La peur de nager à contre-courant

11 juillet 2017 dans Psychologie 132 Partagés

Être accepté-e par les autres est un besoin instinctif et profond. En tant qu’êtres humains, nous sommes sociaux/sociales par nature et cherchons à intégrer des groupes qui partagent nos intérêts ; le fait d’être écarté-e-s de ces groupes nous rend profondément tristes. Quand nous sommes exclu-e-s, un signal millénaire se déclenche au plus profond de notre cerveau. Nous savons que la solitude nous rend plus vulnérables face à tous les dangers qui nous guettent.

C’est à partir de là qu’apparaît la peur de nager à contre-courant. Et la tendance très risquée de nous plonger dans une masse sans avoir réfléchi au préalable. En principe, nous sommes terrifié-e-s de rester en-dehors d’une dynamique que tout le monde suit. C’est comme si nous pouvions tomber dans l’ostracisme et nous retrouver soumis-es à des risques plus puissants que nous-mêmes.


« Penser contre son temps, c’est de l’héroïsme. Mais le dire, c’est de la folie. »

-Eugène Ionesco-


Le plus préoccupant étant qu’il existe des moments où le grand courant social va contre des choses raisonnables ou souhaitables. L’exemple le plus évident, qui est toujours utilisé pour effectuer des comparaisons, est celui du nazisme. Beaucoup de personnes ont suivi ce mouvement inhumain. Pourquoi? Par peur, tout simplement. Elles ont suivi cette direction et, aussi absurde que cela paraisse, pensaient qu’il valait mieux avancer dans ce sens qu’opposer une quelconque résistance.

Cela ne se passe pas seulement au cours des grands événements historiques. Il existe aussi une infinité de situations quotidiennes auxquelles nous pouvons appliquer ce même schéma. On le retrouve par exemple dans le bullying. Même si beaucoup savent qu’il s’agit au fond d’une conduite à condamner, iels se taisent ou s’unissent aux tyrans pour ne pas aller à l’encontre du courant qui régit. Que peut-on dire de cette peur ? Y a-t-il une façon de la conjurer ?

La peur de penser et d’être différent des autres

D’une certaine manière, nous sommes tou-te-s condamné-e-s à créer un personnage qui nous représente socialement. Cela veut dire que dès le moment où nous naissons, quelqu’un nous dit comment nous devons être. Ce que nous devons faire ou non. De quelle façon nous devons nous comporter. Parfois, voire même souvent, cela ne coïncide pas exactement avec ce que nous voudrions être ou faire.

Pour entrer dans la société et dans la culture, nous devons un peu nous « falsifier ». Nous devons faire la queue et la respecter, même si nous n’en avons pas envie. Ou apprendre à manger avec des couverts, même si cela nous paraît inutile ou compliqué. C’est le prix que nous devons payer pour être accepté-e-s dans un groupe humain. Voici la raison pour laquelle, quand nous sommes en société, nous représentons un ou plusieurs personnages.

Pourquoi finissons-nous par accepter ces règles du jeu ? Tout simplement parce que si nous ne le faisons pas, nous serons rejeté-e-s ou recevrons une sanction. Les autres ne sont pas disposé-e-s à accepter que nous fassions ce que nous voulions et ont l’habitude d’opposer une résistance à la fois subtile et puissante face à tout point de vue ne respectant pas celui du groupe.

On nous fixe des limites qui ne sont pas toujours expliquées et que nous ne comprenons pas toujours. En principe, nous apprenons à nous comporter en accord avec ce que dictent les normes des autres parce que nous avons peur de la souffrance causée par les conséquences qui en découleraient.

Grandir, c’est développer son autonomie

Certaines personnes n’ont jamais l’opportunité de surmonter cette phase infantile. Quand nous sommes enfants, les adultes dirigent. Nous nous habituons à obéir et le faisons généralement sans trop savoir pourquoi. On nous fixe les limites du bien et du mal, et notre opinion ou nos désirs ne comptent que très peu face à cela.

Grandir signifie comprendre les raisons de ces normes, de ces limites et de ces restrictions. Cela veut dire que nous devons décider jusqu’à quel point ces normes s’ajustent à nos désirs ou non. Pour pouvoir agir en conséquence. Pour y parvenir, il est nécessaire de se débarrasser de cette peur qui nous empêche de penser par nous-mêmes. D’explorer notre être profond, indépendamment du personnage que nous avons appris à représenter.

Au moment où nous nous reconnaissons en tant qu’adulte, nous découvrons que nous avons des ressources pour nous opposer aux choses avec lesquelles nous ne sommes pas d’accord et pour nager à contre-courant. Bien sûr, nous devons d’abord connaître les points avec lesquels nous sommes d’accord. Cela formera nos convictions, et les convictions sont celles qui permettent d’avoir la force d’avancer à contre-courant, si cela est nécessaire.

Malheureusement, ce processus n’est pas toujours réalisé. Parfois, nous choisissons de ne pas grandir. Il s’agit d’un travail difficile qui demande des efforts et de la constance, en même temps qu’un grand courage. Tout le monde n’est pas disposé à emprunter ce sentier qui mène du personnage construit au « moi » réel. Tout le monde ne veut pas faire face à la peur qui empêche d’exister réellement. Ceux qui le font accèdent à la liberté. Et gagnent le droit de construire leur destinée.

Images de James Bullogh

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