La dépression expliquée depuis l’approche comportementaliste

7 mars 2017 dans Psychologie 0 Partagés

La dépression est une maladie qui affecte notre esprit, mais qui dans la plupart des cas surgit à partir d’un ensemble d’événements externes et se maintient aussi à l’aide de schémas bien précis de conduite qui lui réservent une place dans l’espace de notre vie. Ainsi, même si la partie cognitive est importante, dans cet article, nous allons nous concentrer sur les principales thérapies comportementalistes et sur la logique du fonctionnement de chacune d’entre elles.

Il peut résulter jusqu’à un certain point logique qu’une personne déprimée cherche une explication un peu plus « philosophique et profonde » au déracinement émotionnel qu’elle ressent quant à tout ce qu’elle fait et tout ce qu’elle vit. Les explications qui font référence à des aspects plus intra-psychiques et complexes deviennent extrêmement séductrices, de même que la tristesse qui alimente les secondes de son existence.

Les récits d’une grande charge émotionnelle et littéraire semblent donner une forme plus attractive et poétique à leur souffrance, si bien que cette dernière n’en ressort pas du tout résolue ni amortie au moyen de cette voie. Les explications concrètes et plus simples de la souffrance semblent résulter trop fraîches et coupantes.


« Curieusement, ceux qui s’opposent le plus fortement à la manipulation du comportement fournissent cependant les plus gros efforts pour manipuler les esprits. »

– Frederic Burrhus Skinner –


Pour toutes ces raisons, les psychologues ont l’obligation professionnelle et éducative de donner à connaître ce type de procédés de traitement purement comportementaux, si bien qu’ils ne nous apporteront pas une grande quantité de conférences ni ne nous permettront a priori d’attirer un public plus nombreux.

Parce que la rigueur en psychologie est l’espoir thérapeutique de millions de personnes, il vaut la peine de connaître comment la dépression est expliquée depuis le comportementalisme. Il est courant de pouvoir choisir un-e psychologue spécialisé-e afin de pouvoir appliquer de façon claire et concise la solution que requièrent nos problèmes.

La tristesse qui procède de ce que l’on vit

Expliquer l’approche comportementaliste dans cet article n’a pas de sens ni d’utilité pour la personne qui est en train de lire ces lignes. Cependant, il est possible de construire une idée générale, comme « le comportementalisme pour les nul-le-s ». Sans faire durer plus longtemps ce préambule, nous allons donc maintenant vous montrer comment la dépression est considérée du point de vue du comportementalisme.

Quel est le symptôme le plus caractéristique de la dépression ? Voilà la question qu’il faudrait se poser. Indubitablement, la tristesse serait le symptôme que l’on associe le plus rapidement à la dépression, et cette idée n’est pas du tout fausse, même s’il conviendrait de l’expliquer de façon plus exhaustive. En tenant compte de cela, ce que le comportementalisme dit dans les grandes lignes à propos de la tristesse, c’est qu’il s’agit du résultat de ce que l’on vit.

Le comportementalisme n’écarte pas le fait qu’il y a des différences entre les individus et que tout le monde ne fait pas face aux « manques » de la même façon. Ces différences portent aussi bien sur l’aspect cognitif que sur l’aspect biologique, mais puisent également principalement leur origine dans des facteurs environnementaux. S’il n’en est pas ainsi, rien ne sert de continuer de batailler avec votre psychologue ; consultez plutôt un-e autre profesionnel-le médical-e qui puisse explorer les causes originelles.

Même si vous ne saviez pas reconnaître cette origine dans ce que vous avez vécu, tout protège la relation

Parfois, il résulte presque impossible de croire que les troubles psychologiques les plus sévères puissent puiser leur origine dans un réseau indéfini de stimulations et de réponses associées, mais pourtant, c’est bel et bien le cas. Les interprétations que l’on peut faire des stimulations vécues seront aussi déterminées par la réaction de la personne elle-même face aux mêmes circonstances antérieures.

Un réseau d’événements catastrophiques couplé à des interprétations catastrophiques peut conditionner en grande partie la vie d’une personne, et ce pour toujours. Le comportementalisme tente d’identifier ce réseau d’associations catastrophiques pour tenter de montrer une alternative de comportement différente qui parvient à atténuer toute cette souffrance qui se rétro-alimente elle-même.

