Quand la frustration se transforme en agressivité (trouble explosif intermittent)

19 avril 2017 dans Psychologie 546 Partagés

La frustration est une émotion universelle que nous connaissons tou-te-s. De même que les autres émotions du pôle négatif telles que la peur ou la tristesse, elle est nécessaire, puisqu’il s’agit d’un indicateur qui montre que quelque chose ne va pas et qu’il faut le changer. Aussi, au même titre que le reste des émotions, elle peut nous mener à avoir un comportement agressif.

Cependant, sur ce point, dans l’état émotionnel de frustration, il faut identifier le degré d’intensité avec lequel elle se manifeste et la manière dont elle se régule. Certaines personnes ressentent une frustration disproportionnée par rapport à ce qui la déclenche et, de plus, y répondent de manière exagérée, avec des explosions de colère et d’agressivité : elles souffrent de ce que l’on appelle le « trouble explosif intermittent ».


« La colère est un acide qui peut faire plus de mal au récipient qui le contient que ce sur quoi on le verse. »

– Sénèque –


Qu’est-ce que le trouble explosif intermittent ?

Il s’agit d’un trouble où le contrôle des impulsions et la régulation émotionnelle sont affectés. De plus, on peut dire qu’il se caractérise par deux facteurs fondamentaux :

  • La personne présentant ce trouble vit des épisodes récurrents où les explosions de colère sont fréquentes. Des états où se manifestent le manque de contrôle et l’agressivité, avec une attitude menaçante qui se manifeste, elle, via des cris et, souvent, des dommages physiques envers les objets qui l’entourent, voire même envers les animaux ou les personnes. Il ne s’agit pas de quelque chose de ponctuel, mais d’un état émotionnel incontrôlé qui est récurrent dans le temps.
  • Ces épisodes de colère ne sont pas proportionnels à la cause qui la déclenchent. Généralement, ils sont provoqués par une situation que la personne interprète comme négative, mais que d’autres personnes géreraient facilement, comme par exemple une petite dispute, un travail qui ne leur plaît pas, une critique d’un-e collègue de travail… Dans certains cas, la cause même peut être imaginée, comme par exemple le fait de se sentir attaqué-e dans une dispute alors qu’en réalité il n’y a pas d’attaque, ou bien de la jalousie imaginaire. Tout autant de « raisons » qui soulignent une future agressivité.

Le trouble explosif intermittent est un obstacle

Le fait de ne pas gérer la colère a des conséquences dévastatrices sur la vie de celleux qui souffrent de ce trouble ainsi que sur celle de leur entourage, puisque contrôler les pulsions agressives est quelque chose de fondamental pour vivre en société.

La plupart des personnes présentant ce trouble ont des problèmes dans leurs relations personnelles, qu’elles soient familiales, amoureuses ou amicales. Vivre près d’une personne qui souffre de ce trouble, c’est s’exposer à un état de tension continue : il n’est pas possible de prédire quand cela explosera, ce qui fait que les personnes autour peuvent finir par avoir envie de prendre leurs distances, par peur des explosions et de leurs conséquences.

Ce trouble affecte aussi la vie professionnelle de celleux qui en souffrent. Etant donné que la personne ne sait pas comment contrôler les accès de colère ni les prévenir, des situations frustrantes dont nous souffrons tou-te-s dans le domaine professionnel, comme des disputes avec des collègues ou des critiques des supérieur-e-s, finiront par déclencher un accès de colère tôt ou tard, ce qui génère une mauvaise ambiance professionnelle et un éventuel licenciement si la situation est fréquente.

Pourquoi certaines personnes ont des explosions d’agressivité ?

Certaines études indiquent que les explosions d’agressivité sont une conséquence d’un déficit de sérotonine dans le cerveau, ainsi que de lésions dans le cortex préfrontal. Le cortex préfrontal, c’est précisément la part du cerveau liée au contrôle des impulsions qui se charge de la pensée supérieure.

Même si cela fait penser à des causes biologiques, un autre aspect à souligner, c’est que la majorité des gens qui souffrent de ce trouble ont vécu dans des environnements où une ou plusieurs personnes ont manifesté des explosions de colère. Cela fait penser que, en plus d’une prédisposition biologique, l’apprentissage que l’on fait dès l’enfance pour réguler nos émotions est primordial.

Si un enfant grandit en percevant la colère démesurée et la violence comme des instruments valides pour atteindre des objectifs, il est préférable que ces conduites se maintiennent dans le temps et se rétro-alimentent. Il est nécessaire que les mineur-e-s soient témoins d’exemples de résolutions de conflits et de gestion de la frustration sains, où priment la patience et le dialogue.

De plus, il est important d’aider les enfants à comprendre leur frustration ainsi qu’à la gérer, surtout s’ils ont tendance à faire des réclamations via la colère. Si besoin, il peut aussi être judicieux de solliciter l’aide d’un-e professionnel-le. Ainsi, on épargnera bien des problèmes futurs à cet enfant.

Le trouble explosif intermittent peut se soigner

Il n’est jamais trop tard pour en apprendre davantage sur nos émotions ainsi que sur comment les gérer. Via la thérapie cognitivo-comportementale, on parvient à faire en sorte que ces personnes identifient les premiers signaux de l’accès de colère, et ainsi on peut l’arrêter avant qu’il ne grandisse et cause de sérieux dégâts. Pour l’arrêter, on leur donne une série d’alternatives, comme sortir de la situation qui a provoqué la frustration. Cette sortie peut être mentale (déviant l’attention) ou physique.

D’autres aspects qui peuvent aider consistent à pratiquer des techniques de relaxation qui baissent l’état général d’anxiété et tentent de réduire le ton d’activation générale en canalisant cette énergie via la pratique d’un sport. Dans certains cas, la médication qui régule la sérotonine peut aussi aider.

L’important c’est que, tout en prenant conscience du fait que l’on a un problème et en cherchant de l’aide, on peut apprendre à gérer la colère et à améliorer notre vie ainsi que celle de celleux qui nous entourent. Cela vaut pour les personnes qui ont un trouble, mais aussi pour nous dans des situations aussi extraordinaires soient-elles.


« En sortant par la porte vers ma liberté, j’ai su que si je ne laissais pas derrière moi toute la colère, la haine et le ressentiment, je resterais un prisonnier. »

– Nelson Mandela –


Connaissez-vous une personne qui souffre de ce trouble ou pensez-vous en souffrir vous-même ? Comment cela affecte-il votre vie quotidienne ?

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