Entendre plaintes et avertissements dans l’enfance : l’anxiété à l’âge adulte

14 juin 2017 dans Psychologie 583 Partagés

Une petite fille regarde par la fenêtre de la voiture ce qui se passe autour d’elle. Elle se trouve derrière, détendue et pleine de curiosité. Avec un tempérament docile et qui cherche uniquement à remplir sa vie de sensations, tout en écoutant ses parents parler.

Ils sont inquiets par les factures, se souviennent des querelles passées et affirment continuellement que la vie est dure. Ce n’est pas la première fois que cela arrive. Après quelques trajets supplémentaires, les pensées de la petite fille se troublent un peu. Lorsqu’elle descend de la voiture pour se rendre à l’école, sa mère lui demande de faire attention. Elle ne précise pas à quoi.

Le cartable de cette petite fille est de plus en plus lourd. Ni la bonne situation économique, ni le bon traitement de ses camarades, ni le fait d’avoir vécu une enfance sans traumatismes évitent qu’elle ne ressente continuellement que quelque chose va mal. Une catastrophe est toujours potentiellement imminente.

Sa famille lui dit se faire attention, que beaucoup de mauvaises choses arrivent et que si on l’avertit, c’est parce qu’on s’inquiète pour elle et qu’on veut qu’il ne lui arrive rien. On ne lui précise pas à quoi elle doit faire attention et si elle peut faire quelque chose pour prévenir cela ou pour se défendre si cela arrive. Tout est reçu de manière passive, sans aucune instruction concrète.

Sa curiosité est coincée dans son imagination. Elle commence à avoir trop peur de concrétiser n’importe quelle idée dans la réalité. Son réseau d’alerte s’est étendu vers tout ce qu’elle ressent et qu’elle vit. Rien de tout cela n’était dans son cerveau, mais les plaintes et les avertissements l’ont modifié. Elle est en train de développer un trouble de l’anxiété généralisée, mais elle passera par des centaines de diagnostics erronés avant de le savoir.

Une peur qui ne cesse pas, une préoccupation vis à vis du rien qui prend toute la place

Le trouble de l’anxiété généralisé n’est pas un épisode de stress, une préoccupation temporaire sur quelque chose de concret ou un état d’irritabilité plus long que la normale. Ce trouble est le résultat d’une grande quantité d’expériences de vie qui ont modifié le système cognitif, émotionnel et physiologique de l’individu jusqu’à s’automatiser comme une manière de réagir face à la peur, de façon quasiment instinctive.

Comme beaucoup d’autres troubles psychologiques, il n’a pas d’origine organique, mais peut être lié à la biologie ou à la génétique dans de moindres proportions. On a par exemple remarqué qu’il apparaît plus souvent chez les enfants nés de mères plus âgées, sans savoir exactement ce que ces résultats veulent dire. Il n’existe pas pour l’instant de corrélations ni de conclusions claires, mais c’est un aspect qu’il serait intéressant à étudier dans le futur.

L’anxiété généralisée chez l’adulte est caractérisée par une sensation de préoccupation constante basée sur l’anticipation d’événements futurs. L’adulte atteint d’anxiété généralisée est un enfant qui a appris qu’être inquiet était une manière de se connecter à la vie, pas simplement un signal d’alerte de circonstance que l’on utilise dans des cas concrets.

La préoccupation est une manière d’éviter la réalité, une excuse face à la peur et à l’incertitude. Un esprit de lutte et de créativité annulé par l’écoute des plaintes au continu, des préoccupations, des lamentations du passé et des avertissements inutiles du danger.

La peur et l’évitement : une manière de donner raison à la plainte

Les moments les plus critiques pour que l’anxiété devienne chronique sont les premières années de jeunesse, mais cette anxiété peut provenir de l’enfance même. Cette petite fille qui était pleine de curiosité en regardant par la fenêtre n’a jamais réussi à descendre de la voiture et réaliser ce à quoi elle rêvait.

Elle s’est retrouvée inapte à cause de conseils qui ne lui convenaient peut-être pas, d’avertissements sécuritaires alors que le danger n’existait pas… Et les commentaires à propos des risques et de son comportement ont fini par annuler son esprit entrepreneur. Face à un tel procès et de tels questionnements de ce qu’elle fait, son estime d’elle-même s’est vue entamée et elle préfère éviter, laisser des activités à l’abandon et essayer de justifier son manque de détermination d’une autre manière, par exemple en exagérant la difficulté de la tâche.

La petite fille pleine de vie est restée bloquée au début du pont. Il semble que les gens le traversent avec facilité et achètent des tickets pour la vie adulte, comme s’il y avait un nombre d’existences limitées. La petite fille face au pont est paralysée car elle n’en a pas fini avec les plaintes et les avertissements qui tournent en boucle dans sa tête. Devenir adulte est arrivé trop tôt et s’avère trop difficile.

Faire et penser : une manière de sortir de la boucle de l’anxiété

Il existe peu d’actions aussi peu productives que celle de dire à quelqu’un qui souffre d’anxiété qu’il arrête, comme si c’était un gribouillage au crayon de bois que l’on pouvait effacer avec deux passages de gomme. La personne qui souffre d’anxiété a besoin de temps pour déconstruire un système d’alerte anormal, qui est hyperactif concernant n’importe quel sujet ou tâche.

De plus, il faut aussi se poser la question des expériences dans lesquelles on a “échoué” dans le passé et souvent, on culpabilise de tout plaisir expérimenté, que ce soit à la suite de l’achat d’un vêtement ou d’une sortie entre ami-e-s. Il semble que le plaisir ne fait pas partie de la vie car derrière la “paix”, il y a forcément “un malheur” qui peut arriver.

Le mieux pour une personne qui souffre de ce trouble, c’est de commencer à coexister avec ses expériences intérieures d’anxiété sans que cela ne suppose de renoncer au fait de VIVRE. Cela semble compliqué, mais en réalité, le seul remède à l’anxiété est tout le contraire de l’évitement : l’affrontement et le fait de suivre un plan établi au préalable est la manière la plus efficace que l’on peut utiliser pour traverser ce pont vers l’indépendance.

Si l’on sait que ce trouble est souvent confondu avec d’autres, comme la dépression, les phobies ou les comportements obsessionnels, son diagnostic peut être tardif. Commencer le traitement tout en stabilisant le patient est complexe. Il existe des médicaments comme la venlafaxine qui aident à cela et qui créent une addiction bien moindre que la benzodiazepine.

Un traitement multidisciplinaire, intégrant et qui fait valoir l’engagement de la personne affectée est clé pour qu’elle cesse de voir la vie via ses pensées et qu’elle s’y plonge complètement. Autrement dit, du lointain, les monstres projetteront toujours de grandes ombres paralysantes, confuses et menaçantes comme celles que la petite fille voyait de la fenêtre de la voiture…

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