Eux peureux, elles idéalistes

· 11 mars 2017

L’amour n’a pas toujours été si compliqué. Avant que ne s’installe, dans la culture de l’Occident, l’idée de l’amour romantique, iels avaient des relations plus stables. Aujourd’hui, les êtres humains se débattent à l’intérieur de deux réalités paradoxales : d’un côté, la plupart veut trouver cette personne merveilleuse qui marque un avant et un après dans la vie amoureuse ; d’autre part, la majorité également, dissocie le « grand amour » de la frustration ou de la souffrance.

En d’autres termes, beaucoup recherchent les bienfaits de l’amour mais ne veulent pas en payer le prix. Ces idées s’installent dans des corps d’hommes ou de femmes. Mais les hommes le traduisent ou le vivent d’une manière, alors que les femmes le font différemment.

La plupart des hommes ne sont pas conscients de leur peur d’aimer. Presque tous choisissent de se désintéresser du sujet, de passer d’une relation à une autre sans se donner le temps de dire « quels beaux yeux tu as » ou devenant cyniques face à l’affection. Les femmes, à l’inverse, sont généralement expertes pour idéaliser tout d’abord puis dévaloriser ensuite les hommes avec lesquels elles ont construit une histoire d’amour.

Les hommes et leurs peurs

La grande peur de la plupart des hommes est l’engagement. Même si le mot semble clair, il revêt en réalité de multiples significations. Et nous le comprenons chacun de manière différente.

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Certains pensent que s’engager, c’est réveiller trop d’attentes chez une femme. C’est pour cela qu’ils prennent énormément de précautions et mesurent chaque pas qu’ils font dans la relation. D’autres croient que l’engagement arrive quand ils ouvrent leur cœur et montrent ce qu’il y a à l’intérieur. D’autres encore pensent qu’ils sont engagés quand la relation dépasse une durée délimitée. Finalement chacun donne la forme qu’il veut à la peur qu’il ressent.

D’un point de vue du docteur Juan David Nasio, célèbre psychoanalyste argentin vivant à Paris, toutes ces peurs naissent d’une seule source : la crainte de décevoir ou de « trahir » leur mère. Dans le fond, sur le plan de l’inconscient, ils sont enchaînés à vie à l’idée que seule leur mère mérite cet amour total et ils sont incapables de ressentir ce sentiment avec d’autres femmes.

C’est la racine de cette sensation, que tant d’hommes expriment en disant qu’ « il manque quelque chose » chez ces femmes qu’ils connaissent. Ces hommes passent d’une relation d’échec à une autre. S’ils sont honnêtes avec eux-mêmes et prennent conscience de leur fonctionnement, ils se rendront compte qu’ils se chargent eux-mêmes de saboter cette opportunité de construire une véritable histoire d’amour. Avec leur négligence, leur manque de sensibilité ou leur besoin de contrôle. Ensuite, ils se plaignent qu’aucune femme ne corresponde à ce qu’ils recherchent.

Les femmes et leurs idéalisations 

Beaucoup de femmes construisent leur propre château fantasmé, où elles jouent à être les princesses. De là, elles organisent des histoires d’amour invraisemblables, dans lesquelles l’homme qui prend en charge leurs névroses et leurs insécurités ne peut s’appeler que « prince ». Une sorte de « père courtois », capable de leur apporter un sentiment de sécurité qu’elles n’ont pas et de les protéger face aux vicissitudes de la vie.

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La plupart d’entre elles diront que non. Elles se voient elles-mêmes comme des femmes modernes, autonomes et indépendantes. Mais, elles passent pourtant leur vie à faire et à défaire des relations.

À chaque fois qu’elles en terminent une, elles se disent en elles que « les hommes n’en valent pas la peine », ou se sentent déçues de cet homme car il n’est pas ce qu’il semblait être. Au fond, elles aimeraient des hommes qui se comportent comme des femmes. Elles ne comprennent pas que la construction sociale les forge différemment.

Au fur et à mesure où on creuse plus profondément, on découvre que la déception et la dévalorisation envers les hommes proviennent précisément du fait qu’elles se sentent « trahies » dans leurs fantasmes. Ils ne les traitent pas comme les princesses ou les reines qu’elles étaient.

Finalement, lui non plus -encore une fois- n’a pas pu supporter tous ses caprices. Peut-être qu’il ne l’a pas demandé en mariage, ou qu’il ne l’a pas protégé comme une petite fille gâtée. Ou qu’il ne s’est pas comporté comme un chevalier errant, qu’il aurait dû être. Il y a a eu des erreurs sur la marchandise : c’était un homme en chair et en os, pas un prince.

Fantasme et réalité

Aimer n’est pas facile. Se laisser aimer non plus. Mais cela devient impossible quand les membres du couple sont attachés à leurs fantasmes d’enfant et ne veulent pas y renoncer. Ils font de l’amour un exploit impossible.

Ils s’avèrent incapables d’apprécier et de donner de la valeur à toutes ces contradictions qui font de nous des humains et qui sont précisément celles que l’autre doit accepter, sans essayer d’y remédier. Quand il y a de l’amour véritable.

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