Les blessures émotionnelles stimulent la créativité

· 6 mars 2017

Comprendre la complexité de la vie peut être un chemin particulièrement fructueux pour le bien-être psychologique. Embrasser la douleur et en général les émotions considérées comme négatives, en les voyant comme une partie fondamentale de notre existence, est une caractéristique inhérente à la créativité.

Au cours des dernières décennies, la société occidentale a eu comme leitmotiv une aversion de la douleur dans presque toutes ses manifestations. Dans une culture qui nous a habitué-e-s à la consommation immédiate et à la satisfaction instantanée, des émotions comme la tristesse, la colère, le découragement ou la frustration n’ont pas leur place.

Ces émotions sont perçues comme des altérations dysfonctionnelles, qui nous sortent des circuits de la production et de la consommation. Quand nous ne renonçons pas à la douleur mais l’incluons comme un élément qui nous constitue et nous forme, la création débute et s’exprime.


« La créativité signifie s’autoriser à commettre des erreurs. »

-Scott Adams-


Quelles émotions nous rendent plus créatif-ve-s ?

Tout au long de l’histoire, de nombreux-ses artistes et scientifiques ont montré que, dans les moments moins heureux de leur existence, iels ont connu de plus grands niveaux de créativité.

La neuroscience a mis en lumière les connexions qui ouvrent les portes de la créativité. Une étude menée par le docteur Roger Beaty a mis en évidence que les personnes avec de plus grands niveaux de créativité présentent une plus grande connexion entre deux aires du cerveau qui ne s’entendent normalement pas très bien.

À partir de cette recherche, on découvre également que les personnes qui font preuve d’un plus grand engagement affectif, c’est-à-dire les gens ouverts à l’approfondissement de leurs émotions, sont plus ouvertes à l’inspirationceci étant une marque plus fiable de créativité que de niveau intellectuel.

D’autres études ont révélé que quand les individus se retrouvent dans des environnements inhabituels, où les émotions s’opposent, la créativité augmente. Cela se produit car le cerveau se voit obligé de réaliser des associations qu’il ne réaliserait pas dans des situations normales.

En ce qui concerne les émotions, il a aussi été démontré que les états émotionnels positifs peuvent stimuler la créativité, permettant ainsi de produire plus d’idées, même si elles ne sont pas nécessairement plus originales. Dans le cas des émotions négatives comme la tristesse, la rage, la mélancolie et la désillusion, celles-ci aident les personne à produire plus d’idées quand la tâche créative est considérée comme étant intéressante. De cette façon, l’individu qui a un état d’esprit négatif trouve dans le processus créatif un remède pour retourner à un état émotionnel neutre ou positif.


Pour vivre une vie créative, nous devons abandonner la peur que nous avons de nous tromper.

-Joseph Chilton Pierce-


Education émotionnelle et créativité

Sir Ken Robinson est un éducateur, écrivain et expert dans des thèmes liés à la créativité. Il a reçu le titre de sir par la reine d’Angleterre pour avoir introduit des cours d’art dans le parcours scolaire. Il a dénoncé dans le débat de TED le plus visionné de l’histoire le fait que l’école, avec une vision éducative traditionnelle, tue les émotions et la créativité.

Dans ses recherches, il a montré comment 90% des élèves de maternelle présentent des niveaux élevés de pensée créatrice. Au fur et à mesure de leur parcours scolaire, chez ces mêmes enfants qui ont désormais 12 ans, seuls 20% d’entre elleux réussissent à maintenir ces niveaux élevés de pensée divergente.

Cependant, la créativité est de plus en plus une qualité requise dans la société du XXIème siècle. De nombreuses études ont démontré que les caractéristiques émotionnelles de l’individu ont un impact spécifique sur sa capacité créatrice et artistique.

Nombreux sont les processus psychologiques qui influent sur la manifestation de cette capacité et, parmi eux, la tendance à maintenir des états d’esprit positifs. Ceux-ci sont liés à la libération de dopamine, ce qui facilite le développement flexible de l’attention et la capacité à développer un plus grand nombre de perspectives cognitives.

Les états émotionnels négatifs influent sur la créativité, mais dans un autre sens. Au cours de la phase de douleur et de tristesse, l’impulsion créatrice est normalement liée à un type de tâche plus spécifique et de production créative, comme la musique et l’écriture.

Malgré le fait que les émotions sont liées à la créativité, elles le sont d’une façon qui dépend beaucoup du type de tâche effectuée. Certain-e-s chercheur-se-s comprennent que les états d’âme positifs affectent les phases de perception et la phase finale du processus de création artistique, tandis que les négatifs affecteraient les premières phases de préparation, d’incubation et d’idéation.


« Dans chaque enfant il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant. »

-Pablo Picasso-