La déconnexion intérieure, quand nous ne prenons pas soin de nos émotions

27 avril 2017 dans Psychologie 63 Partagés
La déconnexion intérieure est un mécanisme de défense que beaucoup de personnes utilisent. Cela signifie choisir de ne rien ressentir pour ne pas souffrir, c’est « refroidir » le cœur pour protéger l’âme de nouveaux échecs, de nouvelles déceptions et de blessures qui ne cicatrisent pas. Bien, mais en réalité, cette stratégie va uniquement nous faire nous éloigner d’une partie saine de la vie.
Analysons un instant la finalité de nos émotions. Chaque fois qu’elles s’activent dans notre cerveau, elles produisent une réaction dans tout notre être. La répugnance, par exemple, nous éloigne de quelque chose ou de quelqu’un. La tendresse, la joie, l’affection ou la passion nous connectent et nous injectent tout un torrent de dynamiques avec lesquelles nous pouvons être plus énergiques ou créatif-ve-s que jamais.

« Ne pas aimer par crainte de souffrir, c’est comme ne pas vivre par crainte de mourir.« 

-Ernesto Mallo-


Cependant, celui/celle qui pense que les émotions négatives n’ont aucune fin ou que leur seul but est de nous rendre malheureux-se se trompe. En réalité, ce sont elles qui ont permis à l’être humain de s’adapter, d’apprendre et d’avancer au fur et à mesure de son évolution et de son cycle vital. La peur ou l’angoisse sont des mécanismes de survie, des signaux d’alarmes que nous devons savoir interpréter pour pouvoir les traduire sous forme de réponses adaptatives qui garantissent notre intégrité.
A partir de la neuroscience et à travers des livres aussi intéressants que A new view of pain as a homeostatic emotion (Une nouvelle vision de la douleur comme une émotion homéostatique, en français), une chose très importante nous est révélée : l’Homme moderne ressent beaucoup de peur. Même s’il n’est pas entouré de prédateur-trice-s externes ou de dangers physiques concrets, la peur de ce monde avancé est beaucoup plus profonde et labyrinthique.
Nous parlons ici des peurs internes, de ces démons personnels qui nous paralysent, qui nous privent d’air et qui ont, sans aucun doute, de multiples origines. Face à notre incapacité à les gérer, nous optons souvent et simplement pour le syndrome de déconnexion émotionnelle.
Nous vous proposons de réfléchir à ce concept que vous connaissez peut-être très bien.

Le syndrome de déconnexion intérieure : un mécanisme de défense beaucoup trop commun

Imaginons un instant un personnage de fiction avec n’importe quel prénom :  David. Ce jeune compte déjà sur un passé affectif plein d’échecs. Son niveau de déception est si profond qu’il a commencé une nouvelle étape de sa vie où il a réduit son degré d’engagement émotionnel à sa plus simple expression. Il ne veut pas souffrir à nouveau ou refaire l’expérience d’autres désillusions et tromperies.
Ses mécanismes de défense pour atteindre cet objectif sont très développés : il a entamé une dissociation complète entre pensées et émotions, jusqu’au point de tout intellectualiser. De cette façon, il protège son isolement émotionnel à chaque instant, en raisonnant de la sorte : « Je suis très bien tout seul, je pense que l’amour est une perte de temps et freine complètement mon avenir professionnel ».
David a développé ce que l’on appelle un syndrome de déconnexion intérieure pour mettre de côté les désenchantements du passé, en essayant d’éviter qu’ils ne se répètent. Malgré tout, et voici la donnée la plus révélatrice : en plus de dresser des barrières à toute une partie saine de la vie, il ne fait que se plonger dans le même vide émotionnel dont il voulait se protéger.

Les effets de la déconnexion émotionnelle

Si pour David, aimer signifie souffrir, fermer les portes à l’amour sous-entend souvent déplacer cette même souffrance à tous les autres domaines de la vie. La déconnexion émotionnelle est un virus implacable qui avance lentement en conquérant de nombreux territoires. Car la personne qui en fait l’expérience cesse d’enregistrer mentalement la tendresse et l’affection comme étant des choses significatives.
Au bout d’un moment, plusieurs sentiments apparaîtront : la frustration sibylline, l’amertume acerbe, la mauvaise humeur implacable et ce mal-être émotionnel qui, tôt ou tard, se traduit par une douleur physique, des insomnies, diverses maladies et, pourquoi pas, l’ombre d’une dépression.

Vivre connecté-e à nos émotions : une bouée de sauvetage quotidienne

Nous parlions au tout début du poids des émotions négatives dans notre vie. Nous les définissions comme des mécanismes de survie ; cependant, comme nous avons pu le voir dans l’exemple précédent, nous sommes nombreux-ses, au lieu de faire attention à elles et de les comprendre, à les placer dans l’ancre de nos bateaux mentaux pour les plonger dans le vide de l’indifférence. De l’oubli.

« Si vous n’aviez pas souffert comme vous l’avez fait, vous n’auriez pas de profondeur en tant qu’être humain, ni d’humilité ou de compassion. »

-Eckhart Tolle-


Choisir de ne rien ressentir pour ne pas souffrir n’a aucun sens. L’être humain, même si c’est ce qu’on nous dit, n’est pas une entité rationnelle ou un ordinateur. Nous sommes un ensemble de fabuleuses émotions qui nous guident et que nous a offert la vie pour nous connecter les uns aux autres, pour apprendre à se relever après les chutes, pour pleurer les peines, rire des joies et avancer le visage haut après avoir surmonté des dangers qui nous ont donné une leçon.
A travers la neuroscience, on nous rappelle que la déconnexion intérieure qui naît d’un ensemble d’émotions négatives n’est ni utile, ni saine. Les émotions négatives comme la peur ou le dégoût ont un but et donnent vie à ce que les scientifiques définissent comme « élan homéostatique ». L’être humain est fait pour agir, pas pour resté isolé sur ses îles d’insatisfaction.
Quand notre équilibre intérieur est perturbé, une bonne idée est de recharger ses batteries, d’être créatif-ve-s et courageux-ses pour récupérer cette homéostasie interne ; nous atteindrons ainsi cette plénitude émotionnelle ou ce point parfait où rien ne blesse et où l’on ne se sent pas coupables. Autorisons-nous à « ressentir » de nouveau pour d’abord nous reconnecter à nous-mêmes et ensuite oser établir des liens avec celleux qui nous entourent.
Au final, notre cerveau est une merveilleuse entité sociale et émotionnelle qui a besoin des autres pour être bien, pour être en paix et en équilibre. C’est pour cela que nous devons prendre soin de nos émotions.
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