Nous avons tous un refuge pour nous protéger de la tempête

13 mai 2017 dans Emotions 386 Partagés

Carlos Ruíz Zafón, dans son livre « Le labyrinthe des esprits » disait que « toute personne qui aspire à conserver un jugement sain a besoin d’un lieu dans le monde où il peut et désire se perdre« . De plus, il décrit ce refuge, ce dernier endroit de sécurité comme « une petite annexe de l’âme où, quand le monde sombre dans son absurde comédie, l’on peut toujours courir se cacher et en égarer la clé. »

Cette réflexion, en partie vraie et en partie fausse, nous donne une idée à laquelle nous pouvons penser. D’un côté, il semble que nous pouvons tous compter sur ce recoin de retraite et d’espace sûr dans lequel nous nous sentons en sécurité. Cela peut être un lieu physique, un lieu de notre esprit ou l’association des deux, dans lequel il y a des objets, mais aussi des souvenirs et des rêves.

C’est un lieu autour duquel nous sommes allé-e-s avec très peu de personnes et dans lequel personne n’est jamais entré. Dedans, nous gardons nos rêves que nous avons partagés avec très peu de gens, mais aussi ce que nous n’avons partagé avec personne. C’est la même chose qui arrive avec les rêves ou les sources de douleur.

Alicia Gris -l’énigmatique protagoniste du « Labyrinthe des esprits »- est une habitante presque éternelle de ce refuge mais c’est aussi une habitante qui ne connaît pas une grande partie de son contenu. Elle en sort très peu, et elle a donc des yeux trop fatigués pour distinguer la forme qu’a ce qui l’entoure, identifier ce qui le définit et ce qui s’y trouve. Ainsi, sous sa couche de sécurité, se cache le portrait d’un personnage peu sûr de lui, comme nombre des personnes en chair et en os.

Que gardons-nous dans notre refuge ?

Nous y gardons l’odeur des personnes qui nous ont aidé, avec un souvenir particulier pour celles qui le font tous les jours et pour celles qui l’ont fait sans autre but que de nous faire du bien. Nous y gardons aussi ces poignées auxquelles nous nous accrochons lors des pires moments et de petits trophées, fruits ce que nous vivons, comme nos meilleurs trophées. S’y trouvent également les personnes qui sont décédées, qui nous manquent et que nous ne pouvons plus toucher.

Ici, se trouvent aussi les rêves que nous avons laissés derrière nous lorsque nous avons grandi. Des rêves qui laissent leur marque, comme des preuves qu’à certains moments de notre vie, nous les avons eus en main, mais aussi comme des preuves que nous ne les avons pas suivis. Il s’y empile aussi des « fantasmes inavouables » et des « fantasmes avouables à demi-mot », qui correspondent souvent à une envie de tout laisser tomber et de tout recommencer pour vivre, vraiment.

-Ça va, Fermín ?
– Comme un taureau de combat.
-Eh bien, je crois que je ne vous avais jamais vu aussi triste.
-C’est qu’il doit encore régler sa vue.
Daniel n’insista pas.
-Que me dites-vous ? Nous allons de l’avant ? Que diriez-vous si je vous invite à quelques verres de mousseux à El Xampanyet ?
-Merci Daniel, mais aujourd’hui je vais dire non.
-Vous ne vous souvenez pas ? La vie nous attend !
Fermín sourit et pour la première fois, Daniel se rendit compte que son vieil ami n’avait plus un seul cheveu sur la tête qui ne fut pas gris.
-Cela est pour vous, Daniel, pour moi, seule la mémoire m’attend.

-Le labyrinthe des esprits, Carlos Ruíz Zafón-

Nous gardons aussi nos peurs, notre partie la plus fragile et vulnérable. Celles sur lesquelles nous avons mis des mots mais desquelles la crainte sort toujours, celles que nous ressentons seulement mais que nous n’osons pas déboucher car l’idée de découvrir ce qui se trouve dessous nous terrorise.

De plus, nous gardons des souvenirs de situations dans lesquelles nous avons offert la pire version de nous-même. Et également celles où nous nous sommes dépassé-e-s et, lorsque nous y pensons à nouveau, nous nous demandons comment nous avons fait pour être capable de faire tout cela en étant qu’un simple grain de sable dans l’univers.

Dans ce refuge, se mélangent le sentiment d’immensité qui occupe avec notre conscience une bonne partie de notre moi et le fait que nous sommes inimitables, mais aussi un sentiment de nanisme, car nous sommes face à l’immensité de l’univers et le fait que nous sommes totalement remplaçables.

Dans ce recoin, se trouve l’un de nos meilleurs paradoxes : celui d’être remplaçables ou prédictibles face au fait d’être inimitables.

C’est un refuge de passage, pas de séjour

Trop de temps dans ce refuge remplit nos yeux d’une mer de nostalgie peu navigable. Une partie de notre passé et de notre futur reviennent jusqu’à nous, et éliminent complètement le présent dans lequel se meuvent nos sens. Les personnes qui vivent longtemps dans cet endroit passent la journée en mode pilote automatique et donnent aux autres une impression d’absence et d’éloignement.

De fait, tout le positif qui se trouve dans les étagères ou empilé sur le sol, à côté de la cheminée, finit par répandre un arôme de tristesse. C’est alors que notre intérieur se délie complètement de l’image que nous renvoyons, car plus nous passons de temps dans cet endroit, plus il est compliqué que quelqu’un s’approche de nous. Les autres s’éloignent de plus en plus.

Alors, que faire pour que ce refuge ne nous inonde pas d’émotions négatives ?

  • Ne vous déconnectez pas de ce qui arrive dans votre entourage. Si vous le souhaitez, passez quelques jours sans lire les nouvelles ou regarder le journal télévisé, mais ne coupez pas tous les liens avec les personnes qui vous aiment.
  • Si vous ne vous sentez pas compris-es, cherchez à vous faire comprendre et ne vous éloignez pas. La distance ne fait qu’augmenter cette sensation d’incompréhension.
  • Ayez toujours de petits buts à court terme. Modulez-les en fonction de votre tolérance au stress, mais ayez au moins toujours un projet qui vous apporte de la satisfaction.
  • Soyez conscient-e de là où vous vous trouvez, non seulement physiquement mais aussi mentalement. Quand vous entrez dans ce refuge, notez le moment et ne vous laissez pas la possibilité d’y rester trop longtemps. Équilibrez le temps que vous passez seul-e et accompagné-e.

Comme nous l’avons vu, ce refuge peut nous sauver à de nombreuses occasions mais peut aussi se transformer en le pire piège dans lequel tomber. Notre conseil est de profiter au maximum lorsqu’on s’y trouve, mais de ne surtout pas réduire sa vie à cet endroit, entre quatre murs, qu’ils soient réels ou imaginaires.

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