Le principe de curiosité de l'esprit humain : comment fonctionne-t-il ?

04 mai, 2021
Le dicton populaire dit que la curiosité est un vilain défaut. Cependant, la neuroscience nous signale que cela l'a rendu plus sage. Peu de comportements sont aussi nécessaires et puissants que la curiosité...

Le principe de curiosité est profondément ancré dans le cerveau. Même s’il apparaît également chez de nombreux animaux, chez l’être humain cet instinct est beaucoup plus puissant et sophistiqué.

Cela est dû à notre sélection naturelle. Ce mécanisme nous permet de trouver de nouvelles ressources pour nous adapter à n’importe quelle circonstance et nous en sortir avec brio.

L’écrivaine Dorothy Parker disait que l’ennui se soigne avec la curiosité, mais que la curiosité ne se soigne avec rien.D’une certaine manière, la personne qui cesse d’éprouver de l’intérêt pour apprendre, et plus encore pour questionner la raison, le pourquoi et le comment de ce qui l’entoure, s’éteint un peu plus chaque jour.

L’absence de curiosité affaiblit le cerveau et nous prive de dynamisme, d’énergie et de créativité… Si les individus ont un besoin presque inhérent de résoudre des incertitudes, des mystères et des incohérences quotidiennes, c’est parce que ces processus engendrent la recherche et l’apprentissage.

Cette empreinte dans nos génomes nous a permis d’être là où nous sommes aujourd’hui. Le cerveau humain est animé par un sentiment de curiosité. C’est ce qui facilite la connaissance, la motivation et même la survie.

Un chat noir assis.

Le principe de curiosité : en quoi consiste-t-il ?

La curiosité est un élément fondamental de notre cognition.Toutefois, la vérité est que nous nourrissons encore de nombreux doutes sur ses mécanismes neuronaux, et même sur sa fonction biologique. Les recherches à ce sujet n’ont commencé que récemment. L’idée est de comprendre l’utilité de ce mécanisme ainsi que les différences individuelles.

Par ailleurs, nous souhaitons citer les travaux du docteur Todd Kashdan, de l’Université de Floride, qui a mis au point en 2004 une échelle permettant d’explorer le comportement curieux. Il y souligne une chose frappante : nous passons plus de temps à nous laisser guider par le principe de curiosité qu’à nous nourrir.

Des actions aussi simples que lire, écouter de la musique, regarder un film, jeter un oeil sur nos réseaux sociaux ou même converser avec nos proches, sont motivées par un comportement curieux. Nous avons complètement négligé une dimension qui, d’une certaine manière, guide une grande partie de notre comportement.

La curiosité est une composante fondamentale de notre nature

Des recherches comme celles réalisées par le Département de Sciences Cérébrales et Cognitives de l’Université de Rochester, nous révèlent une chose essentielle. La curiosité est l’une des pulsions humaines les plus importantes et, jusqu’à aujourd’hui, nous ne lui avons pas accordé suffisamment d’importance.

Grâce à elle, nous avons découvert la science. Elle facilite l’apprentissage ainsi que notre épanouissement personnel.

William James, l’un des psychologues les plus éminents de notre histoire, a définit le principe de curiosité comme l’impulsion vers une meilleure cognition. En d’autres termes, cette dimension définit le désir de savoir ce que nous ne savons pas.Il s’agit de la forme la plus élevée de développer notre intelligence.

Principe de curiosité et humeur

Le principe de curiosité nous indique également que cette dimension peut décliner à certains moments. En effet, les troubles psychologiques tels que la dépression éteignent notre curiosité. Tout comme le déclin cognitif associé à l’âge et aux maladies dégénératives.

D’autre part, le domaine des neurosciences indique que le simple fait d’éprouver la piqûre de la curiosité est une stimulation vivifiante pour le cerveau. Cette dimension impulse l’apprentissage, la compréhension des choses et la connaissance.

Néanmoins, nous ne vivons ce genre d’expériences que lorsque nous sommes de bonne humeur. Les périodes d’apathie, de découragement et de tristesse diluent ce mécanisme.

Plaisir et tolérance au stress

C’est un fait intéressant que nous avons tous ressenti à de nombreuses reprises. La curiosité nous apprend à tolérer le stress et l’anxiété. Nous y parvenons en comprenant que notre réalité est ponctuée d’incertitudes et que c’est quelque chose de commun. Nous savons que tout dans notre vie quotidienne ne suit pas un modèle ou n’est pas prévisible.

Cependant, loin de nous bloquer, ces dimensions nous encouragent à les affronter, à les résoudre et à travailler pour les comprendre, voire les transformer. C’est tout ce qui a facilité, en fin de compte, notre progrès et notre survie.

Un jeune garçon avec un béret rouge.

La curiosité comme moyen de développer notre cerveau

S’il existe un aspect pour lequel nous aurions intérêt à retourner en enfance, c’est bien celui de la curiosité.Cette qualité, qui s’estompe et s’affaiblit au fil des années, est l’une des caractéristiques qui définit le mieux la plupart des enfants.

En effet, ce sont eux qui montrent le plus grand intérêt dans les situations marquées par l’incertitude. Ils adorent, par exemple, manipuler les objets dont ils ne saisissent pas les mécanismes sous-jacents.

Alors que nous, en tant qu’adultes, considérons d’innombrables choses comme allant de soi, les enfants sondent et se demandent pourquoi ce qu’ils voient ne peut être autrement. Leur pensée latérale remet en question notre approche plus logique et normative.

En outre, les enfants font preuve de curiosité sociale et de curiosité perceptive. Ils sont intrigués par presque tous les stimuli, ainsi que par la manière dont notre société est façonnée et dont nous sommes reliés les uns aux autres. Dans leurs esprits, il existe une composante omniprésente qui fait également partie du principe de curiosité : la fascination.

  • Kashdan, Todd & Rose, Paul & Fincham, Frank. (2004). Curiosity and Exploration: Facilitating Positive Subjective Experiences and Personal Growth Opportunities. Journal of personality assessment. 82. 291-305. 10.1207/s15327752jpa8203_05.
  • Kidd, C., & Hayden, B. Y. (2015). The Psychology and Neuroscience of Curiosity. Neuron88(3), 449–460. https://doi.org/10.1016/j.neuron.2015.09.010