Quand nous devenons subitement le « loup » dans le conte de quelqu’un

21 juillet 2017 dans Psychologie 225 Partagés

Parfois, presque sans nous en rendre compte, nous devenons les méchant-e-s des contes de fées, le « loup » du Petit Chaperon Rouge. Nous sommes soudain cette personne qui, pour avoir dit « non », pour avoir dit la vérité ou pour avoir agi en accord avec ses valeurs, devient le personnage malveillant de l’histoire, le responsable d’une perturbation dans le monde rose du conte ou celui qui fait le récit ne soit pas celui que quelqu’un a voulu dicter.

S’il y a bien quelque chose de dangereux et de très peu adéquat, c’est l’usage de cette dichotomie si radicale qui sépare les personnes en deux groupes : les bonnes et les mauvaises. Nous le faisons si souvent que nous ne nous en rendons même plus compte. Par exemple, si un enfant est obéissant, tranquille et silencieux, nous disons immédiatement que c’est un bon petit garçon ou une bonne petite fille. En revanche, celui qui a du caractère, qui répond, inquiète et fait souvent des caprices pousse à dire à voix haute que c’est un « mauvais garçon ».


« Un conte prend toujours les couleurs que veulent lui donner le narrateur, le récepteur et l’environnement dans lequel il est raconté. »

-Jostein Gaarder-


C’est comme si nous disposions d’un schéma de fer auto-construit sur ce que nous attendons des autres, sur ce que nous considérons comme adéquat et respectable, sur ce que nous comprenons comme étant noble et bon. Ainsi, quand quelque chose ne respecte pas cette idée, quand un seul élément de cette recette n’est pas exprimé ou n’apparaît pas, nous n’hésitons pas à qualifier cette personne d’irrespectueuse, de toxique ou même de « méchante ».

Être le loup dans le conte de quelqu’un est une chose assez banale. Cependant, dans beaucoup de ces cas, il est nécessaire d’analyser la personne qui habite sous le chaperon rouge.

Quand créer nos propres « contes » nous confère de la sécurité

Le Petit Chaperon Rouge est une petite fille obéissante. Sur son trajet au milieu des bois, elle sait qu’elle ne doit pas quitter le chemin, qu’elle doit suivre les normes et respecter l’ordre établi. Cependant, quand le loup apparaît, ses perspectives changent… Elle se laisse captiver par la beauté du bois, par le chant des oiseaux, la douceur des fleurs et le parfum de ce monde nouveau empli de sensations. Le loup, dans le conte, représente par conséquent l’intuition et ce côté plus sauvage de la nature humaine.

Cette métaphore nous sert sans doute à comprendre un peu plus ces dynamiques que nous rencontrons au quotidien. Il y a des personnes qui, comme le Petit Chaperon Rouge au début du conte, font preuve d’un comportement rigide. Elles suivent des normes qui leur indiquent comment doivent être leurs relations, comment doit agir le bon ami, comment doit être le bon collègue, le bon enfant ou le compagnon/la compagne parfait-e… Leur cerveau est programmé pour rechercher exclusivement ces dynamiques et cette uniformité, parce que c’est de cette façon qu’il obtient ce dont il a le plus besoin : de sécurité.

Cependant, quand une dissonance apparaît, quand quelqu’un réagit, agit ou répond d’une façon différente à ce qui était prévu, ces personnes se mettent à paniquer. Elles se sentent menacées et stressées. Une opinion contraire est perçue comme une attaque. Un plan opposé, un « non » inoffensif ou une décision inattendue sont vus comme une déception sans précédent et comme un affront immense.

Ainsi, presque sans le chercher, sans le prévoir et sans le vouloir, nous devenons le « loup » du conte, cette personne qui, pour avoir voulu suivre son intuition, a blessé l’être fragile qui habitait sous le chaperon rouge.

Par ailleurs, il y a une chose que nous ne pouvons pas non plus nier : très souvent, nous sommes nous-même ce Petit Chaperon Rouge qui fait l’erreur de créer son propre conte. Nous traçons et mettons en scène des plans en imaginant comment devrait être notre vie, comment devraient être cette famille idéale, ce-tte meilleur-e ami-e et cet amour parfait qui n’a aucune faille et qui s’emboîte parfaitement avec tous les morceaux de notre être. L’imaginer nous fait du bien, nous procure une sensation de sécurité. Lutter pour que notre vie suive ces plans nous définit ensuite en tant que personne.

Malgré tout, quand le conte cesse d’être un conte et devient un essai de la réalité, tout s’écroule et cette meute de loups apparaît subitement pour dévorer nos rêves presque impossibles.

Être le loup, une question de courage

Être le loup dans le conte de quelqu’un n’est pas une chose agréable. Le fait d’être devenu cet animal peut être dû à des raisons concrètes, mais pas toujours. Quoi qu’il en soit, ce sont de mauvaises expériences pour tout le monde. Cependant, il y a un aspect basique que nous ne pouvons pas laisser de côté. Parfois, être le/la « méchant-e » dans l’histoire de quelqu’un nous a permis d’être le/la « bon-ne » dans la nôtre. Nous avons pu être, par exemple, ce-tte héros/héroïne qui a été capable de sortir d’une relation usante et triste ou ce personnage qui a osé mettre fin à un récit qui n’était plus intéressant.


Le loup sera toujours méchant si nous n’écoutons que le Petit Chaperon Rouge…


Avant de nous transformer en loups apprivoisés qui vivent dans des fables impossibles, il convient de rassembler ses forces et son courage, d’écouter son instinct et d’agir avec intelligence, respect et astuce. Parce qu’agir en suivant ses propres principes, besoins et valeurs n’est pas une mauvaise chose. Il s’agit de vivre en accord avec son instinct, de savoir que, dans le bois de la vie, les bon-ne-s ne sont pas toujours bon-ne-s et les mauvais-es ne sont pas toujours mauvais-es. L’essentiel est de savoir cohabiter avec authenticité, sans chaperons ou seconde peau. 

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