Souffrir du délire de cristal, ou se croire aussi fragile que le verre

22 septembre 2019
Une personne peut-elle se briser en mille morceaux ? Ceux qui souffrent de délire de cristal craignent que cela puisse leur arriver.

Il y a des gens qui croient qu’ils peuvent se briser en mille morceaux s’ils reçoivent un petit coup. Nous vous parlons ici du délire de cristal. Les personnes qui en souffrent pensent être aussi fragiles que le verre, mais en réalité, elles ne le sont pas.

Le délire de cristal est un syndrome psychologique qui provoque une dissociation psychologique entre l’imaginaire et la réalité. Ceux qui en souffrent pensent que leur corps est aussi vulnérable que le verre. À cet égard, veillez à ne pas confondre ce trouble psychologique avec la maladie des os de verre. Ou l’ostéogenèse imparfaite.

Qu’entendons-nous par « délire » ?

Au XVIIe siècle, le concept de folie s’appuyait avant tout sur celui de délire, de telle sorte que le fait d’« être fou » consistait à « avoir des délires », et vice versa. De nos jours, si nous demandons à quelqu’un de décrire ce qu’est un « fou » pour lui, il est très probable qu’il nous dise qu’il s’agit d’une personne qui se prend pour Napoléon ou qui prétend être persécutée par des Martiens.

Étymologiquement, le mot délire provient du terme latin delirare, ce qui signifie sortir du sillon normal. Appliqué à la pensée, ce serait quelque chose comme « penser hors des sentiers battus ». Dans le langage courant, le délire est pratiquement synonyme de folie, de déraison ou de perte de connexion avec la réalité.

Une femme souffrant du délire de cristal

La définition la plus connue et la plus citée est celle proposée par Jaspers dans son Psychopathologie générale (1975). Pour Jaspers, les illusions sont ainsi des faux jugements, qui se caractérisent par le fait que l’individu les maintient avec une grande conviction, afin qu’ils ne soient pas influencés par l’expérience ou par des conclusions irréfutables.

Le délire de verre en tant que trouble psychologique du Moyen Âge

Apparemment, ce trouble est devenu populaire car Charles VI en a souffert pendant son règne, il y a quelques siècles. En fait, Charles VI est entré dans l’histoire en tant que monarque souffrant de schizophrénie, de porphyrie et de personnalité histrionique. Il semblerait que lors d’un épisode, psychotique il ait tué une personne de son entourage.

Charles VI a interdit à ses sujets de le toucher de peur de se briser comme un morceau de verre fragile. Pour éviter ce qu’il craignait, il s’enveloppait dans d’épaisses couvertures et passait des heures enfermé dans ses chambres. Cela a empêché quiconque de le toucher.

Récemment, le psychiatre néerlandais Andy Lamejin a confirmé l’existence de ce trouble chez un patient qui s’est présenté dans son cabinet car il disait souffrir de sensations similaires à un délire.

Ce patient a déclaré se sentir comme s’il était en verre et transparent à la vue des autres. Selon ce patient, il avait dans son cerveau un interrupteur qui lui permettait de changer d’état. Il pensait pouvoir passer d’invisible à volontairement invisible.

Vivre obsédé par ne pas se casser

Selon des sources documentaires, il y a eu des patients qui ont attaché des coussins sur leurs fesses pour éviter de se casser quand ils devaient s’asseoir quelque part. On sait aussi que d’autres personnes ont fait leurs besoins debout pour éviter de s’asseoir et de se casser des os.

Un autre délire similaire est le délire de la bouteille. Ce sont des patients qui pensent vivre dans une bouteille en verre et qui sont obsédés par l’idée de ne pas se casser. Ils emploient toutes leurs forces à faire en sorte de ne pas briser cette supposée bouteille.

Cette maladie a été observée chez des patients psychotiques du fait du phénomène de l’imitation. Les patients mentaux cherchaient une raison de pouvoir justifier leur sensation de fragilité. Ensuite, ces histoires de la maison royale française ont contribué à populariser ce syndrome.

Le délire de cristal, ou le fait de penser que l'on peut se casser comme du verre

Quelle est la cause du délire de cristal ?

L’une d’elles consiste à penser que le délire de verre pourrait être un mécanisme de défense qui se présenterait chez les personnes soumises à une forte pression. En outre, ces personnes ressentiraient également le besoin impératif de donner une certaine image sociale. Ainsi, les symptômes seraient une réponse à la peur de la vulnérabilité projetée.

Une autre hypothèse est associée à l’émergence et à l’évolution des cristaux. Il n’est pas surprenant que les premiers cas de délire cristallin se soient produits en même temps que la découverte de ce matériau.

Quoi qu’il en soit, nous sommes confrontés à un trouble mental grave. Un traitement envisageable se traduirait par des médicaments antipsychotiques, tels que l’halopéridol et le soutien psychothérapeutique. Pour finir, nous souhaitons vous envoyer un message rassurant : de nos jours, il est rare que des cas de ce syndrome apparaissent.

 

Jaspers (1975). Psicopatología General