Biographie de Viktor Frankl, le père de la logothérapie

· 31 juillet 2017

Beaucoup de personnes ignorent si elles doivent cataloguer Viktor Frankl comme héros, martyr ou penseur. En vérité, il est les trois à la fois. Un héros parce qu’il a affronté avec courage les pires adversités qu’un être humain puisse connaître. Un martyr également car même s’il a pu échapper à l’horreur, il a décidé de rester pour subir, avec les siens, les coups d’une guerre atroce. Et, enfin, un grand penseur qui a légué à l’humanité tout un pan de la psychologie : la logothérapie.

Viktor Frankl est l’un de ces êtres humains qui a réussi à se glisser au milieu de l’une des plus grandes misères humaines et qui en est ressorti intact. Ce médecin et psychiatre autrichien est né dans une famille de classe moyenne en 1905. Il a eu un grand frère et une petite sœur.


« Quand nous nous retrouvons dans la problématique de ne pas pouvoir changer une situation, nous faisons face à l’énorme défi qui consiste à nous changer nous-mêmes. »

 -Viktor Frankl-


Le plus important est le fait qu’il ait grandi dans une maison tranquille et ait vécu une enfance paisible. Il raconte qu’à 5 ans, il s’est réveillé dans son lit, sans ouvrir les yeux, et a ressenti un profond sentiment de bonheur et de paix. Quand il a ouvert les yeux, son père se trouvait à ses côtés et lui souriait.

Pendant son adolescence, sa famille dut subir la dureté de la Première Guerre Mondiale. Les biens se faisaient rares et ils surent donc ce qu’était la pénurie et la faim. Déjà à cette époque, Viktor Frankl passait son temps à dévorer des livres. Les énigmes de l’esprit humain le passionnaient.

Viktor Frankl et le sens de la vie

Alors qu’il n’était qu’un élève qui étudiait pour le baccalauréat, il participa à sa première conférence. Elle s’intitulait « Le sens de la vie » et eut lieu à l’Université Populaire de Vienne. Dès son plus jeune âge, il fut captivé par des questions auxquelles il essayera de donner des réponses tout au long de sa vie : pourquoi vivons-nous ? Dans quel but ?

Même s’il s’intéressait beaucoup à la psychanalyse, il s’éloigna de Freud en 1925. Il pensait que ses théories étaient trop déterministes. Il commença donc à suivre de près la « psychologie individuelle » d’Alfred Adler puis s’intéressa aux thèses de Rudolf Allers et d’Oswald Schwarz, le fondateur de la médecine psychosomatique.

Très jeune, il fut passionné par la philosophie, surtout par le courant existentialiste. Cependant, il décida d’étudier la médecine et se spécialisa en neurologie et en psychiatrie. De 1933 à 1937, il exerça en tant que psychothérapeute à la Clinique Psychiatrique de l’Université de Vienne. En 1939, il fut nommé chef du Département de Neurologie de l’Hôpital Rothschild de Vienne. Il pratiqua sa profession avec succès jusqu’à ce que son destin et celui des autres changent radicalement.

Le nazisme et la Seconde Guerre Mondiale

Viktor Frankl était juif et vivait en Autriche. Il connut donc très tôt la dureté qui émanait d’un nazisme en pleine expansion. Tout le monde savait que la situation devenait de plus en plus dure. Au début de la Seconde Guerre Mondiale, son grand frère Walter fut arrêté par les nazis et envoyé dans un camp de concentration.

Sa sœur Stella s’enfuit au Mexique. Viktor fit une demande de visa pour rejoindre les Etats-Unis d’Amérique et il l’obtint. Cependant, il se préoccupait pour ses parents, déjà âgés, et pour tou-te-s ses patient-e-s.

Ce fut à ce moment qu’il prit une décision surprenante, qu’il décrivit de la sorte : « sur la radio se trouvait un morceau de marbre. J’ai demandé à mon père ce que c’était. […] Des mots hébreux y étaient gravés en lettres dorées. Mon père me dit que ces mots n’apparaissaient que dans l’un des Commandements, le quatrième, qui dit : « Honore ton père et ta mère et tu rejoindras la terre promise ». Après avoir lu ces quelques mots, j’ai décidé de rester en Autriche et d’abandonner mon Visa américain ».

