Puis-je vivre sans moi ?

29 mai, 2020
Nous avons appris à nous éloigner de tout ce qui génère un mal-être en nous : c'est la base de notre survie en tant qu'espèce sur cette planète. Mais que se passe-t-il quand ce dont nous nous éloignons est précisément ce qui nous rend heureux et qui est important pour nous ?
 

Lorsque nous parlons de bonheur, nous ne pouvons pas oublier la responsabilité que nous avons par rapport à l’atteinte de cet objectif. Or, l’éducation émotionnelle que nous avons reçue nous mène à une idée erronée. Ainsi, la question typique qui nous vient à l’esprit et nous génère beaucoup de mal-être : « Puis-je vivre sans toi ?» devrait être détrônée par « Puis-je vivre sans moi ?».

L’expérience professionnelle m’a aidé à comprendre et à intérioriser la ligne que l’on travaille au cours de la thérapie d’acceptation et d’engagement et dans d’autres thérapies contextuelles. Il en ressort que l’acceptation, qui implique de prendre conscience de soi-même et de cultiver sa connaissance de soi, est l’objectif principal dans un processus thérapeutique. Il s’agit donc d’une pièce essentielle dans l’atteinte et le maintien de notre bien-être.

Une femme hypersensible pensant au fait de vivre sans moi

La quête du bonheur

Le principal but de tout le monde, dans la vie, est d’être heureux. D’atteindre le bien-être tout en accomplissant ses rêves. Mais ne vous êtes-vous jamais demandé si tout ce que vous pensez à propos de la quête du bonheur pouvait être faux ? Et si cela vous faisait vous sentir mal ? Et si tous les efforts que vous faisiez pour atteindre le bonheur ne faisaient que vous en éloigner ?

 

Les études sur des thérapies contextuelles, et plus concrètement celles centrées sur la thérapie d’acceptation et d’engagement (Steven C. Hayes et Wilson, 1994), parlent de l’existence d’une série de croyances inutiles et inexactes au sujet de la quête du bonheur, avec lesquelles nous vivons.

À première vue, ces croyances semblent avoir du sens. Cependant, sur la base de la philosophie de vie qu’elles transmettent, ces croyances sont en même temps la cause et le moteur du cercle vicieux dans lequel nous entrons en poursuivant cette quête.

En faisant cela, nous entrons dans une spirale. Et à mesure que nous essayons de trouver le bien-être, la souffrance augmente. Nous parlons d’idées qui sont acceptées par la société (évidemment, tout le monde sait qu’elles sont vraies !). En définitive, nous tombons dans un piège psychologique dont nous ne sommes pas conscients. Celui-ci nous guide alors, irrémédiablement, vers l’aveuglement et l’insatisfaction.

Vivre sans moi

Vivre sans moi suppose de vivre en s’éloignant de tout ce qui nous rend heureux. Uniquement parce que cela nous génère un certain mal-être. Et nous voulons vivre commodément, bien entendu.

Nous savons que tout effort implique une récompense. C’est pour cela que nous passons des heures assis à étudier pour réussir à un examen, que nous faisons du sport pour nous sentir mieux, que nous tombons amoureux en prenant le risque que ce ne soit pas réciproque et que nous renonçons à une récompense immédiate avec l’idée d’en recevoir une plus grande un peu plus tard.

 

Or, parfois, la peur de souffrir, d’échouer, d’être rejetés, de ne pas nous sentir bien avec nous-mêmes, nous fait agir de telle sorte que nous ne pouvons pas éviter cette crainte. Ainsi, éviter ou fuir ces situations qui impliquent de ressentir cette émotion peut nous éloigner de tout ce qui donne un sens à notre vie. Et, par conséquent, de nous-mêmes.

Être authentique nous aide à vivre chaque situation de notre quotidien avec présence. Être dans l’ici et maintenant nous permet d’adopter un point de vue conscient de ce que nous ressentons. De ce que nous pensons. De l’émotion qui monte en nous. Ainsi, comme le dit la psychologue et coach Laura Chica, nous devons nous concentrer sur nous-mêmes et pas sur l’extérieur.

Une femme heureuse de vivre sans moi

Trouble d’évitement expérientiel

Le trouble d’évitement expérientiel – un chemin vers le « vivre sans moi » – est un phénomène qui nous éloigne de ces expériences privées nous faisant nous sentir malheureux. Lorsque nous tombons sous l’influence de ce problème, notre comportement tend à éviter, contrôler ou modifier les conséquences (pensées catastrophiques, émotions douloureuses, etc.) que ces événements privés provoquent en nous.

 

Éviter, fuir ou attaquer les faits craints est incompatible avec l’acceptation psychologique. Nous parlons ici d’une stratégie de changement qui vise à ne rien faire. À faire face à notre expérience émotionnelle en laissant le mal-être marquer son empreinte. À admettre et tolérer les événements privés et notre situation personnelle sans essayer de les changer ou les éviter.

En définitive, nous en arrivons à la conclusion suivante : l’évitement expérientiel et l’acceptation psychologique sont deux formes de comportement incompatibles lorsque nous nous retrouvons plongés dans une situation aversive.

Vivre sans moi est donc une condition qui nous pousse à vivre éloignés de ce qui est important pour nous. Que ce soit par peur, par paresse, parce que nous traversons une mauvaise passe et nous sentons tristes, par peur de l’opinion des autres…

Nous ne devons pas oublier que l’évitement et la fuite nous éloignent de nos buts et objectifs. Ainsi, prendre conscience et devenir responsables de notre gestion émotionnelle seraient les pièces fondamentales développées lors de la thérapie d’acceptation et d’engagement, en tant que stratégies de changement efficaces.