La théorie de l’attribution causale : origine, développement et conséquences

· 28 novembre 2018
Avez-vous déjà entendu parler de la théorie de l'attribution causale ? Savez-vous en quoi elle consiste ?

Nous interprétons tous, à un moment donné, le comportement. Qu’il s’agisse de notre comportement ou de celui des autres. Une théorie psychologique qui nous explique la manière dont nous interprétons le comportement est la théorie de l’attribution causale. Cette théorie, qui appartient au domaine de la psychologie sociale, est le fruit du travail initié par Heider. Ce dernier l’a défini comme une méthode pour évaluer comment les individus perçoivent leur propre comportement et celui des autres.

La théorie de l’attribution causale de Heider tente d’analyser comment nous expliquons le comportement des autres et les événements de la vie. En d’autres termes, comment nous réalisons des attributions sur le comportement. Selon Heider, nous avons tendance à attribuer le comportement des autres à l’une des deux causes. Une cause interne (traits de personnalité, intelligence, motivation, etc). Ou une cause externe (chance, situation, interventions de tierces personnes…).

Les causes des attributions causales

La théorie de l’attribution causale de Heider ne distingue qu’entre les attributions internes et externes. Par la suite, Bertrand Weiner vint ajouter deux autres facteurs à la théorie. Les attributions de Heider ont été renommées locus de contrôle, auxquelles furent ajoutées la stabilité et la contrôlabilité. Chacun de ces facteurs est expliqué ci-dessous :

  • Locus de contrôle : le locus peut être interne ou externe, selon la personne ou le contexte. Ceci est lié à l’estime de soi. Un individu qui attribue ses échecs à des facteurs personnels subira un déclin notable de l’estime de soi. Il utilisera un locus de contrôle interne.
  • Stabilité : la stabilité est l’évaluation que nous faisons de la stabilité du comportement dans le temps. Il est ici fait référence à la durabilité de la cause. Si un sujet attribue son échec à des facteurs qu’il juge stables dans le temps (par exemple, la difficulté d’une carrière), sa motivation pour l’accomplissement de cet objectif diminuera. Au contraire, si nous l’attribuons à des facteurs non-stables, notre motivation ne s’en trouvera pas réduite.
  • Contrôlabilité : ce terme se réfère au fait savoir si l’interprétation est due à des facteurs externes, qui ne dépendent pas de la personne, ou interne, dépendant de la personne. Un facteur externe est la malchance tandis qu’un facteur interne serait le manque de compétences. Lorsque il est estimée que la cause résulte de facteurs internes, la motivation pour la réalisation diminue.
théorie de l'attribution causale

Les attributions de comportements

Les attributions causales, comme nous avons pu le constater, peuvent être réalisées pour les comportements effectués par nous-même. Ou par d’autres personnes. Ces attributions peuvent avoir un locus interne ou externe. Elles peuvent être stables ou instables. Et la contrôlabilité peut être interne ou externe. Les différentes combinaisons qui apparaissent sont celles qui indiqueront la motivation et l’estime de soi.

Par exemple, si un jeune homme gagne dans une compétition de course, nous pourrions dire qu’il en est ainsi parce qu’il s’est beaucoup entraîné et s’est préparé avec constance. Cette attribution est interne et fait référence à une autre personne. Toutefois, si nous attribuons le fait que le jeune homme ait remporté la course car aucune concurrence ne ne lui fut opposée, car les autres participants n’étaient pas préparés, il s’agirait alors d’une attribution externe.

Les attributions internes des succès auxquels nous attribuons stabilité et contrôlabilité sont les plus positives. Ce type d’attributions augmente l’estime de soi et, par la même, la motivation. Au contraire, si ces mêmes attributions s’attribuent à des échecs, l’estime de soi s’en trouve réduite, ainsi que la motivation.

théorie de l'attribution causale

 

Différences dans les attributions causales

La même personne peut faire différentes attributions causales pour des événements similaires. De la même manière, différentes personnes peuvent attribuer différentes attributions causales à un même événement. Par exemple, alors que pour certaines personnes, suspendre un examen serait dû à un manque de capacité (cause interne et stable), pour d’autres cela serait une conséquence de la difficulté de l’examen (cause externe et instable). Ces variations, en plus d’influencer l’estime de soi et la motivation, ont également une influence déterminante sur les attentes.

Selon la façon dont nous interprétons les comportements des autres, nous penserons à eux de telle ou telle façon. Mais ces attributions ne sont pas parfaites. Ou objectives. Nous faisons souvent des erreurs en interprétant les comportements. C’est pourquoi la théorie de l’attribution causale a donné naissance à d’autres domaines de recherche connexes. Certains d’entre eux sont la théorie de l’erreur d’attribution fondamentale, la dissonance cognitive et l’obéissance.

Lorsque nous interprétons des comportements, nous utilisons des heuristiques et des biais qui nous conduisent à réaliser des attributions erronées. Nos croyances antérieures motivent souvent ces attributions.. Si les interprétations que nous avons faites étaient différentes, nous gérerions la dissonance cognitive, ce que nous avons tendance à éviter. Par ailleurs, les attributions causales influenceront notre relation avec les personnes pour lesquelles nous attribuons des comportements. Nous aurons par conséquent tendance à prêter attention aux personnes qui disposent de meilleures attributions plutôt qu’à celles qui les laissent dans un meilleur endroit : nous leur obéirons davantage et nous prendrons davantage en compte leur opinion.