Quel est le rôle de la sensibilité à l’anxiété dans la consommation de tabac ?

· 2 juin 2017

Nous avons tou-te-s entendu un jour : « Je suis énervé-e, j’ai besoin d’une cigarette. » Ainsi, la croyance selon laquelle le tabac a un effet anxiolytique est si répandue qu’elle fait maintenant partie de l’inconscient collectif. Beaucoup de gens croient que le tabac a un effet relaxant, semblable à celui d’une infusion de valériane. C’est pour cela que beaucoup continuent à fumer dans le seul but de contenir leur anxiété.

Mais la réalité est tout autre. Le tabac est une substance excitante. Lorsqu’on fume, nous nous activons plus. Nous devenons aussi beaucoup plus nerveux. La « tranquillité » que nous ressentons à la première bouffée de cigarette a un lien avec la baisse du besoin de consommation de la substance addictive, non pas avec un quelconque effet relaxant. De fait, la sensibilité à l’anxiété que nous avons influe significativement sur la consommation de tabac.

« Le véritable visage du tabac est la maladie, la mort et l’horreur, non pas le glamour et la sophistication que l’industrie du tabac essaie de dépeindre ».

-David Byrne-

L’anxiété et les premières bouffées

Pour commencer, qu’est-ce que la sensibilité à l’anxiété ? La sensibilité à l’anxiété est cette peur que certaines personnes ont de l’anxiété en soi et de ses symptômes. Elles pensent que le stress a des conséquences très nocives pour elles. Ainsi, quand elles détectent des indicateurs qui montrent qu’elles sont stressées, les symptômes augmentent.

Avoir une forte sensibilité à l’anxiété lorsqu’on fume peut faire croire à ces personnes que cette réduction primaire de leur anxiété qu’elles ressentent dès la première bouffée est bienfaisante pour elles. Le fait qu’elles appréhendent le tabac comme une manière efficace de réguler l’anxiété fera qu’elles fumeront de manière habituelle. De plus, cela deviendra une raison de ne pas arrêter.

Ces personnes pensent que fumer est une manière acceptable et « rentable » de réduire l’anxiété. Dit autrement : elles vont faire de leur consommation de tabac leur stratégie pour réguler leur anxiété. Il est donc essentiel d’apprendre et de mettre en place d’autres types de stratégies d’affrontement face au stress, afin d’être capable de le gérer sans adopter des comportements nocifs pour la santé, comme fumer.

Quel rôle joue la sensibilité à l’anxiété sur le fait de continuer à fumer ?

Tout comme lorsque l’on commence à fumer, la sensibilité à l’anxiété joue aussi un rôle sur le fait de continuer. Pas uniquement parce que ces personnes ont une plus grande sensibilité à l’effet anxiolytique du tabac à la première bouffée. D’autres facteurs ont aussi une influence.

« Prends soin de ton corps. C’est le seul endroit que tu as pour vivre. »

-Jim Rohn-

Concrètement, les personnes fortement sensibles à l’anxiété ressentent plus d’effets positifs après avoir fumé. De plus, la récompense psychologique augmente chez elles. Ainsi, non seulement l’anxiété se réduit, mais des émotions positives qui incitent à continuer à fumer apparaissent.

Cela fait que les personnes très sensibles à l’anxiété fument de manière plus inflexible face aux situations stressantes et qui provoquent des émotions négatives. C’est-à-dire, qu’à nouveau, elles utilisent la cigarette pour réguler leur stress, au lieu de l’affronter de manière plus adéquate.

Au moment d’arrêter de fumer, comment agit la sensibilité à l’anxiété ?

La sensibilité à l’anxiété est particulièrement importante quand on souhaite arrêter de fumer. Elle interfère directement sur les tentatives d’abandon du tabac, car ces personnes ont des symptômes d’abstinence plus intenses lors de la première semaine. Ainsi, elles ont moins de chance de parvenir à arrêter et un risque plus élevé de rechuter.

Elles ont généralement à leur actif plus de tentatives avortées d’arrêt du tabac. La conséquence de cela, c’est qu’elles se sentent moins capables d’y arriver. De plus, elles croient que la seule chose qu’elles réussiront à faire, c’est augmenter leur sensation de mal être. Comme nous l’avons dit, ces personnes ont peur de se sentir plus anxieuses et ces expériences supposent un handicap supplémentaire.

« Avoir conscience que la santé est dépendante des habitudes que nous contrôlons fait de nous la première génération de l’histoire qui détermine en grande partie son propre destin. »

-Jimmy Carter-

Pour toutes ces raisons, il est intéressant de travailler concrètement la sensibilité à l’anxiété avec les personnes qui souhaitent arrêter de fumer. Il est donc nécessaire qu’elles s’exposent à l’anxiété de manière graduelle. C’est-à-dire qu’elles doivent la ressentir. Elles pourront ainsi voir qu’elles sont capables de la gérer et n’en auront pas si peur, ce qui va réduire les effets négatifs de cette sensibilité dans l’abandon de la consommation de tabac.

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Images de Stas Svechnikov, Lucas Filipe et Dmitry Ermakov.