Les confidences ne s’offrent pas aux trafiquant-e-s de ragots

19, mai 2017 dans Psychologie 194 Partagés

La trafiquant-e-s de ragots se trouvent partout. Iels s’alimentent des rumeurs avec leur langue pendue, comme s’il en allait de leur vie. Ils ont aussi cette mentalité de troupeau, capable de trouver du plaisir en se délectant des maux d’autrui, abîmant des confiances et tissant des conspirations derrière notre dos.

Aussi pitoyables que nous paraissent ces attitudes, il faut savoir qu’il s’agit d’un type de comportement psychologique qui existent depuis la nuit des temps. Les rumeurs font partie de notre essence biologique en tant qu’être sociaux que nous sommes. C’est ce que nous explique, par exemple, une étude publiée en 2008 dans la revue « Scientific American »

« Ce que tes yeux n’ont pas vu ne doit pas être inventé par ta bouche. »

De son côté, Robin Dunbar, célèbre anthropologue, psychologue et biologiste britannique, a développé une théorie dans laquelle il parle des ragots comme du bouillon de culture sur lequel on a commencé à développer notre langage. Selon lui, alors que nos ancêtres se nettoyaient les une-s les autres dans leurs petits groupes sociaux, iels ont commencé à échanger des informations de type confidentiel dans le but de tisser des liens.

Il existe de nombreux types de ragots, et une bonne partie d’entre eux ne sont pas malveillants. Souvent, avec ces échanges, nous ne cherchons qu’à récolter des informations pour éliminer l’incertitude de nos environnements les plus proches. Notre cerveau est conçu pour récolter des données dans le but de rétablir notre équilibre cognitif, d’où le fait que nous ayons besoin que les autres nous les expliquent pour vaincre ces dissonances et ces vides d’informations.

Un sujet très intéressant que nous allons approfondir dans cet article.

Caractéristiques des trafiquants de ragots

Épicure a défini le ragot comme un plaisir naturel, mais pas nécessaire. Nous pourrions vivre toute notre vie sans propager ni une seule rumeur ou sans nous y intéresser et ce ne serait pas grave. Nous n’en mourions pas.

Mais les authentiques trafiquant-e-s de ragots en ont besoin d’une manière ou d’une autre, car les commérages ont un effet compensatoire face aux déceptions, aux vides émotionnels et aux mal êtres personnels. Nous pourrions dire que ce sont des « épices » dans leur vie. Sans eux, iels ont l’impression qu’elle n’a pas de goût, qu’elle est ennuyeuse.

Le mécanisme biologique que déclenche l’acte de se serrer les un-e-s contre les autres pour partager des informations privilégiées avec d’une personne absente donne lieu à une réaction chimique très intense : cela libère de la sérotonine, l’hormone du bonheur. C’est ce qui explique pourquoi certaines personnes sont dépendantes à la diffusion de rumeurs.

Voyons quelques caractéristiques supplémentaires.

Cela renforce le sentiment d’appartenance à un groupe

Pour les trafiquant-e-s de ragots, partager une rumeur suppose de consolider un « nous » pour exclure un « elleux ». Ainsi, on construit le sentiment d’appartenance à un groupe déterminé, un comportement commun dans de nombreux contextes professionnels, scolaires ou même familiaux.

Cela apporte la sensation d’avoir un statut

Quiconque obtient une confidence obtient immédiatement une arme de pouvoir contre quelqu’un, et un instrument qui bien dirigé à un moment déterminé peut être un gros avantage. Comme le dirait Nietzsche, il y a des personnes qui ont besoin d’avoir une situation, un statut, et qui n’hésitent pas l’obtenir via des mécanismes à la réputation morale douteuse.

« On a besoin de deux ans pour apprendre à parler, et de 70 pour apprendre à se taire. »

-Ernest Hemingway-

Le ragot crée une « mentalité de troupeau »

Nous en parlions au début de cet article. Le fait de participer à un commérage pour ensuite le propager aux quatre vents sans savoir si c’est vrai, sans appliquer aucun filtre d’analyse ou sans évaluer l’acte, configure cet esprit unitaire et rigide qui en dit peu sur notre propre évolution humaine.

D’une certaine manière, cela confirme que tout près de nous, il y a un-e envieux-se qui invente une rumeur, une commère qui la diffuse et un-e ingénieux-se qui l’accepte sans opposer de résistance.

Il est nécessaire de freiner ce type de comportements. Les trafiquant-e-s de ragots, il faut les arrêter tout simplement, en freinant la propagation des rumeurs. La question est : comment y parvenir ? Eh bien, en appliquant les filtres de protection dont nous allons vous parler à présent.

La psychologie du ragot et comment le gérer

Le ragot est juteux et coloré mais il a rarement une visée constructive. À tel point que selon un travail du London Business School, les ragots occupent 70% des conversations dans une entreprise, et on utilise cette variable pour mesurer la productivité d’une société.

« Tout le monde ne répète pas les ragots qu’il entend, certains les améliorent. »

Les fournisseur-se-s de ragots erronés et les trafiquant-e-s de rumeurs nocives affectent les dynamiques de n’importe quel environnement. Ce sont les germes du harcèlement au travail et ils créent des distances insurmontables dans l’organisation d’un environnement professionnel, où les employé-e-s se méfient de la direction et la direction de son propre capital humain.

Voyons à présent quelles sont les réponses à mettre en place pour éviter ces dynamiques.

Comment freiner un ragot nocif ?

Sachez, tout d’abord que tout commérage est susceptible d’entraîner avec lui des informations erronées ou un dommage moral envers une autre personne ou un groupe de personnes qui se retrouvent concernées par ce ragot. Choisir d’y participer est une décision qui peut nous transformer en trafiquant-e de ragots ou en bouclier sage qui considère qu’iel se doit de freiner cette dynamique.

  • Les commérages peuvent être une manière de se socialiser, mais nous devons être capables de faire la différence entre le ragot qui cherche à nous apporter des informations nouvelles, honnêtes, utiles et significatives et celui qui a des propos nuisibles.
  • Apprenez à distinguer aussi les informations fiables des simples suppositions.
  • Montrez que vous ne voulez pas participer aux groupes où l’on diffuse des ragots mal intentionné-e-s.
  • Soyez prudent-e, intuitif-ve et faites attention lorsque vous voulez confier quelque chose et que vous faites confiance à quelqu’un de votre entourage. Il est toujours préférable de pratiquer la prudence sage et le silence discret, au lieu de tomber dans les filets des trafiquants de ragots.

Pour conclure, il est clair que ces ragots sont plutôt des discussions d’école maternelle plutôt que de travail, de voisins ou d’amitié. Pourtant, il faut nous faire à l’idée que ces conversations seront toujours autour de nous. Pensez que le simple fait de faire la sourde oreille aux langues pendues vous évitera de nombreux problèmes.

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