Quand les « ne t’énerve pas » et autres « pardonne-moi » finissent par nous détruire

· 7 mars 2017

Parfois, nous passons notre vie à faire attention aux mots et à chacun de nos actes pour que telle ou telle personne ne nous embête pas. Mais quand les « pardonne-moi » et autres « ne t’énerve pas » sont des notes quotidiennes sur les partitions de la vie, nous n’obtenons qu’une lente auto-destruction.

D’une certaine manière, nous sommes tou-te-s comme des toupies qui tournent sans arrêt dans une salle bondée. Et nous nous frottons les un-e-s contre les autres, c’est normal. Cependant, dans cette danse nerveuse des relations, nous rencontrons parfois des personnes à la peau extrêmement fine. Des personnes si sensibles et susceptibles que la seule chose qu’elles font dans leur vie, c’est cumuler les offenses.

Nous parlons bien sûr des personnes hypersensibles. Ce sont des spécialistes de la souffrance et dans le fait de faire souffrir. Ce sont des personnes habitées par les voiles délicats du manque d’estime de soi, la victimisation et l’insécurité. Des caractères susceptibles, esclaves des opinions des autres et des éternel-le-s trafiquant-e-s de la culpabilité.

Si vous établissez des relations affectives avec ce type de profils, vous devez savoir que vous passerez votre vie à faire attention à chaque détail. À choisir le mot adapté, le geste équanime, l’action la plus appropriée pour que rien ne réveille les offenses ou les inquiétudes.

Jusqu’à ce que petit à petit, nous embarquions notre estime de nous-mêmes avec les « pardonne-moi, c’est de ma faute ». Ce n’est pas bon, il est nécessaire d’éviter ce type de dynamiques. Nous vous proposons de réfléchir à cela. 

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Quand le « ne t’énerve pas » dérive en culpabilité

“Ne t’énerve pas, cela n’arrivera pas à nouveau ». « Calme-toi, vraiment, c’est de ma faute”. Derrière ces phrases, se cache un labyrinthe psychologique dans lequel nous pouvons finir complètement perdu-e-s. Nous utilisons le « pardonne-moi » comme une ressource extrême pour essayer de soulager cette offense presque toujours injustifiée. Nous pensons même qu’il est préférable de supporter la faute si grâce à cela, nous réussissons à apaiser la colère de la personne hypersensible.

Mais laisser un tel poids sur nos épaules finit par effeuiller notre intégrité émotionnelle. Nous mettons en marche ce que l’on appelle la « culpabilité défensive ». C’est un type de mécanisme qu’utilisent souvent les victimes du chantage émotionnel pour se protéger face à l’impuissance.

C’est sans aucun doute un sujet très complexe. Il faut aussi savoir que la personne hypersensible est également très vulnérable. Même si sa faible estime d’elles-même la mène à faire des interprétations à partir de sa subjectivité et sa victimisation, il ne faut pas oublier que parfois, ces architectes du malheur peuvent devenir agressif-ve-s. 

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Finalement, la relation avec ce type de personne devient presque des rituels qui s’ajoutent. Tout ira bien tant que l’un-e des deux boîtera, baissera la tête et honorera l’être aimé via ses actes et ses mots. De cette manière, iel réussira à ne pas faire émerger le démon de la susceptibilité.

Si l’on reste immergé-e dans ce cercle, sans réagir, nous serons comme ces papillons de nuit fragiles volant autour d’un puits de lumière. Et nous continuerons alors que petit à petit, nos ailes brûleront.

Cohabiter avec la personne hypersensible

Il ne s’agit pas de fuir, de briser cette relation, sans avoir tout d’abord lutté pour elle. La prise de distance sans bataille préalable peut ultérieurement amener des regrets. Alors, il sera toujours préférable de faire tout son possible avant de prendre une décision plus radicale. Si on aime, on lutte. Si la lutte se révèle finalement inutile, il n’y a pas d’autre option que la distance pour sauvegarder l’intégrité personnelle et émotionnelle.

Sachez aussi que dans les années 90, des études en lien avec l’hypersensibilité ont été réalisées. Il a été démontré qu’il ne s’agit pas d’un trouble : c’est un trait de la personnalité. Pour mieux comprendre, il est nécessaire d’établir une différence entre deux types de sensibilités existantes.

La première se caractérise par un type de sensibilité orientée vers les sentiments des autres. On peut se connecter aux émotions des autres et ressentir de l’empathie. L’autre type de sensibilité, l’hypersensibilité, se focalise sur soi-même, en tant que réaction aux autres. Elle se vit toujours dans un même état : l’auto-défense.

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Quelques stratégies pour traiter avec les personnes hypersensibles

Il y a quelque chose dont nous devons prendre conscience. Nous ne nous adapterons jamais parfaitement aux manies, aux obsessions ou aux inquiétudes des personnes hypersensibles. Si nous sommes obsédé-e-s par les « ne t’énerve pas », au point de contrôler le moindre détail pour que l’autre n’explose pas, alors nous perdrons tout.

  • Il faut faire comprendre à la personne hypersensible que quiconque vit éternellement offensé n’obtient que le bonheur et la distance des siens.
  • Avant d’émettre un jugement ou de donner une opinion, il faut y penser. Nous sommes fatigué-e-s d’être leur bâton, de porter leurs fautes, d’être cet épouvantail qui effraie les oiseaux en bougeant la tête, dans le but que tout soit calme.
  • Nous devons être capable de renforcer leur estime d’elles-mêmes mais à la fois, qu’elles valorisent la nôtre. La peau des personnes hypersensibles peut être très fine, mais la nôtre est déjà chargée de trop de blessures.

Nous demandons avant tout reconnaissance et respect. Car au final, nous sommes épuisé-e-s de marcher sur ces champs de mines où au moindre pas, se trouve colère et reproches. Personne ne peut passer ses journées dans cet état d’alarme continu, de stress interminable.

La vie est trop courte pour être vécue dans la peur.