L’apprentissage social, l’intéressante théorie d’Albert Bandura

20 septembre 2017 dans Psychologie 2 Partagés
apprentissage social

Comment apprenons-nous ? Comprendre quels mécanismes, quels engrenages et quelles subtilités complexes permettent de mettre en marche un comportement ou une compétence a toujours été l’un des objectifs de la psychologie. Albert Bandura a présenté la Théorie de l’Apprentissage social, réalisant par la même une avancée qualitative en parlant pour la première fois de l’interaction entre l’esprit de celui/celle qui apprend et son environnement.

La plupart d’entre nous devons admettre que nous ignorons comment et de quelle manière nos enfants apprennent certaines choses. Certain-e-s continuent de voir l’enseignement ou l’acquisition d’une compétence particulière comme le résultat de l’approche comportementale classique, basée sur l’imitation, le conditionnement et les renforcements positifs ou négatifs qui assurent ou corrigent un concept ou une conduite.

Néanmoins, rien n’est plus compliqué, complexe et à la fois fascinant que l’esprit d’un-e apprenti-e, que le cerveau d’un enfant ou la disposition d’un-e adulte pour générer un comportement ou acquérir un certain apprentissage. Parce qu’aucun-e d’entre nous n’est une simple boîte vide devant être remplie par des pressions externes et du conditionnement. Les individus observent, imitent, se développent dans un environnement social particulier et présentent certains états mentaux qui encouragent ou entravent l’apprentissage.

Albert Bandura, psychologue canadien et professeur à l’Université de Stanford, a abordé toutes ces questions pour formuler ce que nous connaissons aujourd’hui comme la Théorie de l’Apprentissage Social. Il s’agir d’une approche où le comportemental et le cognitif trouvent leur point de confluence parfaite permettant de comprendre en profondeur notre propre comportement.

Albert Bandura

Que dit la Théorie de l’Apprentissage social ?

La théorie de l’apprentissage social de Bandura est également connue comme l’apprentissage par observation ou modélisation. Pour nous mettre un peu plus dans le contexte, il convient de rappeler que nous sommes dans les années 60, époque où le poids du comportementalisme conservait toujours une pertinence particulière et où l’apprentissage été conçu davantage comme un simple envoi de paquets d’informations entre un-e expert-e et un-e apprenti-e. L’un-e envoyait et l’autre recevait, l’expert-e était le noyau actif et l’apprenti-e le noyau passif.

Albert Bandura, pour sa part, concentra son intérêt et ses études au-delà de ce réductionnisme comportementaliste pour centrer son attention dans le domaine social, comme l’avait préalablement fait Lev Vygotsky lui-même à travers sa théorie Socio-culturelle. Une chose que le fameux psychologue canadien avait très présent à l’esprit était qu’il y avait des enfants qui assimilent rapidement certains apprentissages sans passer par la phase classique essai-erreur. Cela était dû à quelque chose de très simple et évident : par l’observation et son environnement social.

La poupée Bodo

L’expérience de la poupée Bodo est l’une des plus connues dans le domaine de la psychologie. Entre 1961 et 1963, Bandura et son équipe ont cherché à démontrer l’importance de l’apprentissage par observation chez les enfants et comment l’imitation d’un modèle – un adulte – est beaucoup plus pertinente pour ces derniers que le simple fait d’offrir ou de supprimer un renforcement pour définir une conduite, un apprentissage.

apprentissage social

  • Les participant-e-s à l’expérience étaient des enfants âgés entre 3 à 6 ans fréquentant les garderies de l’Université de Stanford. La scène elle-même ne pouvait pas être plus choquante. Dans une pièce remplie de jouets, un adulte frappait avec un marteau une grande poupée, ce en présence d’un groupe d’enfants . Dans un autre groupe expérimental, l’adulte représentait un modèle non agressif et, dans un troisième groupe, l’agressivité était également accompagnée d’insultes envers la poupée Bodo.
  • Les résultats ne pouvaient être plus clairs : la plupart des enfants exposés au modèle agressif étaient davantage susceptibles d’agir physiquement que ceux qui n’étaient pas exposés audit modèle.

D’autre part, Albert Bandura put démontrer avec cette expérience qu’il existe 3 formes basiques d’apprentissage par observation :

  • À travers un modèle en direct, comme c’est le cas pour une personne réelle qui exerce un comportement.
  • Par l’instruction verbale, laquelle implique de présenter de nombreux détails et descriptions d’un comportement.
  • Le troisième se réfère à un modèle symbolique, comme peuvent l’être les personnages fictifs d’un livre, d’une bande dessinée, d’un film ou même une personne réelle dont le comportement est décrit à travers les médias.

Processus de médiation dans l’apprentissage social

La Théorie de l’Apprentissage social est souvent décrite comme un « pont » entre la théorie de l’apprentissage traditionnel (c’est-à-dire le comportementalisme) et l’approche cognitive. Bandura, contrairement à Skinner, a toujours donné une importance capitale aux facteurs mentaux (cognitifs) de l’apprentissage, en définissant les « apprenti-e-s » comme des sujets actifs dans le processus d’information et de valorisation de la relation entre son comportement et les possibles conséquences.

une fille qui imite sa mère

Attention

Pour qu’un comportement soit imité il doit attirer notre attention, réveiller d’une certaine manière notre intérêt et celui de nos neurones miroir. Nous observons tou-te-s de nombreux comportements dans notre quotidien, toutefois, tous ne sont pas dignes d’intérêt…

Motivation

La motivation est le moteur, c’est la volonté de reproduire un comportement donné que nous observons chez d’autres.

  • Il nous faut maintenant parler de l’apprentissage vicariant. Selon Bandura, il ne suffit pas d' »observer » ce que font les autres, mais également de voir quelles récompenses ou quelles conséquences les autres obtiennent pour ce comportement donné.
  • Si les récompenses perçues l’emportent sur les coûts engendrés (le cas échéant), le comportement sera imité par l’observateur-trice. En revanche, si le renforcement vicariant n’est pas perçu comme suffisamment important par l’observateur-trice, il ne reproduira pas ce comportement.

apprentissage social

Pour conclure, la Théorie de l’Apprentissage social représente l’un des sauts qualitatifs les plus intéressants dans le domaine de la psychologie. À tel point que nous ne nous trompons pas en disant que Albert Bandura reste à 91 ans l’une des personnalités les plus appréciées, reconnues et décorées dans le domaine de la psychologie.

Grâce à lui, nous comprenons un peu plus la façon dont nous acquérons nos connaissances et générons certains comportements, là où le social se réfère à nos processus internes, cognitifs et où nous aussi servons de modèle pour d’autres personnes sans pour autant nous en rendre compte.

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