Anna Freud et son oeuvre après Sigmund Freud

· 9 juillet 2017

Anna Freud était une enfant non-désirée. Elle était la plus jeune de la famille, sixième de la fratrie et fut la seule à devenir une disciple dévote et dévouée à son père Sigmund Freud. Elle fut également comme un « cobaye » pour le psychanalyste. Une bonne partie de ce qu’Anna Freud apporta dans le domaine de la psychologie infantile fut réellement novateur et précieux.

Heureusement, le nom de cette femme très intéressante n’est pas tombé dans l’oubli. Il ne s’est pas perdu dans cet écho diffus où d’autres figures féminines sont restées bloquées à cause de la proximité de grands hommes qui partageaient leur lignée. C’est là, par exemple, que se trouve la figure d’Ada Lovelace, mathématicienne de renom et précurseur du langage de programmation ; une femme qui, pour beaucoup, ne fut autre que la remarquable fille de Lord Byron.


« J’ai toujours cherché la force et la confiance à l’extérieur mais j’ai fini par découvrir qu’elles se trouvaient à l’intérieur, là où elles ont toujours été. »

-Anna Freud-


Anna Freud a également été la fille la plus douée du père de la psychanalyse, une enfant qui était venue au monde alors qu’elle n’était pas désirée et qui a réussi à se faire une place parmi ses frères et ces membres de la famille qui idolâtraient aveuglément le médecin et neurologue autrichien. Anna était rebelle, agitée et cherchait par-dessus tout à gagner l’admiration de son père, un homme qui la traita toujours davantage comme une patiente que comme sa fille.

Ce fut au cours des années 1920 que sa vie commença à changer alors qu’elle était déjà membre de l’Association Psychanalytique de Vienne. Freud avait déjà appris qu’il souffrait d’un cancer du palais et Anna, bien décidée à ne pas abandonner son père, pensa qu’elle pouvait orienter sa carrière vers d’autres domaines en restant à ses côtés. Au lieu d’exercer en tant que psychanalyste, elle décida de s’occuper pédagogiquement de jeunes enfants tout en utilisant des lignes directrices psychanalytiques. 

Elle poursuivit en Angleterre, dans le contexte de la Seconde Guerre Mondiale, ce qu’elle avait entamé à Vienne en 1925. Une étape clé où sa véritable oeuvre prit forme : celle qui poursuivait, d’une certaine façon, celle de feu Sigmund Freud, mais en apportant de nouveaux éclairages.

Anna Freud et la psychologie du MOI

Anna Freud ne cessa d’être une femme pratique. Elle n’aimait pas beaucoup théoriser : c’est pour cela que ses livres étaient toujours pleins de cas pratiques intéressants qui servaient de base pour justifier et développer ses idées. Miss Freud voulait par-dessus tout que la psychanalyse ait une utilité thérapeutique dans la vie des personnes, particulièrement dans celle des enfants.

  • Tout au long de sa vie, elle se préoccupa plus de la dynamique mentale que de sa structure. Elle s’intéressait plus au MOI qu’au ÇA et à cette partie inconsciente de la vie psychique qui passionnait tant son père.
  • Anna Freud est particulièrement connue pour son livre Le Moi et les mécanismes de défense. Dans cette oeuvre, elle explique le fonctionnement de chacune de ces dynamiques, en consacrant une partie spéciale à l’usage des mécanismes de défense des enfants et des adolescent-e-s.
  • Elle creusa donc une idée très intéressante, celle selon laquelle la majorité des personnes appliquent différents mécanismes de défense et qu’il n’y a rien de pathologique à cela. L’approche d’Anna Freud ne se centrait pas autant sur les symptômes de possibles anomalies comme son père le fit. Elle cherchait à combiner son prisme théorique à une psychologie plus pratique qui serait utile à tou-te-s.

