Ignacio Martín-Baró et la psychologie de la libération

· 25 décembre 2018
Connaissez-vous Ignacio Martín-Baró ?

Ignacio Martín-Baró est le père de la psychologie de la libération. Ce jésuite a fondé un nouveau mouvement qui a changé la façon de comprendre la psychologie sociale. En prenant d’autres mouvements pour la libération comme point de départ, Martín-Baró a centré la psychologie sociale sur l’étude des contextes et des problèmes des personnes qu’il étudiait.

Il n’est peut-être pas très connu en-dehors de l’Amérique mais il s’agit d’une référence centrale dans les pays de cette zone. Des écoles comme la psychologie communautaire dérivent de ses idées. Celle-ci consiste à renforcer les communautés dans la lutte contre la pauvreté, dans la défense de la démocratie et dans la santé mentale.

La vie de Martín-Baró

Ignacio Martín-Baró est né en Espagne, à Valladolid, et a intégré la Compagnie de Jésus. Il est parti en Amérique Centrale en tant que jésuite. Il a étudié la philosophie, la théologie et la psychologie puis s’est finalement installé à San Salvador, au Salvador. Sa thèse de doctorat traitait des attitudes et conflits sociaux au Salvador. Ignacio Martín-Baró a plus concrètement étudié la densité de population des classes sociales pauvres dans cette zone.

Ignacio a été professeur dans différentes universités de divers pays. Il a par exemple passé beaucoup de temps à l’Université Centre-Américaine José Simeón Cañas de San Salvador. Il est finalement mort assassiné par un peloton du bataillon Atlacatl des forces armées du Salvador, sous les ordres du colonel René Emilio Ponce, le 16 novembre 1989, en compagnie d’autres prêtres. Ce crime est connu comme celui des martyrs de l’UCA, l’Université Centre-Américaine José Simeón Cañas de San Salvador.

Ignacio Martín-Baró

La théologie et la philosophie de la libération

La psychologie de la libération part de trois mouvements qui existaient déjà. Il s’agit de la théologie de la libération, de la philosophie de la libération et de la pédagogie de la libération. La théologie de la libération propose de se concentrer sur ceux qui en ont le plus besoin, c’est-à-dire les pauvres. Le christianisme reconnaît l’oppression et les injustices sur ce secteur de la société et défend l’utilisation de sciences humaines et sociales.

De son côté, la philosophie de la libération se concentre sur la création de la connaissanceElle remet en cause le fait que la majorité des connaissances étudiées viennent d’hommes occidentaux de classe moyenne ; en d’autres termes, que les connaissances qui proviennent d’autres personnes ne sont pas considérées comme valides. Par conséquent, la philosophie de la libération propose d’apprendre à travers le dialogue la connaissance de ces « autres » qui ne sont pas pris en compte.

Pédagogie de la libération

Une autre base de la pensée de la psychologie de la libération trouve son fondement dans la pensée de Paulo Freire, qui a créé un mouvement éducatif connu sous le nom de pédagogie de la libération. Ce mouvement considérait que l’éducation libératrice était un processus de rénovation de la condition sociale de l’individu. Il perçoit le sujet comme un être pensant et critique qui réfléchit sur la réalité qu’il vit.

« Le savoir psychologique doit être mis au service d’une société où le bien-être de la minorité n’est pas construit sur la misère de la majorité, où les accomplissements de certains n’exigent pas que les autres soient privés, où les intérêts de la minorité ne demandent pas la déshumanisation de tous. »

-Ignacio Martín-Baró-

Ainsi, la pédagogie de la libération cherchait à éduquer à travers une pensée critique et utile. En d’autres termes, éduquer avec des valeurs égalitaires sans utiliser l’endoctrinement. Ne pas éduquer selon les intérêts de l’économie, mais selon les intérêts personnels. On apprend aux personnes à comprendre le monde à partir de leur expérience et de la réflexion critique. Ces fondements ont été adoptés dans la psychologie de la libération.

Ignacio Martín-Baró

La psychologie de la libération

En partant de ces bases, Ignacio Martín-Baró a fondé ce qui est connu sous le nom de psychologie de la libération. Selon lui, la psychologie devrait partir du contexte que l’on étudie et se concentrer sur les problématiques que les gens qui résident dans ce contexte connaissent. Il plaidait donc pour une psychologie centrée sur des contextes spécifiques au lieu de contextes artificiels. Il pensait que la psychologie n’était pas impartiale et défendait par conséquent une psychologie critique et positionnée.

Avec ces idées, Ignacio Martín-Baró a créé l’Institut Universitaire d’Opinion publique. Il transmettait des enquêtes à la population à travers cet organisme et partageait ensuite les données obtenues. De cette façon, il a démystifié de nombreuses croyancesC’est un phénomène connu sous le nom de désidéologisation. Ses idées n’ont cependant pas plu aux politiciens et cela a mené à son assassinat.