Un-e bon-ne chef-fe tire ses équipes vers le haut

· 16 juillet 2017
Traditionnellement, cette façon de diriger, à la fois menaçante et exigeante, a toujours été considérée comme la meilleure manière de traiter des ouvrier-ère-s et des employé-e-s, dans l’optique qu’iels soient obéissant-e-s et rentables.
C’est une vision des choses dans laquelle la peur se transforme en un outil qui permet de tirer les gens vers le haut, ou tout du moins vers le maximum de profit. Bien évidemment, ce n’est pas du tout le meilleur moyen d’y parvenir, et de nombreuses études scientifiques ont, depuis bien longtemps, discrédité ce concept.
Si nous y réfléchissons bien, la peur n’a jamais permis de rendre un-e travailleur-se plus productif-ve dans une logique de long terme. Si nous faisons pression sur les autres, si nous les menaçons et si nous ne faisons que de pointer les erreurs des autres, la seule chose que nous allons obtenir est un mécontentement général et une baisse globale du sentiment du devoir accompli. Nous allons transformer celleux qui travaillent pour nous en des ouvrier-ère-s capables d’accomplir des tâches répétitives, mais incapables d’innover ou de s’identifier à l’entreprise.
Ces personnes vont perdre tout l’intérêt qu’elles ont pour leur travail, à cause d’un mécanisme de vulnérabilité identitaire, car elles ne savent plus quoi faire pour satisfaire leur patron tyrannique. Elles peuvent également tout simplement quitter leur poste, soit par ennui total (le fameux bore-out), ou par perte de motivation, voire de sentiment de rancœur envers l’entreprise.
Les exigences élevées génèrent de l’anxiété et l’anxiété peut totalement torpiller le développement d’un individu et son attachement aux choses qu’il aime le plus. Il est donc possible qu’en utilisant la méthode que nous avons décrite, l’employé-e en question perde totalement confiance en lui/elle.
A l’inverse, un-e travailleur-se heureux-se et qui aime ce qu’iel fait est 12% plus productif-ve que les autres.

Être chef-fe, ce n’est pas être leader

Comme nous l’avons déjà expliqué, le mot « chef » revêt tous les caractères d’une autorité démesurée sur des travailleur-se-s démotivé-e-s. Le/La chef-fe se situe au sommet d’une hiérarchie étriquée et son rôle est de diriger celleux qui sont en-dessous de lui/d’elle de manière à ce qu’iels deviennent plus productif-ve-s. D’un autre côté, pour que cette personne puisse jouir du statut de chef-fe, il faut que les autres, qu’il s’agisse de ses employé-e-s ou de son/sa propre chef-fe à lui/elle, reconnaissent son autorité et son statut.

Un leader est une personne qui se trouve à la tête d’un groupe, qu’il soit social, politique ou professionnel, et qui développe des attitudes qui se répercutent positivement sur le travail de tout le monde. Son engagement, davantage que ses ordres, démontre sa volonté de protéger le groupe qu’il dirige. Il sait motiver ses employé-e-s pour qu’iels collaborent plus facilement à la réalisation d’un but commun.

Si vous lisez cet article et que vous êtes vous-même à la tête d’une entreprise, ou d’un groupe d’employé-e-s, vous devez apprendre, pour votre bien et celui de votre entreprise, à adopter une attitude de leader plutôt que de chef-fe. Cette attitude vous permettra d’obtenir deux choses : une augmentation de votre chiffre d’affaire, grâce à l’investissement de toutes vos équipes, et une amélioration de vos relations avec vos employé-e-s, qui se sentiront en symbiose avec l’entreprise dans laquelle iels travaillent.

Pour initier cette mutation, il est important de comprendre que le leader n’a pas envie à tout prix d’être une autorité et qu’il ne voit pas comme un privilège le fait d’être en mesure de donner des autres aux autres. Il organise son groupe et le gère de manière démocratique.

De plus, le leader écoute ses travailleur-se-s car il sait que tout un chacun peut apporter quelque chose de nouveau et de bon au groupe. Il essaye de ne pas avoir trop de critères arrêtés lorsqu’il dialogue avec ses employé-e-s et il essaye de les convaincre par l’utilisation d’arguments et d’exemples. Il ne verse jamais dans un gouvernement par la peur.

Le/La chef-fe suscite la terreur chez ses employé-e-s. Lorsqu’iel est dans les parages, tout le monde lui obéit par peur d’une critique virulente, voire d’une sanction. Le leader, à l’inverse, est source de confiance et génère de l’enthousiasme chez ses employé-e-s, une envie d’aller de l’avant.
Un bon leader ne cherche pas uniquement à débusquer les erreurs des autres et à les sanctionner durement. Il ne se lance pas dans des chasses aux sorcières continuelles. Le/La chef-fe, bien au contraire, fonctionne de cette manière : iel pointe les erreurs des autres et les réprimandent. Iel cherche à ce que les autres se sentent honteux-ses et qu’iels prennent conscience de tous leurs défauts nuisibles pour l’entreprise. Le leader voit les choses de manière bien plus positive. Il pointe les attitudes bénéfiques à l’entreprise et les récompense. Il aide celui/celle qui se trompe et cherche des solutions avec lui/elle pour qu’iel s’améliore.
Le leader s’intéresse à ses travailleur-se-s, aux personnes qu’iels sont : il connaît leur vie, leurs malheurs, ce qui les rend heureux-ses…Il ne considère pas les autres comme des numéros et ne les déshumanise pas. De plus, il comprend que son obligation la plus importante est de demeurer disponible pour toutes les personnes qui ont besoin de lui parler.

 

Plus de bonheur, plus de productivité

Aucune entreprise ne peut aller bien loin si elle est uniquement dirigée par un-e chef-fe, et non par un leader. Les travailleur-se-s, épuisé-e-s par leur travail et par les conditions dans lesquelles iels l’exercent, finissent toujours par quitter leur poste pour voir si l’herbe est plus verte ailleurs, ou tout simplement par se révolter.

Il est parfaitement prouvé que le bonheur au travail nous donne davantage envie de travailler, de nous dépasser et d’atteindre nos objectifs.

Les mauvaises relations professionnelles, qu’elles soient entretenues avec le/la chef-fe ou avec d’autres collègues, les désaccords permanents sur le travail à effectuer, les nouveaux droits qui ne vont qu’en faveur de l’entreprise et qui ne sont jamais dirigés vers les employé-e-s, ainsi que les injustices qui se multiplient provoquent un sentiment d’épuisement et de stress chez les travailleur-se-s.

Iels commencent petit à petit à perdre toute estime d’eux-mêmes et sombrent dans un dialogue interne négatif : « Je ne peux rien faire pour leur montrer que je vaux quelque chose« , « Je ne suis peut-être pas assez bon-ne pour ce travail« , « J’ai peur de faire part de cette idée à mon/ma chef-fe« .

Cette perte de confiance en soi, qu’elle se produise chez l’employé-e ou chez son/sa chef-fe, provoque un effet boule de neige et un mécontentement qui devient général, un sentiment de culpabilité immense. La personne touchée va finir par perdre toute sa motivation et se contentera, comme le dit l’expression, du minimum syndical.