Parmi les multiples mécanismes de défense qu’énonça Anna Freud, ceux-ci sont sans aucun doute les plus connus :

  • Répression : répond au besoin de contenir les pensées et les émotions qui maintiennent l’anxiété.
  • Projectioncapacité et habitude de voir ses propres défauts chez une autre personne.
  • Déplacement : transfert de sentiments négatifs sur d’autres personnes.
  • Régression : retourner à un âge antérieur au niveau psychologique, avec les coutumes et les schémas propres à cet âge.

L’étape britannique et la psychologie infantile

En 1941, Anna Freud ouvrit une garderie et plusieurs foyers pour enfants dans la rue Wedderburn, une zone d’Hampsteaden à Londres. Elle avait lu María Montessori, était sensible aux enfants traumatisés par le passage de la guerre et décida par conséquent qu’il était temps d’avancer et d’aboutir à des résultats dans ce domaine qui l’intéressait tellement.

  • Elle basa le développement de ses théories sur l’approche de son père. Cependant, au moment de traiter les traumatismes, elle était bien décidée à laisser de côté le « ça et le surmoi » pour se concentrer sur le « MOI ».
  • Ainsi, quand Anna commençait ses sessions de psychothérapie, elle évitait par tous les moyens d’assumer cette figure « paternelle » si classique dans la psychanalyse. Elle savait qu’un enfant, pour pouvoir communiquer en se sentant à l’aise, avait besoin d’un environnement chaleureux, affectueux et détendu.
  • La fille de Freud fut la première à utiliser le jeu (ludothérapie) en tant que mécanisme pour pénétrer dans le monde émotionnel de l’enfant. Avec les jeux, elle changea également la façon de jouer son rôle en tant que thérapeute : au lieu de se présenter comme une figure d’autorité distante, sa prétention fut de traiter les enfants en étant proche d’eux et en utilisant leur langage.

Le divan fut donc mis de côté et de véritables salles de jeu furent créées : un contexte qui était beaucoup plus adapté à l’expression spontanée des plus petit-e-s.

L’importance des relations précoces

Anna Freud défendit tout au long de sa vie la nécessité de veiller et de faire attention aux relations précoces d’un enfant, en tant que mécanisme essentiel pour son développement. Ses travaux sur les enfants qui avaient été abandonnés ou qui avaient souffert de négligence extrême, par exemple, fixèrent les bases de multiples recherches postérieures.


« Ce que j’ai toujours voulu pour moi est beaucoup plus primitif. Ce n’est probablement que l’affection des personnes avec lesquelles je suis en contact et leur opinion positive à mon égard. »

-Anna Freud-


Une autre de ses initiatives novatrices fut de recommander que les enfants ne soient pas hospitalisés plus de temps qu’ils ne le devraient et qu’ils ne passent pas un temps excessif dans des orphelinats en cas d’abandon ou de mort de leurs parents. Les enfants ont besoin d’une proximité de la famille et d’une figure maternelle. Toute distance avec le cercle familial (figures de référence) engendre du stress, de la peur et a un impact sur l’esprit de l’enfant ainsi que sur son développement psychique.

Anna Freud essaya de faire en sorte que le fonctionnement de ses centres d’accueil se base sur les « unités de famille ».  De cette façon, tout enfant abandonné ou traumatisé par la guerre trouvait, dans ces institutions, d’autres compagnons (frères) et une mère de remplacement qui s’occupait des traumatismes et des cauchemars récurrents des petit-e-s.

Le « démon noir », comme l’appelait son père en raison de son caractère parfois très fort et excentrique, ne trahit pas l’héritage théorique de Sigmund Freud ; en fait, elle l’améliora. Grâce à elle, cet aspect abandonné et négligé par son progéniteur qui n’avait pas assez creusé dans l’éducation infantile put être approfondi.

La pratique thérapeutique d’Anna Freud se concentra exclusivement sur les enfantsElle dédia sa propre vie à la protection des enfants qui avaient besoin de soins basiques. Elle créa de multiples garderies résidentielles, une clinique et un centre de formation de psychothérapeutes en psychanalyse infantile.

Anna Freud mourut à l’âge de 82 ans, en pouvant être fière d’avoir accompli sa mission. Elle fut la mère de la psychanalyse et la personne qui veilla sur sa continuité.