Aaron Beck et sa nouvelle Théorie Intégratrice de la Dépression

· 7 décembre 2016

Aaron Beck, célèbre psychologue cognitif connu pour avoir révolutionné la conception de la dépression ainsi que son traitement, vient de publier un article dans Clinical Psychological Science où il actualise sa théorie connue sous le nom de « A Unified Model of Depresion: Integratring Clinical, Cognitive, Biological and Evolutionary Perspectives ».

Dans cet article, il envisage une Théorie Intégratrice de la Dépression (traduction française non officielle de l’anglais « Integrative Theory of Depression ») depuis des perspectives clinique, cognitive, biologique et évolutive.

Dans cette nouvelle Théorie Intégratrice de la Dépression, Beck et sa partenaire Keith Bredemeier, tous deux professeurs à l’Université de Pennsylvanie, ont essayé d’intégrer les découvertes de toutes ces disciplines clinique, cognitive, biologique et évolutive afin de faire de leur modèle une explication plus globale et cohérente sur la dépression.

Ils ont ainsi pu établir un nouveau cadre qui rend compte de la symptomatologie et du cours naturel de la dépression, mais surtout qui détermine la prédisposition naturelle des gens à la récupération.

Dans cet article, nous allons essayer de vous expliquer en quoi consiste cette nouvelle Théorie Intégratrice de la Dépression ainsi que ses implications.

 


« Toutes les découvertes liées à la dépression peuvent s’unir entre elles pour favoriser un modèle intégral du trouble qui explique ses caractéristiques les plus déconcertantes. »


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En quoi consiste la Théorie Intégratrice de la Dépression ?

Cette Théorie Intégratrice se base sur l’hypothèse que la dépression, c’est une forme d’adaptation de la part d’une personne suite à une perte de ses ressources humaines essentielles donnant accès aux besoins basiques qu’elle peut ressentir au cours de sa vie.

En d’autres termes, la perte -ne se caractérisant pas nécessairement par un décès- d’un membre de la famille, d’un compagnon/d’une compagne ou d’un.e ami.e accentue le risque de faire une dépression, surtout chez les personnes qui présentent d’autres facteurs de risque de développer cette maladie.

Ainsi, il est plus probable que ces personnes considèrent cette perte comme une perte dévastatrice et insurmontable.

Après cette perte, la réactivité physiologique élevée ainsi que les biais cognitifs mènent ces individus, présentant généralement un risque de faire une dépression, à activer leurs croyances négatives à propos d’elles-mêmes, du monde et du futur, ou ce que l’on connaît plus largement comme la « triade cognitive négative ».

Ces croyances déclenchent des émotions telles que la tristesse ou encore la culpabilité, tout autant de caractéristiques de la dépression, ainsi que des réponses physiologiques et comportementales telles que l’isolement et l’inactivité.

Cette inactivité déclenchée par une perte n’est pas fortuite : elle s’instaure car l’individu tente de garder son énergie face à cette perte de ressources à laquelle il se voit confronté.

Autrement dit, l’inactivité, dans le cadre de la dépression, recouvre un sens protecteur, car l’individu, en plus d’avoir à coeur de garder des forces, craint que d’autres de ses besoins puissent être menacés.

Avec le temps, ce que Beck et Bredemeier appellent « programme de la dépression » et qui consiste, pour l’individu en proie à la dépression, à garder son énergie, renforce les croyances négatives de ce dernier.

C’est l’individu lui-même qui s’isole, ce qui entraîne une multiplication de ses pertes ainsi qu’une diminution de la quantité de ses renforts quotidiens.

Il est important de souligner que l’on peut arrêter ce programme lorsque les ressources vitales se rétablissent, que ce soit parce qu’une nouvelle information a surgi et « corrigé » les biais négatifs, ou bien parce que la situation en elle-même a changé. D

es facteurs externes tels que le soutien des amis et de la famille, l’aide fournie par un psychothérapeute, ou encore le traitement biologique (par exemple, les antidépresseurs) peuvent aider l’individu à enrayer le cycle de la dépression.

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Dans la conclusion de leur article, Beck et Bredemeier disent espérer « que ce modèle puisse motiver un plus grand développement de cette approche nouvelle (et plus intégratrice) visant à traiter ou à prévenir la dépression », car dans de futures publications, il se pourrait qu’ils en viennent à étendre leur Théorie Intégratrice grâce à de nouvelles découvertes.

En quoi la Théorie Intégratrice et la Théorie Cognitive de la Dépression sont-elles différentes ?

Si vous ne connaissez pas bien la Théorie Cognitive de la Dépression de Aaron Beck, sûrement ne connaissez-vous alors par non plus les différences entre cette théorie et la Théorie Intégratrice de la Dépression. On peut distinguer au moins deux aspects qui différencient ces deux théories.

Le premier aspect est connu sous le nom de « programme de la dépression », qui reprend le but évolutif de l’inactivité et de l’isolement, comportements propres aux individus dépressifs et pouvant être interprétés comme un désir de leur part de garder leur énergie.

Cette « politique conservatrice » découle du sentiment d’être immergé dans un monde de pertes émotionnelles, s’adaptant ainsi à la nouvelle situation.

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Ce progrès offre une nouvelle explication de la grande efficacité que présentent les différents traitements cognitivo-comportementaux menés à bien pour lutter contre la dépression, et tout particulièrement de ceux qui se basent sur l’activation comportementale, la considérant comme une part essentielle de la thérapie, car elle romprait ce programme d’inactivité causé par la dépression ; c’est pourquoi il s’agirait des thérapies les plus efficaces.

Le second aspect des progrès présentés par cette théorie est en lien avec l’inclusion d’éléments biologiques dans le but de lutter contre la dépression.

Il s’agit de réponses physiologiques produites par l’expérience de la perte chez ces personnes, ce qui explique donc le fonctionnement de la médicamentation antidépressive comme traitement efficace contre la dépression.