Piaget et sa théorie de l’apprentissage

1 août 2017 dans Psychologie 57 Partagés

Jean Piaget est l’un de ces écrivains aux paroles d’or dans la psychologie. Sa théorie sur l’apprentissage cognitif dans l’enfance a fait de lui le père de la pédagogie moderne. Il a découvert que les principes de notre logique commencent à s’installer avant l’acquisition du langage, à travers l’activité sensorielle et motrice en interaction avec l’environnement, surtout dans le milieu socio-culturel.

Le développement psychique, qui débute à la naissance et se termine à l’âge adulte, est comparable à la croissance biologique : il consiste essentiellement en une marche vers l’équilibre. De la même manière que le corps évolue vers un niveau relativement stable, caractérisé par la fin de la croissance et par la maturité des organes, la vie mentale peut être considérée comme une évolution vers une forme d’équilibre final, représentée par la personne adulte.

Son influence dans la psychologie de l’apprentissage part de la considération qu’il lui apporte dans le développement mental, via le langage, le jeu et la compréhension. Pour cela, la première tâche de l’éducateur est de générer un intérêt, comme un instrument avec lequel pouvoir comprendre et agir avec l’élève. Ces recherches, menées depuis presque 40 ans, n’essaient pas uniquement de mieux connaître l’enfant et de perfectionner les méthodes pédagogiques et éducatives, mais aussi l’humain en général.

La principale idée de Piaget est qu’il est indispensable de comprendre la formation des mécanismes mentaux de l’enfant pour capter sa nature et son fonctionnement à l’âge adulte. Sa théorisation pédagogique s’est basée sur la psychologie, la logique et la biologie. C’est ainsi que s’est façonnée sa définition de l’action de penser, où l’on part de quelques piliers conditionnés par la génétique et qui se construit ensuite à travers des stimulations socio-culturelles.

C’est ainsi que l’information que la personne reçoit est configurée. Cette information est toujours apprise de manière active même si le processus semble inconscient et passif.

« L’objectif principal de l’éducation dans les écoles devrait être la création des hommes et des femmes qui sont capables de faire de nouvelles choses, pas simplement répéter ce que d’autres générations ont fait ; des hommes et des femmes qui sont créatifs, inventifs et découvreurs, qui peuvent être critiques, vérifier et ne pas accepter tout ce qu’on leur offre. »

-Jean Piaget-

Apprenons pour nous adapter

Selon la Théorie de l’Apprentissage de Piaget, l’apprentissage est un processus qui n’a de sens que face aux situations de changement. C’est pour cela qu’apprendre, c’est en partie savoir s’adapter à ces nouveautés. Cette théorie explique la dynamique d’adaptation via les processus d’assimilation et d’accommodation.

L’assimilation se réfère au mode par lequel un organisme se confronte à une stimulation de l’entourage en termes d’organisation actuelle, alors que l’accommodation implique une modification de l’organisation actuelle en réponse aux demandes du milieu. Via l’assimilation et l’accommodation, nous restructurons cognitivement notre apprentissage tout au long du développement (restructuration cognitive).

L’accommodation ou l’ajustement est le processus via lequel le sujet modifie ses schémas, ses structures cognitives, pour pouvoir incorporer à cette structure cognitive de nouveaux objets. Cela peut s’atteindre grâce à la création d’un nouveau schéma ou à la modification d’un schéma déjà existant, de manière à ce que la nouvelle stimulation et son comportement naturel et associé puissent s’intégrer comme une partie de celui-ci.

L’assimilation et l’accommodation sont deux processus invariables à travers le développement cognitif. Pour Piaget, assimilation et accommodation interagissent mutuellement dans un processus d’équilibre. Cela peut être considéré comme un processus régulateur, à un niveau plus élevé, qui dirige la relation entre l’assimilation et l’accommodation.

John Lennon disait que la vie est ce qui nous arrive pendant que nous avons d’autres plans, et il semblerait que c’est souvent vrai. Les êtres humains ont besoin d’une certaine sécurité pour vivre tranquilles, et nous créons donc l’illusion de la permanence. Tout serait statique et rien ne changerait, mais ce n’est pas vrai. Tout est en changement constant, mais nous n’en sommes pas conscient-e-s, jusqu’à ce que le changement devienne si évident que nous n’avons plus d’autre choix que d’y faire face.

« L’intelligence est ce que vous utilisez quand vous ne savez pas quoi faire. »

-Jean Piaget-

Nous nous socialisons par le langage

Pendant la première enfance, nous assistons à une transformation de l’intelligence. Elle est simplement sensorio-motrice ou pratique et se transforme en une pensée à proprement parler, sous la double influence du langage et de la socialisation.

Le langage, tout d’abord, permet au sujet d’expliquer ses actions, ce qui lui facilite la reconstruction du passé, et donne lieu à l’évocation, par leur absence, des objets vers lesquels ses comportements passés se sont dirigés. Il nous permet aussi d’anticiper les actions futures, pas encore exécutées, jusqu’à les remplacer parfois uniquement par la parole, sans jamais les mener à terme. C’est le point de départ de la pensée comme processus cognitif et de la propre pensée de Piaget.

Le langage unit en effet des concepts et des notions qui appartiennent à tou-te-s et qui renforcent la pensée individuelle via un large système de pensée collective. C’est dans cette ultime pensée que l’enfant se retrouve plongé virtuellement quand il peut maîtriser la parole.

Ainsi, c’est la même chose qui surgit avec la pensée et avec le comportement considéré dans sa globalité. Au lieu de s’adapter totalement aux nouvelles réalités qu’il découvre et construit petit à petit, le sujet doit commencer par une laborieuse incorporation des données, en lui et dans son activité. Et cette assimilation égocentrique caractérise aussi bien les débuts de la pensée de l’enfant que ceux de sa socialisation.

