D’où vient la force de volonté ?

· 14 février 2016

Même si « force de volonté » est une expression que nous utilisons tous, vous ne savez peut-être pas qu’il s’agit d’un concept autour duquel il existe d’importantes controverses.

D’un point de vue philosophique, la « force de volonté » trouve son origine dans la métaphysique, notamment chez Aristote.

Ce concept a été introduit par la suite dans les religions occidentales, devenant au fil des années une vertu de premier ordre.

“La force de volonté est comme l’esprit d’un aveugle, qui porte sur ses épaules un homme boiteux, mais qui peut voir. »
-Arthur Shopenhauer-

La force de volonté se définit comme la capacité à diriger et à contrôler nos propres actions.

Les métaphysiciens et les religieux nous signalent que cette force naît exclusivement du libre-arbitre de chacun.

Cependant, les psychanalystes ont porté un coup important au concept de « volonté », et d’autant plus à celui de « force de volonté », en découvrant les secrets de l’inconscient.

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Ce qui ressort du contrôle

Pour les psychanalystes, les processus conscients ne sont que la partie immergée de l’iceberg de l’activité mentale.

En réalité, nos pensées et nos actes seraient davantage déterminés par une force qui n’est pas celle de la volonté, mais plutôt celle de l’inconscient.

Cette découverte permet d’expliquer de nombreuses choses. L’exemple typique est celui des lapsus linguae, des courts laps de temps durant lesquels une personne souhaite dire quelque chose mais, « sans le vouloir », dit autre chose.

L’inconscient est également le responsable des actes manqués : une personne veut faire quelque chose de précis, mais finit par faire une action totalement différente.

Nous constatons ces phénomènes tous les jours, dans notre vie quotidienne. Certaines personnes veulent arriver en avance à leur rendez-vous mais, « sans le vouloir », arrivent en retard, ou n’arrivent jamais. D’autres veulent avancer dans leur travail, mais finissent par faire totalement autre chose.

Pour la psychanalyse, la volonté n’est pas une force, mais l’expression d’un désir inconscient. C’est seulement lorsqu’une personne est en accord avec son désir, que la volonté suit. Si ce n’est pas le cas, la volonté peut la trahir.

C’est pour cela que certains projets resteront à jamais à l’état de projets, des désirs de changement ne se réalisent jamais, ou des intentions ne se convertissent jamais en actes.

Les philosophies orientales, comme le Zen, n’abordent pas non plus la « force de volonté » dans leurs pratiques.

Elles soutiennent que ce concept relève davantage d’une « auto-agression », et qu’il doit être remplacé par la compréhension et l’amour, qui sont les deux seules forces capables de mener à bien une action correctement.

La volonté et la conscience

Ce qu’il y a de commun entre la psychanalyse et les philosophies orientales est l’idée que la volonté n’est pas un acte de force.

De plus, l’action ne peut être engendrée que par la compréhension et donc, uniquement par la conscience.

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Lorsque nous avons des objectifs conscients et bien définis, mais que nous ne les convertissons pas en actions, la solution n’est donc pas de nous forcer à agir dans ce sens.

Ces situations ne sont pas négatives, elles nous transmettent un message que nous devons écouter. Quelque chose bloque notre volonté d’agir dans un sens déterminé.

En réalité, ce qui nous manque n’est pas la force de volonté, mais le triomphe d’un désir dont nous n’avons pas conscience.

Si nous souhaitons maintenir un régime alimentaire strict, par exemple, mais que nous désirons également manger tout ce que nous voulons, quand nous le voulons, un conflit se créé.

Nous aurons beau commencer le régime, nous finirons par craquer pour un aliment gras et peu sain qui nous attire, et nous naviguerons alors dans un état qui se situe entre culpabilité et satisfaction.

Ce qu’il se passe ici c’est que nous avons rationalisé les avantages de manger sainement, mais nous n’avons pas bien compris notre désir de manger ce que nous désirons.

La nourriture devient alors bien plus qu’une saveur dans la bouche, ou une sensation dans l’estomac.

Cette pulsion que nous ressentons nous parle d’un désir plus profond, qui réduit notre « force de volonté » à zéro.

Et dans ce cas, notre volonté ne suit pas. Lorsque nous essayons de faire ce régime, notre désir s’oppose à notre volonté consciente.

Il est donc impossible de parler de manque de caractère dans cette situation, mais plutôt de symptôme de l’inconscient. Si ce symptôme est déchiffré et compris, il s’évanouira.

Nous avons peut-être besoin de moins nous forcer la main, et de plus nous comprendre, si nous souhaitons que nos intentions se convertissent en actes, et que ces actes soient cohérents avec ce que nous désirons réellement dans la vie.