Prenons un exemple : imaginez qu’un-e enfant veuille manger tout le gâteau au chocolat qui se trouve devant ses yeux, qu’il se mette à courir pour l’attraper, mais que son comportement soit évité par l’action et l’intervention de l’adulte en étant responsable. Face à l’impossibilité d’accéder à ce plaisir, l’enfant peut réagir en faisant un gros caprice. Si l’adulte répond à ses pleurs en cédant et en lui donnant ce qu’iel désire, cette attitude de caprice restera renforcée.

C’est ce que l’on appelle le piège du renforcement négatif, car on évite le mal-être du caprice à court terme, mais ce dernier reste renforcé et il est beaucoup plus probable qu’il apparaisse de nouveau dans le futur. Cette façon de procéder se traduira par des comportements futurs plus complexes, comme une incapacité à tolérer la frustration, ou une recherche immédiate du plaisir avec une absence du contrôle des pulsions.

Des théories classiques du comportementalisme pour expliquer la dépression

Tout en tenant compte de tout ce qui a été dit précédemment, voyons quelles sont les théories les plus importantes dans le domaine du comportementalisme. Ces théories ne sont pas basées sur des facteurs purement cognitifs, puisque selon la psychologie, ce n’est pas ce qui doit être abordé comme prioritaire.

Skinner affirmait déjà que les troubles de l’humeur étaient dus à une réduction de la fréquence des comportements. Voyons les trois théories comportementalistes les plus représentatives qui ont tenté d’enrichir cette idée :

La théorie comportementaliste de Ferster

Selon ce modèle, les troubles de l’humeur s’expliquent par la fréquence réduite des comportements renforcés positivement qui servent à contrôler le moyen dans la vie de la personne. L’origine résiderait donc non seulement dans le fait de perdre des renforcements, mais aussi dans les conduites d’évitement qui maintiennent un schéma d’inhibition comportementale très marquée.

La théorie comportementaliste de Costello

Ce modèle explique que la question n’est pas de savoir si l’environnement de la personne présente des renforcements, mais plutôt de savoir si ces renforcements ont cessé d’être effectifs, que ce soit en raison de changements endogènes chez l’individu ou parce que la chaîne comportementale a perdu en efficacité.

Imaginez un-e enfant qui ait perdu la sensibilité de ses papilles gustatives à cause d’une maladie, ou encore un-e enfant qui rejette la nourriture car elle n’est plus fournie par ses parents, ou sa figure d’autorité principale ; cette perte de l’efficacité des renforcements causera un désintérêt pour le moyen qui l’entoure.

La théorie comportementaliste de Lewinsohn

Selon ce troisième modèle, la vie de l’individu dépressif manque de renforts positifs, de façon contingente au comportement. Plusieurs causes peuvent expliquer le fait que les renforcements positifs ne s’associent pas comme il le faudrait aux comportements adéquats.

Par exemple, on ne peut pas dire que l’environnement ne fournit pas le renforcement suffisant, car il y a un déficit dans les capacités sociales empêchant d’acquérir les renforcements nécessaires, ou encore car il y a une anxiété sociale qui empêche d’en profiter. Lewinsohn explique également comment la dépression resterait renforcée par l’attention sociale d’un côté, ainsi que par l’évitement social d’un autre.

De nouvelles perspectives comportementalistes quant à la dépression : l’introduction de variables cognitives

Dans cet article, nous vous avons présenté dans les grandes lignes les approches que propose le comportementalisme pour expliquer la dépression, mais de nos jours, ces dernières se sont enrichies, ont été amplifiées, et comptent des facteurs davantage cognitifs par essence. Parmi ces évolutions se distinguent l’hypothèse de l’autocontrôle avancée par Rehm ainsi que la théorie de Lewinsohn basée sur la focalisation sur soi.

L’hypothèse d’autocontrôle de Rehm comporte des éléments des théories de Beck, Lewinsohn et Seligman, et on considère qu’il s’agit d’un modèle diathèse-stress chez l’individu. Cette théorie stipule que la dépression se traduit par une perte d’association entre renforcements externes et le contrôle de la conduite elle-même.

Dans la théorie de Lewinsohn portant sur la focalisation sur soi, on met l’accent sur les facteurs environnementaux en tant que causes de la dépression, mais on souligne que ce qui est fondamental, c’est qu’il existe une augmentation de la conscience de soi chez la personne à propos de sa propre incapacité, ce qui générerait encore plus de mal-être dans sa vie.

Finalement, les modèles comportementalistes et cognitivo-comportementalistes nous apportent des explications quant aux troubles de l’humeur aussi satisfaisantes que le défi actuel pour les professionnel-le-s de la psychologie que représente le fait de les donner à connaître avec la même véhémence que celles qu’ont donné à connaître certaines théories sans le moindre soutien scientifique.

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