En 1941, Viktor Frankl se maria avec Tilly Grosser. Quelques mois plus tard, les nazis forcèrent sa femme à avorter. En 1942, Viktor, son épouse et ses parents furent déportés dans le camp de concentration de Theresienstadt. Son père mourut de faim l’année suivante, très affaibli par de graves problèmes respiratoires. En 1944, Viktor fut déplacé au camp d’Auschwitz avec sa femme, puis ils furent séparés et il n’eut plus de nouvelles.

Toute cette période de confinement et de travaux forcés poussèrent Viktor Frankl à réfléchir longuement. Il fut finalement libéré par les Américains en 1945. Sa femme, qui avait été déportée au camp de Bergen-Belsen, fut également libérée. Cependant, il semblerait qu’elle soit morte piétinée par la foule quand vint le moment de la libération et que tout le monde sortit en se bousculant. La mère de Viktor était décédée dans une chambre à gaz l’année d’avant.

Viktor Frankl en quête de sens

Quand il put enfin sortir du camp de concentration, Frankl partit à la recherche de sa famille et dut accepter la dure vérité : il était seul. Il ne reverrait plus jamais toutes les personnes qu’il avait aimées. Il n’avait plus personne. La première chose qu’il tenta de reconstruire fut un de ses livres qui était encore à l’état de manuscrit et qui lui avait été confisqué quand il était entré dans les camps de travaux forcés. Il y parvint et c’est ainsi que son premier livre, intitulé Psychanalyse et Existentialisme, vit le jour.

Très rapidement, avant Noël 1945, Frankl sentit une pulsion irréfrénable. Il avait besoin de parler de ce qu’il avait vécu et de ce qu’il avait appris dans les camps de concentration. Il engagea donc trois secrétaires et commença à dire à voix haute tout ce qui lui venait à l’esprit pendant qu’elles prenaient des notes. Ces neuf jours furent remplis de mots et de larmes qu’il ne pouvait contenir.

C’est ainsi qu’est née la plus grande oeuvre de Viktor Frankl : L’homme en quête de sens. Ce livre a été traduit dans presque toutes les langues et est considéré comme un chef-d’oeuvre aussi bien au niveau du témoignage que de la psychologie. Le plus touchant est que Frankl ne voulait pas que ce soit un recueil d’atrocités : son objectif était de transmettre un message au monde. « Je voulais seulement transmettre au lecteur, à travers un exemple concret, que la vie a un potentiel significatif à travers toutes les conditions, même les plus misérables ».

La logothérapie, un héritage pour l’humanité

Viktor Frankl réussit à refaire sa vie. Il se maria de nouveau en 1947, eut une fille, deux petits-fils et une arrière petite-fille. Son mariage dura 50 années heureuses. Il reçut plus de 40 doctorats honoris causa, publia 30 autres livres et fut professeur dans les plus prestigieuses universités du monde, y compris celles d’Harvard, de Stanford et de Vienne. Il mourut en 1997, peu après avoir réalisé son premier vol en tant que pilote amateur.

L’école de Frankl porte le nom de « logothérapie » et, actuellement, un grand nombre de psychologues appliquent ses procédés. Ce mouvement postule que l’être humain a trois dimensions : somatique ou physique, mentale et spirituelle. Selon cette perspective, les problèmes psychologiques surgissent quand il n’y a pas assez de force dans la dimension spirituelle et/ou quand la vie n’a pas de sens défini. Pour les logothérapeutes, « la volonté de sens » est ce qui permet de donner un élan à la vie.

Comment parvient-on à trouver ce sens ? Selon Frankl, il y a trois chemins pour l’atteindre : la création, l’expérience affective transcendantale et l’attitude par rapport à la souffranceLe premier point correspond aux valeurs de création : elles ont un lien avec la capacité de faire de l’art, d’écrire, etc. Le second point s’inscrit dans le champ des valeurs de l’expérience, qui sont liées à l’interaction personnelle et au ressenti de ces sensations. Enfin, le troisième point fait référence aux valeurs de l’attitude et supposent une capacité à surmonter la souffrance.

Le message que Viktor Frankl voulut transmettre est que les troubles mentaux ne proviennent pas de la souffrance mais du sens que l’on donne à celle-ci. La chose la plus intéressante dans cette explication est qu’il ne s’agit pas d’une élaboration théorique : Frankl lui-même l’a appliquée sur lui et c’est de cette façon qu’il a réussi à survivre à l’Holocauste. Sa vie fut, sans aucun doute, une preuve que l’être humain est capable de s’élever au-dessus de n’importe quelle circonstance.