On éduque des personnes, pas des genres

· 29 avril 2017

Habilleriez-vous votre fils en rose pour aller à l’école ? Laisseriez-vous votre fils jouer avec des poupées ou prendre des cours de danse classique ? Soutiendriez-vous votre fille si elle voulait faire du rugby ? Et si elle avait envie de prendre des cours de mécanique ou de se couper les cheveux ? Pour beaucoup de gens, il est facile de répondre à ces questions de manière théorique, si tant est que cela ne concerne pas directement leurs enfants. La définition du genre serait-elle si fragile qu’une couleur, la danse, un sport ou des vêtements pourraient la changer ?

Nombreux-ses seraient celleux à répondre oui, surtout pour ce qui est des garçons. Avec l’avancée du féminisme, certains comportements, qui auparavant n’étaient assimilés qu’aux hommes, sont désormais complètement normaux pour les femmes : voter, porter des pantalons ou travailler sont des déjà des choses considérées comme normales pour les femmes, même si bien des progrès sont encore à espérer.

En revanche, il reste encore mal vu pour un homme de faire des choses de femmes. Peut-être les conduites considérées comme « réservées aux femmes » sont-elles inférieures ? Ou bien est-ce que la femme elle-même est inférieure, et que vouloir être comme elle, c’est un discrédit ? Qu’y a-t-il de mal à se comporter comme une femme ? Que se passerait-il si on arrêtait de genrer la vie de nos enfants ?


« Le fait que les filles aient fait des choses de garçons dans l’histoire récente de l’Humanité (mettre des pantalons, fumer ou encore travailler, cette chose folle) a été vu comme un progrès. Pour une femme, faire ce que les hommes font est une aspiration. Il faut maintenant essayer d’aller plus loin, et d’adopter le même point de vue quant aux hommes faisant des choses de femmes, afin que cela soit vu comme un progrès pour les hommes. Pour cela, peut-être devrait-on commencer à dire aux garçons que la danse, le rose et le fait de montrer leurs émotions et leurs faiblesses sans avoir peur que cela élime leur atavique masculinité est une très bonne chose. »

– Quique Peinado –


Les enfants ne tiennent pas compte des questions de genre

Souvent, on ne s’en rend pas compte, mais les enfants veulent juste être heureux ; jeux, couleurs ou vêtements, tout autant de choses pouvant les divertir et auxquelles ils n’accordent aucune signification. Les enfants ne tiennent pas compte des questions de genre, il ne voit que des choses qui leur plaisent. Ce sont les adultes qui leur ôtent cette capacité de neutralité, car ce sont elleux qui voient dans chaque chose une signification genrée.


« Il y a quelques jours, mon fils de deux ans a choisi à la pharmacie une brosse à dents rose. Une brosse à dents rose, bien sûr, qui devait remplacer une autre brosse à dents rose, car il aime beaucoup cette couleur. Quand je suis passée à la caisse pour payer, la vendeuse m’a demandé « C’est pour vous ou pour votre fille ? ». En comprenant que c’était pour lui, elle a ajouté : « Et vous ne préférez pas la jaune ? » La mère d’un autre enfant qui était là, avec une expression facile suffisamment parlante, a regardé la vendeuse et lui a dit : « Non, l’enfant a choisi la rose, et c’est très bien ainsi ».

– Quique Peinado –


Des situations comme celles-ci, nous en vivons tous les jours, et ce sont les adultes les fautif-ve-s. Ces enfants grandiront en pensant qu’un garçon ne peut pas aimer le rose, voire même qu’il ne peut pas jouer avec des jeux réservés aux filles. Pourtant, qu’y a-t-il donc de mal à cela ?

Ce sont les femmes qui tombent enceintes et donnent la vie, mais les femmes comme les hommes doivent s’occuper des enfants, les nourrir, leur changer la couche ou sortir se promener avec eux. Pourquoi donc seules les filles pourraient-elles jouer avec des poupées pour se familiariser avec la maternité, et pas les garçons ? N’est-on pas en train d’apprendre à nos enfants que seules les femmes auront à se charger de l’éducation des enfants ?

Or, les poupées ne sont pas les seules à véhiculer cette idée. En effet, il semble que le fait d’exprimer ses émotions soit une chose de fille. On ne se rend pas compte qu’en menant les garçons à considérer qu’ils n’y sont pas autorisés, nous les privons d’une part d’eux-mêmes. On leur dit qu’ils sont des guerriers, qu’ils sont forts, qu’ils doivent se battre, et qu’ils n’ont pas le droit de pleurer ou d’être tristes. Ainsi, n’est-on donc pas en train de leur apprendre qu’ils ne peuvent pas avoir d’émotions ? Ou, ce qui est encore pire, qu’ils ne peuvent pas être eux-mêmes ?

Nos enfants peuvent-ils arriver à devenir les personnes qu’ils veulent être ?

On aime penser que, dans la société actuelle, avec toutes les progrès ayant été faits sur des questions telles que celle de l’égalité, nos enfants, aussi bien filles que garçons, pourront devenir les personnes qu’ils veulent devenir à l’âge adulte. Pourtant, on les éduque sans déconstruire les stéréotypes de genre, et pour s’en rendre compte, il suffit de feuilleter un catalogue de jouets.

Sauf de petites exceptions, quand on commence à réfléchir à ce qu’on offrira à nos enfants à Noël, il sera très simple de deviner ce qui les attend à l’âge adulte si on continue à les éduquer comme aujourd’hui ; pour les filles, il y a des poupées et des jouets qui leur permettent d’imiter le rôle de la femme au foyer. Pour les garçons, en revanche, il y a des voitures et des jeux de construction.

Alors, si on en croit ces catalogues de jouets, seules les filles peuvent aspirer à être mères et femmes au foyer et seuls les hommes peuvent travailler en dehors de la maison ? Si on continue à dire aux garçons qu’ils ne peuvent pas faire de la danse ni jouer à la poupée, et aux filles qu’elles n’ont pas le droit de jouer au football ou aux jeux de construction, alors la réponse est oui. Si on laisse nos enfants choisir librement et que l’on ne juge pas leurs décisions, alors ils pourront devenir qui ils veulent, les personnes qu’ils aspirent à être.

L’éducation sans stéréotypes genrés ne dépend que de nous

La lutte des genres, pour les filles comme pour les garçons, comme nous l’avons vu, reste à l’ordre du jour. Mais la bonne nouvelle, c’est que cela dépend de nous, les adultes, de faire que cela change. Nous avons entre nos mains la clé des adultes du futur.

En tant que parents, éducateur-trice-s ou adultes en général, nous devons comprendre que l’éducation sans stéréotypes de genre dépend de nous. Nous devons laisser nos enfants choisir avec totale liberté ce qu’ils veulent et les éduquer pour qu’ils respectent les autres dans leurs choix, car il n’y pas des choses pour les filles et d’autres pour les garçons, mais des choses qui sont saines et amusantes pour tous les enfants. Nous éduquons des personnes, pas des genres.