Wetiko, le « virus » de l’égoïsme selon les Amérindiens

· 27 janvier 2018

Selon les Amérindiens, le Wetiko est un mauvais esprit qui envahit généralement l’esprit de l’être humain . Il s’agit du « virus » de l’égoïsme, un pathogène psychique qui force la personne à alimenter ses propres nécessités tel un être affamé qui n’est jamais satisfait. Cette présence nous conduit à une sorte d’involution où tôt ou tard l’humanité devient notre pire ennemi…

Cette curieuse et inquiétante vision est recueillie dans un livre dont la lecture est quasiment obligatoire. Ce fut Paul Lévy, un admirateur bien connu de l’héritage de Carl Jung et chroniqueur régulier dans The Guardian, qui a façonné une œuvre digne de réflexion intitulée Dispelling Wetiko (Dissipant le Wetiko). Selon lui, nous vivons une époque où une grande partie des phénomènes psychosociaux qui nous entourent montrent que le « virus » de l’égoïsme est plus présent que jamais.

« Le Wetiko est un mot utilisé par les Amérindiens pour désigner une personne diaboliquement maléfique qui ne se soucie pas du bien-être ou de l’intégrité de ses pairs. »
Toutefois, cet héritage que Lévy veut nous laisser à travers son livre est loin d’être un message négatif, un reproche ou un avertissement, bien au contraire. Tout virus cherche un hôte à envahir et duquel se nourrir ; cependant, chacun d’entre nous  peut mettre en place des barrières défensives adéquates et renforcer son « système immunitaire » psychologique pour que cela ne se produise pas.

Il s’agit d’une réflexion intéressante qui vaut la peine d’approfondir…

loup

Le Wetiko, l’égoïsme humain et le concept d’ombre de Carl Jung

L’historien Jack Forbes a expliqué dans son livre Columbus et autres cannibales que lorsque les communautés autochtones prirent contact avec tous les conquérants européens qui cherchaient à envahir leurs terres et leur monde, ils définirent ces  derniers comme des personnes infectées par le Wetiko. Ce fut la tribu des Algonquins au Canada qui utilisa cette désignation pour la première fois, bien que les Ojiwas, par exemple, utilisaient déjà le terme familier de  » Windigo ».

Quoi qu’il en soit, la vision qu’ils avaient de l’homme blanc ou « civilisé » était celle d’un être souffrant du « virus » de l’égoïsme, une entité maléfique qui les amenait à vouloir pour eux-mêmes la force vitale de la nature, ses ressources et le reste des êtres humains. Pour sa part, Paul Lévy explique dans son livre que cette idée est la même que celle utilisée par Carl Jung pour nous parler du concept d’ombre, cet archétype de l’inconscient que nous partageons tous.

Ainsi, des dimensions aussi communes que la jalousie, la cupidité, la soif de domination et l’égoïsme, sont en fait le produit de notre collectif inconscient, de nos ombres plus sombres et de ce « je » dissocié de la conscience qui se laisse emporter par les actes plus de ruines. Nous pourrions donc dire que cet esprit malin, déjà défini par les Indiens d’Amérique, était pour Jung une entité quelque peu différente, il s’agissait de quelque chose qui ne venait en aucun cas de l’extérieur pour nous posséder, mais qui se trouvait en nous.

En réalité, nous portons tous cette ombre en nous, mais nous sommes ceux qui décidons de lui donner plus ou moins de pouvoir…

silhouette contre une fenêtre

Comment vaincre le « virus » de l’égoïsme

Il est possible de surmonter et d’éliminer le « virus » de l’égoïsme dans nos vies. Une façon d’y parvenir est de nous familiariser avec ce que Carl Jung appelait « daemon », le démon de notre ombre. Ainsi, ce que nous devrions prendre en compte dès le début est que ce démon se nourri et agrandi à travers la cupidité, l’envie, le mépris ou le besoin de domination. Toutes ces dimensions ont eu des effets terribles tout au long de l’histoire.

La malveillance du Wetiko a gouverné de notre réalité pendant une longue période. Plus encore, elle progresse facilement aujourd’hui eu égard à un certain nombre de nos intrigues sociales les plus courantes. Nous lui donnons du pouvoir, nous lui obéissons et nous nous laissons mener. Par conséquent, comme Carl Jung nous l’expliquait en son temps dans des livres comme « La rencontre avec l’Ombre », notre responsabilité est d’en prendre conscience, de prendre conscience de toutes ces impulsions qui naviguent dans nos abîmes inconscients.

Dans le cas où nous nous laisserions tous emporter par ces impulsions, afin de posséder ce que l’autre a, en manipulant nos proches pour notre propre bénéfice ou en obtenant le maximum de bénéfices même au détriment des autres, nous tomberions dans une psychose collective où nous finirions tous par perdre. L’égoïsme n’est pas un mal moderne, il s’agit d’une vieille maladie que nous n’avons pas encore éradiquée. 

portrait

Paul Levy nous révèle d’une manière presque éclairante que pour travailler sur notre propre ombre et pouvoir ainsi dissiper ou dissuader le Wetiko, nous devons pratiquer l’auto-réflexion. En fin de compte, ce démon intérieur n’est rien de plus que l’ensemble de notre personnalité pas encore développé, pas travaillé et négligée.

Il s’agit d’une partie de nous-mêmes que nous cachons ; en la cachant, nous lui permettons de chercher sa propre nourriture, laquelle se nourrie de la cupidité, de l’envie ou du mépris pour combler ses videsSoyons donc capables de guérir le « virus » de l’égoïsme en travaillant nos conflits internes, en améliorant notre croissance personnelle et en faisant face à cette ombre qui nuit à la qualité de vie et au concept même de l’humanité.