« La bonne pédagogie doit confronter l’enfant à des situations dans lesquelles il expérimente dans le sens le plus large du terme. Le langage nous aide à anticiper ces situations. »

-Jean Piaget-

Le comportement comme moteur de l’évolution

En 1976, Piaget publie un livre intitulé Le comportement, moteur de l’évolution. Dedans, il expose une perspective à propos de la fonction du comportement comme facteur déterminant du changement évolutif et non pas comme simple produit du même, qui serait le résultat de mécanismes indépendants de l’action des organismes.

Piaget réfute notamment les postures néo-darwinistes, car il considère que l’évolution biologique ne se produit pas uniquement par sélection naturelle, comprise exclusivement comme le produit d’une variabilité génétique aléatoire et de taux différentiels de survie et de reproduction en fonction d’avantages d’adaptation vérifiés a posteriori.

À partir de cette perspective, il s’agirait d’un processus indépendant des comportements de l’organisme et qui ne s’expliquerait que par les conséquences, favorables ou défavorables, des changements phénotypiques provoqués par les mutations absolument hasardeuses et leur transmission tout au long des générations.

Le comportement, pour Piaget, constitue une manifestation de la dynamique globale de l’organisme comme système ouvert en interaction constante avec le milieu. Ce serait aussi un facteur du changement évolutif, et pour essayer d’expliquer les mécanismes par lesquels le comportement réaliserait cette fonction, il recourt au concept d’épigenèse et à son propre modèle explicatif de l’adaptation en termes d’assimilation et d’accommodation. Par épigenèse, il comprend l’interaction réciproque entre génotype et environnement pour la construction du phénotype en fonction de l’expérience.

Piaget soutient que tout comportement implique la nécessaire intervention de facteurs internes. Il signale également que tout comportement animal, dont le comportement humain, suppose une accommodation aux conditions de l’environnement et une assimilation cognitive, comprise comme une intégration à une structure comportementale préalable.

« Quand vous apprenez quelque chose à un enfant, vous lui ôtez à jamais l’opportunité de l’apprendre par lui-même. »

-Jean Piaget-

Apports de Piaget à l’éducation actuelle

Les apports de Piaget à l’éducation sont considérés comme extrêmement importants pour la théorie de l’éducation. Piaget est le fondateur de la psychologie génétique, celle qui a affecté significativement la théorie et la pratique éducative qui s’est générée autour d’elle, malgré le fait qu’elle ait varié au fil du temps donnant lieu à différentes formulations. Il faut savoir que beaucoup de travaux ont été développés à partir des apports de Piaget.

Le travail de Jean Piaget consiste en ses découvertes de la pensée humaine à partir d’une perspective biologique, psychologique et logique. Il est nécessaire de savoir que le concept de « Psychologie Génétique » n’est pas appliqué dans un contexte totalement biologique ou physiologique, car il ne se réfère ni ne se base sur les gènes. Est plutôt étiqueté comme « génétique » tout son travail développé autour de la génétique, origine ou début de la pensée humaine.

L’un des grands apports de Piaget à l’éducation actuelle a été d’avoir posé les bases des premières années d’éducation de l’enfant où l’objectif est le développement cognitif, en définitive le premier apprentissage. Pour cela, il est indispensable et complémentaire que la famille ait appris et stimulé l’enfant, en lui apprenant certaines règles et normes qui permettront son assimilation dans un environnement scolaire.

Un autre apport de Piaget, que l’on peut voir aussi dans les certaines écoles, est que la théorie que l’on donne dans une classe n’est pas suffisante pour dire que le sujet a assimilé et appris. Ainsi, l’apprentissage implique plus de méthodes de pédagogie comme l’application des connaissances, l’expérimentation et la démonstration.

Le but principal de l’éducation est de créer des personnes qui soient capables d’innover, pas simplement de répéter ce que d’autres générations ont fait. Des personnes qui soient créatives, inventrices et découvreuses. Le deuxième objectif de l’éducation est de former de esprits qui soient critiques, qui puissent vérifier et ne pas accepter tout ce qu’on leur transmet comme étant valide ou vrai.

Parcourir la théorie de Piaget permet à n’importe quel professeur de savoir comment va évoluer l’esprit de ses élèves. L’idée centrale de sa théorie est que le savoir n’est pas une copie de la réalité, mais le produit d’une inter-relation de la personne avec son entourage. Ainsi, il serait toujours individuel, particulier et unique.

« Le deuxième objectif de l’éducation est de former des esprits qui puissent être critiqués, qui puissent vérifier et ne pas accepter tout ce qu’on leur offre. Le grand danger d’aujourd’hui sont les slogans, les opinions collectives, les tendances déjà faits de pensée. Nous devons être capables de nous opposer de manière individuelle, pour critiquer, pour distinguer ce qui est bien et ce qui ne l’est pas. »

-Jean Piaget-

Bibliographie de Jean Piaget :

  • Le Langage et la pensée chez l’enfant, Paris, Delachaux et Niestlé, 1923.
  • Le jugement moral chez l’enfant, Bibliothèque philosophie contemporaine, Paris, PUF, (1re édition : PUF, 1932)
  • La construction du réel chez l’enfant, Paris, Delachaux et Niestlé, 1937
  • Psychologie et pédagogie, Gonthiers Denoël, 1969, coll. Médiations, Paris.
  • Six études de psychologie, Folio essais, 1964.
  • La psychologie de l’enfant, Jean Piaget et Bärbel Inhelder, Quadrige, PUF, 2004,(1re édition : 1966, Que sais-je ? n°, PUF

Lisez aussi : La thérapie de solution de problèmes : la méthode scientifique pour prendre des décisions

A découvrir aussi