L’apprentissage social d’Albert Bandura

· 15 juin 2018

Nous connaissons Albert Bandura comme le père de l’apprentissage social, et comme l’un des psychologues les plus influents de tous les temps, si bien que l’an dernier, il a reçu la médaille des sciences à la Maison Blanche.

A une époque où le comportementalisme dominait la psychologie de l’apprentissage, Bandura fait un pas de plus et formule sa théorie de l’apprentissage social. Dès lors, il a commencé à accorder de l’importance aux processus cognitifs et sociaux qui étaient en jeu dans l’apprentissage, et pas seulement à considérer les associations effectuées entre les stimulations ou les récompenses qui suivent les comportements, comme l’avait fait jusqu’alors le comportementalisme.

La personne n’est plus considérée comme une marionnette aux dépens des contingences de l’environnement, si elle n’est pas capable de mettre en jeu ses processus privés, tels que l’attention ou la pensée, pour apprendre.

Cependant, Bandura reconnaît le rôle des comportementalistes qui surgissent dans l’environnement et il est conscient qu’ils sont une partie importante de l’apprentissage, mais pas la seule. Pour cet auteur, la récompense n’est nécessaire que pour que se produise l’exécution, pas l’apprentissage en soi.

Notre monde intérieur est indispensable au moment d’intégrer un nouveau comportement dans notre répertoire ou de mener à bien ceux que l’on a déjà, mais que nous n’étions pas capables d’exécuter. Une grande partie de nos comportements actuels sont dus à l’imitation ou à l’apprentissage vicaire de modèles qui pour nous ont été importants.

Qui n’a jamais appris à faire les mêmes gestes que l’un de ses parents lorsqu’il a une conversation ou à surmonter une peur quand il a vu que son meilleur ami n’était pas capable de le faire ?

albert bandura

L’importance de l’apprentissage social

Selon Bandura, lorsque l’on parle d’apprentissage, il y a trois composantes qui interagissent de manière mutuelle : c’est ce qu’on appelle le déterminisme réciproque, ou la réciprocité triadique. Ces trois composantes sont donc : la personne, l’environnement et le comportement. Par conséquent, l’environnement influe sur le sujet et son comportement, mais le sujet influe aussi sur l’environnement au travers de son comportement, et le comportement sur le sujet lui-même.

Nous apprenons en observant les autres, et notre environnement. Non seulement nous apprenons par récompenses ou punitions comme le postulaient les comportementalistes, mais la simple observation produirait déjà en nous certains effets d’apprentissage sans avoir besoin de renforts directs.

Dans le cadre de la célèbre expérience de la poupée Bobo menée à bien par Bandura, nous pouvons observer ces effets. Elle a été réalisée après d’enfants entre trois et cinq ans qui ont été divisés en deux groupes. On a montré à l’un des groupes un modèle agressif et à l’autre groupe, un modèle non agressif. Chaque groupe a observé dans une chambre avec des jouets le modèle qui lui correspondait, et se montrait agressif ou non avec la poupée Bobo, si bien que les enfants apprenaient de la même manière à se montrer agressifs ou à ne pas le faire avec ladite poupée.

Ce fait revêt une grande signification pour la psychologie, et l’on peut donc comprendre pourquoi certaines personnes se comportent comme elles le font. Par exemple, les comportements défiants de certains adolescents qui sont nés au sein de familles déstructurées et qui ont été exposés à certains comportements ont finalement été appris par imitation de leurs modèles de référence et font partie intégrante de leur manière d’être.

Qu’est-ce qui influe sur l’apprentissage vicaire ?

Selon Bandura, en plus des trois éléments basiques que nous venons de mentionner, il existe une série de processus qui sont nécessaires pour que se produise l’apprentissage par observation :

  • Processus d’attention : l’attention focalisée sur le modèle qui exécute l’action à apprendre est fondamentale. Dans le cadre de ce processus influent des variables telles que l’intensité de la stimulation, l’importance, la taille, la facilité à être discriminé, la nouveauté ou la fréquence. D’autres variables sont les propres du modèle exécutant : le sexe, l’origine, l’âge ou l’importance octroyée par l’observateur peuvent modifier le processus d’attention. Quant aux variables de la situation, il a été observé que les tâches les plus difficiles ne peuvent pas être copiées et que les plus faciles, n’apportant pas grand chose au sujet, perdent l’attention de ce dernier.
  • Processus de rétention : il s’agit d’un processus intimement lié à la mémoire. Il permet au sujet d’adopter le comportement, même si le modèle n’est plus là. L’association de ce qui est perçu par l’observateur avec les éléments déjà connus préalablement et la pratique cognitive de ce qui a été appris peut aider au maintien de la capacité de mémoire rétentive.
  • Processus de reproduction : il s’agit du passage de ce qui a été appris comme les images, les symboles ou les règles abstraites à des conduites concrètes et observables. Pour cela, le sujet doit disposer des habilités basiques pour mener à bien le comportement à apprendre, et avoir ses composantes basiques dans son répertoire de comportements.
  • Processus motivationnels : c’est l’autre processus important pour l’exécution du comportement appris. La valeur fonctionnelle du comportement peut faire qu’il soit exécuté ou non mené à bien. Cette valeur dépend d’incitations directes, vicaires, auto-produites ou intrinsèques.
enfant se lavant les dents

Quels sont les effets de l’apprentissage observationnel ?

Il existe trois types différents d’effets qui peuvent se produire en observant le comportement d’un modèle : l’effet d’acquisition, l’effet inhibitoire et désinhibitoire, ou l’effet de facilitation.

  • L’effet d’acquisition de nouveaux comportements : le sujet acquiert de nouvelles aptitudes et de nouveaux comportements grâce à l’imitation et aux règles nécessaires pour les compléter et en développer d’autres nouvelles dans la même ligne d’action. Les comportements acquis ne sont pas seulement des habilités motrices ; on apprend aussi des réponses émotionnelles.
  • L’effet inhibitoire et désinhibitoire : si l’effet précédent générait l’acquisition de nouveaux comportements, celui-là promeut la désinhibition ou l’inhibition de ceux qui existent déjà au moyen de changements motivationnels. C’est dans le cadre de cette variable qu’entrent en jeu la perception de capacité du sujet lui-même ou les conséquences que reçoit le modèle via son action.
  • L’effet de facilitation : enfin, cet effet fait référence à la facilité qu’apporte l’apprentissage observationnel pour mener à bien dans la plus grande mesure des comportements déjà existants et qui ne sont pas inhibés.

La plupart de nos comportements, nous les avons acquis par imitation. Même s’il est certain que le tempérament, d’origine davantage biologique, joue un rôle important, les modèles qui nous entourent le sont encore plus. Le fait d’être timide, de parler plus ou moins vite, nos gestes, le fait d’être une personne agressive ou d’avoir une phobie sont, en partie, appris par modélisation.

La théorie de l’apprentissage social de Bandura a non seulement été pertinent pour comprendre pourquoi les gens se comportent d’une certaine manière, mais aussi pour traiter ces comportements considérés comme désadaptatifs via l’observation de nouveaux modèles qui, par exemple, surmontent leurs peurs, se comportent de manière adéquate et de plus sont récompensés pour cela.