Le harcèlement au travail : une réalité silencieuse

6 mai 2017 dans Psychologie 0 Partagés

Un jour au travail, un-e collègue ou votre chef-fe se moquent de vous en public. Ou vous demande des choses qui ne vous incombent pas selon votre contrat. De plus, si vous ne les effectuez pas, iel vous dispute et vous ridiculise devant vos collègues. Sans vous en rendre compte, vous cédez face à la pression et vous faites les choses qu’iel vous demande afin qu’iel vous laisse en paix.

Et cela semble fonctionner. Pendant un temps. Car il arrive un beau jour où, même si vous faites tout ce qu’iel vous demande, iel franchit une nouvelle étape et vous ordonne de faire quelque chose d’encore plus dénigrant. Ou fait une blague encore plus humiliante. Ou arrive à un point où iel vous crie dessus. Et vous n’en pouvez plus. Vous allez chez son/sa supérieur-e et celui/celle-ci ne vous propose rien d’autre que de supporter la situation. Mais, pourquoi supporter cela ? Pourquoi celui/celle qui pourrait résoudre votre problème ne fait rien pour cela ? Ça suffit !

« S’il n’y a pas de héros qui vous sauvent, vous devenez devenir un héros vous-même. »

-Denpa Kyoshi-

Causes du harcèlement au travail

Le harcèlement au travail a lieu dans une relation entre le/la harceleur-se et le/la harcelé-e, dans un environnement professionnel et organisationnel qui peut rendre la situation meilleure ou pire. Il s’agit d’un fait inquiétant, et il y a de plus en plus de cas. Même s’il en existe de nombreux facteurs, nous allons faire une liste des plus fréquents, que nous allons vous exposer dans cet article.

Ainsi, la personne qui perpétue le harcèlement a souvent une personnalité assez caractéristique. En général, ce sont des personnes narcissiques, irascibles et au caractère rancunier. De plus, ce sont des personnes qui ont une faible estime d’elles-mêmes et une forte anxiété. On peut ajouter à cela le fait que si elles occupent un poste hiérarchiquement élevé, la situation va probablement s’aggraver davantage.

« Les gens qui s’aiment eux-mêmes ne font pas de mal autres autres. Plus on se déteste soi-même, plus on aime que les autres souffrent. »

-Dan Pearce-

Si telle est la situation, le/la harceleur-se peut exercer sur la personne une supervision abusive, ne lui faisant pas confiance et empirant son rendement professionnel. Mais pas seulement : iel a tendance à lui enlever des responsabilités ou à échanger ses fonctions par d’autres plus désagréables. Ainsi, le conflit s’empire toujours plus.

Le/la harceleur-se subit aussi, dans son entourage professionnel, une série de conditions qui font que cette situation se maintient. Si dans le travail, il y a de fortes demandes mais de faibles ressources, le harcèlement a beaucoup plus de risques de survenir. De plus, les caractéristiques des supérieur-e-s qui donnent des ordres jouent aussi un rôle important.

Si les supérieur-e-s sont inefficaces, cela influe également. La manière de diriger aussi. Si elle est passive et despotique, si on prend des décisions arbitraires, le harcèlement est bien plus probable. Pourquoi ? Car ce sont des superviseur-e-s qui ont tendance à adopter une position permissive en lien avec l’agression et le harcèlement dans l’environnement professionnel.

Conséquences du harcèlement au travail

Le fait que l’on permette le harcèlement au travail dans l’organisation est fortement inquiétant. Ce manque de respect nuit non seulement au/à la travailleur-se qui en souffre, mais implique aussi des coûts pour l’entreprise et pour la société en général. Pour toutes ces raisons, il est paradoxal que les superviseur-e-s qui peuvent mettre fin à cette situation ne le fassent pas, par « je-m’en-foutisme », car les situations finissent souvent par dégénérer.

