mais il a bien son ami de toujours, Carlos. Il sait qu’il pourrait parler avec lui, ils se font confiance, il pourrait l’écouter et être un vrai soutien…

Mais même en songeant à cela, un problème ne disparaît pas. Un problème plus compliqué, profond et désespérant pour Roberto : il n’ose pas rechercher cette intimité, il ne sait pas comment s’y prendre, il ne l’a jamais fait. Finalement, après quelques mois d’obscurité et quelques pensées à propos du suicide, il décide de demander de l’aide auprès d’un professionnel. Après plusieurs mois de thérapie, le psychologue recommande une chose à Roberto. Quelque chose dont il n’avait jamais entendu parler et qui, curieusement, sera aussi positif que thérapeutique : les cercles d’hommes.

cercle d'hommes

Caractéristiques des cercles d’hommes

À travers notre socialisation, nous parvenons souvent à une homogénéité claire. Nos parents nous inculquent parfois – comme ce qui s’est passé avec Roberto – une structure symbolique et fonctionnelle à propos de la façon dont « nous devons être, nous devons agir et nous devons penser », sur la base de notre sexe. Une telle chose fait apparaître, tôt ou tard, des contradictions, des souffrances et de multiples frustrations.

Les cercles d’hommes ont pour but de créer des espaces sûrs et confidentiels où les hommes peuvent parler de leurs pensées, de leurs besoins et, surtout, se décharger de leurs « tempêtes émotionnelles ». S’il y a bien une chose à propos de laquelle ils sont tous d’accord, et qui sera sûrement d’une grande aide à notre protagoniste, c’est le fait de savoir qu’ils sont libres de laisser tomber cette carapace que leur a fait porter la société. Ils sont libres de pleurer, de montrer leur sensibilité, de parler de ce qu’ils souhaitent sans être jugés par le schéma patriarcal classique.

Mon fils est tendre et affectueux, il conservera toujours son côté sensible

« Ne pleure pas », « ne sois pas indécis », « réagis », « ne sois pas faible », « ne parle pas comme ça, on dirait une petite fille, parle plus fort… ». Toutes ces expressions sont en réalité des commandements sexistes et discriminatoires qui prohibent complètement le développement émotionnel de votre enfant. Ce n’est pas adéquat. Si, dès le plus jeune âge, nous intégrons cette série de codes et de rôles qui définissent, en fin de compte, ce qu’est la masculinité au niveau culturel, nous ne réussirons qu’à faire grandir une personne limitée émotionnellement.


« Un bon parent vaut cent maîtres. »

-Jean-Jacques Rousseau-


Il est très probable que ces garçons soient aptes et compétitifs dans le domaine de l’espace et au niveau musical, cela n’en fait aucun doute. Cependant, ils manqueront de facultés émotionnelles, ils seront incapables de tolérer la frustration et ne pourront pas compter sur des mécanismes efficaces pour élaborer et gérer des sentiments aussi communs que la tristesse ou la peur.

Réfléchissons-y… Y aura-t-il un quelconque bénéfice dans le fait d’élever des enfants qui, plus tard, seront malheureux et créeront des environnements tout aussi remplis de frustration ? Non, bien sûr que non.

enfant riant dans les bras de son père

La majorité de nos enfants, que ce soient des petits garçons ou des petites filles, sont affectueux et tendres par nature. Nous sommes programmé-e-s pour nous connecter aux personnes et pour comprendre que les caresses émotionnelles, la sensibilité et la tendresse nous permettent de beaucoup mieux nous lier les un-e-s aux autres.

Respectons et renforçons ces facettes, permettons à notre fils de continuer à développer librement son expressivité émotionnelle, d’être libre de demander un câlin ou d’en faire un, de pleurer quand il en a besoin, d’apprendre à comprendre ces univers internes qui, en fin de compte, nous rendent dignes en tant que personnes et nous ôtent cette manie de faire une différence entre les genres.

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