Le bilinguisme : avantages et conditions

23 juin 2018 dans Psychologie de l'éducation et du développement 0 Partagés

Du point de vue de la psychologie de l’apprentissage, le bilinguisme est très positif, mais cela n’a pas toujours été le cas. Jusqu’aux années 60, on pensait que cela compromettait le développement intellectuel des enfants. On croyait que ces derniers devaient traduire simultanément tout ce qu’ils entendaient et lisaient dans les deux langues et que cela les poussait donc à perdre du temps et de la force.

Il a été prouvé que loin de compromettre l’apprentissage, le bilinguisme lui est bénéfique. Les avantages du bilinguisme sont manifestes. Et pas uniquement chez les plus petits, mais également chez les adultes puisque le fait d’apprendre une nouvelle langue freine la détérioration cognitive.

L’émergence du bilinguisme

Certains des facteurs qui ont contribué de manière déterminante à l’expansion du bilinguisme sont de type historique et culturel. Concrètement, ils sont souvent liés à l’ouverture et à l’établissement de nouvelles frontières entre les pays. Voici certains facteurs :

  • L’expansion territoriale de certaines nations ou cultures. Cela a été le cas du latin dont la propagation augmenta exponentiellement le nombre de personnes bilingues dans cette langue millénaire.
  • L’unification politique par accord a facilité la communication de langues franches. Par exemple, l’anglais a été établi comme la langue scientifique par excellence.
  • Les situations post-coloniales ont également permis aux colonisateurs d’imposer leur langue dans les villages conquis qui furent obligés d’adopter une langue qui ne leur était pas native.
  • L’immigration. Les personnes migrantes doivent apprendre une autre langue : celle de leur pays de destination.
  • Le cosmopolitisme a favorisé l’augmentation d’intermédiaires ou de commerçants bilingues.

L’importance de la mère

La relation qui se créé entre la mère et le bébé est le prototype de l’échange communicatif par excellence. Pendant des mois, la mère interprète les signes que son enfant lui envoie (pleurs, cris, rires, signalisation). Elle les traduit ensuite en mots et en une large gamme d’intentions.

le rôle des parents dans le bilinguisme

Petit à petit l’adulte se convertit en un miroir pour le bébé. Lorsque la mère émet un son, l’enfant le reproduit. Lorsqu’elle fait un geste, il tente de l’imiter. C’est ainsi que se développe un échange ludique qui permet au bébé de développer la compréhension et d’élargir la connaissance du monde de manière progressive et illimitée.

L’interaction entre la mère et l’enfant détermine en fait l’apparition du langage et du niveau de celui-ci chez l’enfant. Les types d’interaction communicative qui se produisent entre les deux vont se modifier et évoluer au fil des années et de la croissance du petit.

Types de bilinguisme

Il existe deux variables clés dans le développement du bilinguisme chez les enfants. D’une part, le contexte dans lequel il se développe, et d’autre part la phase de croissance dans laquelle se trouve l’enfant. Selon cela, on distingue deux types de bilinguisme :

  • Simultané : les deux systèmes linguistiques s’apprennent en même temps. De manière générale, on obtient se bilinguisme lorsque les parents parlent deux langues quotidiennement et indistinctement ;
  • Successif : lorsque l’enfant a accès à une langue unique lors de son enfance : la langue maternelle. Une fois celle-ci dominée, il apprend une seconde langue, par exemple, l’anglais à l’école.

Le bilinguisme correct est très difficile à atteindre. Il y a toujours une langue un peu plus développée que l’autre qui a donc plus d’importance. Plus la langue maternelle et la langue étrangère sont semblables, plus l’apprentissage des deux sera rapide et efficace.

parler des langues différentes

Facteurs et conditions du bilinguisme

Des études sur des bébés de 6 mois ont été réalisées (Nazzi y Cols, 2009) avec des techniques de filtres pour vérifier la précocité infantile du bilinguisme. Les conclusions furent surprenantes : à seulement 6 mois, les bébés sont déjà capables de distinguer la langue maternelle (celle de leur mère) et une seconde langue.

Cela ne signifie pas qu’ils soient capables de différencier les détails phonétiques de la langue, mais qu’ils puissent distinguer l’information prosodique (intonation, rythme…). Cela convertit les bébés de 6 mois en polyglottes potentiels. Néanmoins, cette capacité se réduit avec l’âge, car en n’étant pas considérée comme indispensable pour la survie elle disparaît ; fruit de l’évolution.

Bilinguisme positif

Selon Mariscal, il faut respecter une série de circonstances sociales, cognitives et linguistiques pour que le bilinguisme soit positif pour l’enfant :

  • Un niveau de connaissance élevé et suffisant dans les deux langues, fruit d’un contact préalable entre les deux.
  • Un bon développement de la langue maternelle et l’apprentissage d’un second système linguistique à l’école.
  • Expectatives élevées et attitudes positives des parents et des professeurs envers l’enfant, tout en respectant son développement intégral.
  • L’existence d’un bon prestige social des deux langues.

avantages du bilinguisme

Avantages cognitifs du bilinguisme

Selon de nombreuses recherches, les enfants qui peuvent utiliser deux langues indistinctement ont le cortex préfrontal et le cortex dorsolatéral plus développés ; tous deux liés aux fonctions exécutives. Cela leur permet d’être plus rapides et efficaces dans des tâches déterminées pour lesquelles ils ont besoin de ses capacités supérieures.

De plus, ils différencient généralement mieux les stimulations de l’environnement et sont donc capables d’ignorer avec facilité le bruit en classe. Ils sont donc plus à même de se concentrer pendant les cours. Ces enfants ont bien souvent une réserve cognitive plus importante ce qui signifie qu’ils sont dotés d’un mécanisme de contrôle cérébral qui leur permet « de ralentir les effets de l’âge » et donc de retarder leur détérioration intellectuelle.

Comme nous avons pu l’observer, les avantages d’être polyglotte ne se limitent pas uniquement au terrain linguistique. Se débrouiller dans un environnement interculturel de manière efficace dans deux langues est le fruit d’une bonne réaction vis-à-vis des opportunités adaptatives fournies par la nature.

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