Le harcèlement au travail va avoir une série de répercussions pour la victime. Tout d’abord, il va affecter sa santé psychologique. Des symptômes d’anxiété et de dépression peuvent apparaître, ainsi que les sentiments de colère et d’épuisement émotionnel. Mais cela produit également de la fatigue et des gênes physiques, en plus des altérations du sommeil.

Outre les préjudices pour le/la travailleur-se, le harcèlement a aussi des conséquences négatives pour l’organisation. Vu la souffrance dont souffre la victime, elle se retrouve souvent en arrêt maladie. Les travailleur-se-s qui sont dans cette situation et ne s’arrêtent pas ont un rendement professionnel moindre, car leur satisfaction et leur engagement dans l’entreprise diminuent forcément, augmentant leur envie de démissionner.

D’autre part, cela peut affecter d’autres travailleur-se-s qui ressentent la situation. Les témoins du harcèlement au travail peuvent aussi développer une forme de stress, d’usure émotionnelle et une attitude négative vis à vis de leur environnement professionnel. Ces expériences conflictuelles dans le travail peuvent se répercuter dans d’autres domaines de notre vie, comme la famille.

Comment prévenir le harcèlement au travail ?

Étant donné les forts coûts qu’a le harcèlement au travail, aussi bien dans l’environnement sanitaire que dans l’économique, il est nécessaire de s’y confronter et d’y mettre un frein. De manière plus concrète, les entreprises doivent mettre de côté les attitudes passives et permissives face à ces situations. Comment ? En adoptant une attitude positive et en éliminant les facteurs situationnels qui influent dessus, comme la surcharge de travail, l’absence d’un leadership adapté ou l’injustice perçue.

Ainsi, il est important de former les chef-fe-s d’équipe pour qu’iels soient justes et solidaires, en les motivant à utiliser leur intelligence émotionnelle, de manière à ce qu’iels sachent comment réagir si quelqu’un dénonce un harcèlement. Il est important qu’iels connaissent et sachent gérer facilement un protocole d’action, qui tue le problème dans l’œuf. Malheureusement, beaucoup d’entreprises ne forment pas à ce protocole et beaucoup de managers prennent des décisions bancales et peu réfléchies quand iels détectent ce type de situations.

« Ne sois jamais maltraité dans le silence. Ne te permets jamais d’être une victime. N’accepte pas que qui que ce soit définisse ta vie, définis-toi toi-même. »

-Tim Fields-

Dans l’entreprise, il faut établir des politiques claires sur le harcèlement, pour bannir l’ambiguïté et construire des protocoles précis pour rapporter et aborder les situations de harcèlement au travail. Il est important que des spécialistes de la médiation viennent régulièrement sur le lieu de travail. De plus, il est positif que les travailleur-se-s reçoivent des cours sur la régulation émotionnelle et la gestion du stress, afin qu’iels aient les outils pour gérer les situations conflictuelles qui pourraient apparaître.

Le harcèlement au travail est un véritable problème et plus fréquent que ce que les statistiques en disent. Il est d’ailleurs caractérisé par le fait d’être souvent passé sous silence. Aucune entreprise n’aime se retrouver prisonnière d’un scandale de ce type et beaucoup de gens considèrent, même s’ils ne le disent pas de manière explicite, qu’il s’agit de « torchons sales » qu’il faut laver en interne. Nous parlons donc d’un problème que l’on cache souvent pour ne pas qu’il explose au grand jour.

Étant donné les forts coûts psychologiques, physiques et économiques pour la victime, mais aussi pour l’entreprise et la société en général, il est nécessaire de développer des politiques pour y faire face, surtout à l’intérieur même de l’entreprise.

On ne peut pas adopter une attitude permissive vis à vis du harcèlement au travail. Il est extrêmement important que la victime sache qu’elle peut faire quelque chose à ce sujet et que son entreprise l’aide à le faire, pour lui éviter des situations de vulnérabilité et de problèmes bien plus graves.

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Images de Breather, Seb y Alejandro Álvarez

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