Le feu de la colère nous consume mais il brûle aussi les autres

· 12 mars 2017

Nous avons tou-te-s vécu des situations qui nous ont tellement énervé-e-s que nous avons senti la colère monter en nous sans pouvoir y remédier. Qui n’a jamais noté qu’une simple étincelle pouvait allumer un feu qui se propagerait dans tout notre être ? Le pire étant que cette rage incontrôlable nous a fait dire et faire des choses que nous avons profondément regrettées par la suite.

Le fait est que nous ne nous sentons pas seulement mal pour nous-mêmes, mais aussi pour celleux qui nous entourent. Il apparaît que, très souvent, nous faisons du mal aux êtres que nous aimons. Cela se produit même quand ils n’ont aucun lien avec la cause de notre colère. En fait, beaucoup se prennent notre colère de plein fouet alors qu’iels essayent de la calmer.


« La colère est comme le feu : on ne peut l’éteindre qu’à la première étincelle. Après, c’est trop tard. »

-Giovanni Papini-


Qu’est-ce que la colère et quelles répercussions a-t-elle chez celui qui la ressent ?

Commençons par le début : qu’est-ce que la colère ? Il s’agit d’une émotion qui produit des sentiments désagréables chez celui/celle qui la ressent. Le corps passe d’un état de tranquillité à un état de grande activation pour répondre en défendant ou en attaquant.

Nous la ressentons surtout dans des situations interpersonnelles, c’est-à-dire quand nous construisons des liens avec d’autres personnes. Si, au cours de l’une de ces situations, nous jugeons que notre poursuite d’un but est bloquée de façon injustifiée et intentionnelle, la colère surgit.

À ce moment précis, nous sentons que nos intérêts sont menacés et que nous devons agir pour les défendre. Le fait est que la colère commence généralement à des niveaux relativement bas de mal-être. Mais si nous ne gérons pas de manière efficace cette irritation initiale, elle peut continuer à augmenter jusqu’à exploser.

Il a été démontré que présenter une tendance élevée à répondre par la colère à différentes conditions influe sur la santé de façon notoire. En premier lieu, cela génère un ensemble de sensations désagréables pour celui qui la ressent. Mais il n’y a pas que cela : il s’agit également d’un indicateur de la présence de troubles affectifs comme la dépression.

En outre, c’est une variable qui doit être prise en compte dans le traitement et la réhabilitation de différents troubles neuropsychologiques, comme celleux que l’on associe aux lésions cérébrales traumatiques ou à l’alcoolisme, comme le démontre une étude de l’Université Camilo José Cela. D’un autre côté, elle influe sur divers problèmes physiques. Les troubles cardio-vasculaires, le cancer, les ulcères, le tabagisme, etc, en sont des exemples.

Quand j’agis en étant envahi-e par la colère, comment le perçoit mon entourage ?

La colère n’influe pas seulement sur notre propre santé physique et mentale, elle a aussi des conséquences sur notre entourage. Mettons-nous à la place de nos proches : comment nous sommes-nous senti-e-s quand quelqu’un s’est fâché et a projeté sa colère sur nous ?

La réponse peut varier en fonction d’une série de circonstances. Si nous sommes réellement les « coupables » de la colère de cette personne ou non ; les stratégies qu’elle a utilisées pour nous le faire savoir ; si elle a agi de manière plutôt calme ou si, au contraire, elle a développé des conduites extrêmement agressives envers nous. Ces points, entre autres, vont influer sur les interprétations que nous ferons de la situation et, par conséquent, sur les émotions qui apparaîtront.

En partant de cette base, il faut garder à l’esprit que plus la colère sera incontrôlable et les conduites provoquées agressives, plus l’autre se sentira attaqué-e. Il finira par se fâcher également et aura du mal à se contrôler. Et nous pouvons tou-te-s imaginer le résultat de cette situation, n’est-ce pas ? Qui n’a jamais eu une dispute avec quelqu’un d’autre pour une raison jugée stupide par les deux mais qui s’est quand même terminée en bataille avec de sérieuses blessures ?

Ce type de situations peut générer un nombre considérable d’émotions négatives chez l’autre. En commençant par la tristesse, la colère, l’incompréhension ou la vulnérabilité. Il peut également entraîner des sentiments de rejet de la personne qui a réagi comme cela avec nous. En fait, si nous agissons en nous fâchant constamment avec les autres, il est possible que ces derniers s’éloignent de plus en plus et que nous nous retrouvions isolé-e-s.


« Une personne qui veut une revanche garde ses plaies ouvertes. »

-Sir Francis Bacon-


Existe-t-il une relation entre ma manière d’être et la colère que je ressens ?

La colère, en plus d’être une émotion, peut être vue comme une tendance stable à réagir avec rage au cours de différentes situations. Elle peut faire partie de notre manière d’être. Cela veut dire qu’il y a des gens dont la façon d’être est plus emplie de colère que celle des autres. Ces individus répondent avec des niveaux de colère plus élevés à différentes circonstances et avec une plus grande activation du corps.

On voit des similitudes avec les personnes qui ont une faible prédisposition à l’irritabilité en relation avec le type de situation qui leur provoque de la colère. Cependant, les différences résident dans le fait qu’elles réagissent plus intensément et plus fréquemment avec colère dans leur vie quotidienne lorsqu’elles font face à des conditions qui les gênent.

Il a été montré que certaines caractéristiques de la personnalité ont un impact sur le processus d’apparition de la colère :

  • Hostilité. Les personnes hostiles présentent des attitudes négatives envers les autres, en ayant une plus grande tendance à afficher de la colère et à répondre par des comportements agressifs, dans le but de faire du mal aux autres.
  • Extraversion. Les personnes introverties rapportent qu’elles ressentent plus de colère que les personnes extraverties.
  • NeuroticismeCe concept fait référence à l’instabilité émotionnelle que peuvent ressentir les gens. Ces personnes affichant un plus grand neuroticisme font davantage l’expérience de sentiments de colère. Elles ont également une plus grande tendance à répondre de façon agressive.
  • Estime de soi et narcissismeLes individus qui ont une estime d’eux-mêmes plus forte, combinée à une personnalité narcissique, sont plus enclins à répondre de façon irascible. En outre, ils se contrôlent moins lorsqu’il faut exprimer cette émotion.

Comme nous l’avons vu, la colère constante a beaucoup d’impacts négatifs sur notre vie. Il est donc important de la contrôler quand la première étincelle apparaît car une fois que le feu s’est étendu, il va être plus difficile de l’éteindre.

D’un autre côté, une fois qu’elle a disparu et que nous faisons rebaisser notre niveau d’activation, tout un éventail d’émotions négatives peut surgir. Nous nous rendons alors compte des conséquences de notre conduite ainsi que du mal que nous avons pu infliger aux êtres que nous aimons. Songez que, si vous faites face à la colère quand vous êtes encore enfant, si vous ne la laissez pas se mêler à l’ego ou à l’orgueil, vous n’aurez pas à soigner de grandes blessures profondes.