L’usage de l’humour comme mécanisme vital face aux mauvais moments

9 août 2017 dans Psychologie 241 Partagés

L’humour, même si ça n’a pas l’air d’être le cas, représente très souvent un mécanisme de défense face à des situations stressantes ou difficiles que nous pouvons traverser. Il donne de la couleur à l’obscurité, crée des sourires sur les choses compliquées et devient vite contagieux. On dirait que c’est un antidote parfait, non ?

Les mécanismes de défense sont des stratégies que nous utilisons pour affronter des situations internes ou externes qui nous sont très désagréables. D’une certaine façon, c’est comme si, à travers leur pouvoir, ils pouvaient rendre plus petit ce monstre “malveillant” qui s’installe peu à peu. Qu’il s’agisse de la tristesse due à la perte d’un proche, la rage d’une rupture sentimentale ou le diagnostic d’une maladie…

L’humour combat le stress en essayant de le réduire et de le rendre plus inoffensif… Moins téméraire et étrange… Parfois, ces mécanismes de défense réussissent à nous faire oublier notre souffrance ou à la repenser pour mieux vivre notre vie. L’espace d’air pur que nous confère l’humour est si grand qu’il fait croire que nous allons bien, en apparence, et que rien ne nous perturbe.

L’humour nous aide à fuir des réalités inconfortables

Vous avez sûrement connu une personne qui, quand elle raconte quelque chose de sérieux et d’important, le fait avec un grand sourire. Un sourire qui débouche sur ce petit rire nerveux et qui finit en fou rire. Mais quelque chose ne va pas… tandis que nous écoutons cette personne, nous ne pouvons cesser de nous dire que quelque chose ne “colle” pas.

Comment peut-elle nous raconter une chose en riant alors que c’est apparemment important et sérieux pour elle ? Si vous y pensez un instant, beaucoup de personnes, quand elles parlent d’une chose qui n’est pas particulièrement drôle, le font en riant. Avec un rire qui ne nous semble pas authentique… Et qui ressemble plus à un cri de l’âme qui ne sait pas comment sortir qu’à un rire innocent. Qu’à un rire véritable, de ceux qui naissent dans une âme heureuse. Ce rire que nous entendons semble être comme une interférence…

Nous notons habituellement une dissonance entre ce qu’on nous raconte et la manière dont on nous raconte une chose, qui nous fait nous poser des questions à propos du “sérieux” de la situation. Certaines personnes ne creusent pas davantage et se contentent de ce rire. “Et bien! S’iel rit, c’est que cela ne l’affecte pas trop. Tant mieux !”. Mais le fait est que quelque chose ne cadre pas : quand ce que nous disons ne cadre pas avec la manière dont nous le disons, il y a un problème.

L’inconfort cherche à être écouté et accepté, pas renié

C’est là que l’humour agit en tant que mécanisme de défense face à une réalité qu’il nous est difficile d’assumer. L’humour nous réchauffe, et il est très souvent comme un baume qui soigne et qui nous aide à nous adapter à de très nombreuses situations sociales. Le problème, comme pour tout, arrive quand il constitue notre seule manière de faire face à une situation. En nous “défendant” face à elle, en nous retournant contre elle. En ne l’assumant pas, en ne l’acceptant pas telle qu’elle est.

Il y a des réalités qui donnent un véritable vertige. Les assumer suppose de passer par un changement interne assez profond. Et la seule façon d’y échapper est de les renier, de les distancer de notre conscience ou de les minimiser… En les rendant plus petites, jusqu’à l’inexistence. Ne pas affronter une chose, aussi inconfortable soit-elle, suppose de prendre nos distance avec nous-même.

Le confort et l’inconfort font partie de la vie, et nous ne pouvons en renier aucun. Le “remède” ne consiste pas à nier ce que nous ne voulons pas voir. Le remède vient de l’acceptation… et, en ce sens, pour accepter, il faut savoir regarder en nous et montrer une sorte de respect pour ce que nous affrontons. Quand vous ne respectez pas une de vos expériences et que vous la caricaturez jusqu’à la décomposer entièrement, que se passe-t-il ? C’est simple : l’autre ne la prend pas au sérieux.

Si nous ne nous prenons pas au sérieux, nous apprenons à l’autre à ne pas nous prendre au sérieux

Nous pouvons “éduquer” ou non l’autre pour qu’il nous respecte. Dans la mesure où vous ne respectez pas vos émotions et choisissez l’humour comme premier mécanisme pour prendre vos distances avec VOTRE réalité, vous aurez beaucoup de mal à faire en sorte que l’autre respecte vos expériences les plus intimes. Vous êtes en train de lui montrer qu’il peut rire de vous et ne pas vous prendre au sérieux. Que ce que vous lui dites n’est pas important car “ça ne vous affecte pas”. Quand cela vous affecte réellement, cela devient si douloureux ou si inconfortable que votre première réaction est de vous en éloigner.


“Tout a sa propre mesure, de même que toute situation a sa manière de se dérouler. Le rire a sa place, de même que les larmes ; le sourire a son moment, de même que la sévérité.”

-Al-Yâhiz-


C’est pour cela qu’il est important d’identifier ces signes d’incongruité entre ce que quelqu’un ressent et ce qu’il manifeste, entre ce qu’iel dit et sa façon de le dire… Cette incongruité nous donnera des pistes pour pouvoir aider cette personne à se sentir plus à l’aise avec son inconfort.

Parfois, le plus simple est de réellement écouter ce qu’une personne veut nous dire, sans nous perdre dans ce jeu de masques et de caricatures. Cette personne veut probablement être écoutée sans être jugée et a seulement besoin d’entendre un “tu as le droit de te sentir mal (c’est normal/cohérent au vu des circonstances que vous traversez) et tu peux m’en parler si tu en as besoin”.

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