La violence passive : blessures profondes qui semblent superficielles

· 29 août 2017

Parler de violence passive est toujours paradoxal. Le violent renvoie généralement à une position active. La passivité et la violence serait donc des concepts qui s’excluent mutuellement. Mais dans la vie quotidienne, nous avons des relations avec des personnes qui, sans lever la voix, ni prononcer des mots forts ou blessants, nous agressent. Il y a aussi des situations qui nous donnent la même impression.

Quiconque est victime de la violence passive ressent un mal être indéfinissable et une irritation sourde. Quiconque est victime a également tendance à se transformer en un agent du même mécanisme. Et cela n’arrive pas uniquement aux personnes, cela arrive aussi aux groupes.

« Il y a seulement deux forces dans le monde, l’épée et l’esprit. À long terme, l’épée sera toujours conquise par l’esprit. » 

-Napoléon Bonaparte-

La violence passive, ou l’ensemble d’attitudes passives agressives, peut se définir comme une force inconsciente. C’est le résultat de l’incapacité ou de l’impossibilité à résoudre un conflit avec autorité ou une situation adverse, ou une ou plusieurs de leurs manifestations. Il y a un sentiment d’impuissance ou de vulnérabilité qui se transforme en résignation. Mais cette résignation est pleine de colère et de frustration, qui finiront par se manifester indirectement.

Situations quotidiennes de violence passive

Les exemples les plus évidents de violence passive se trouvent chez les adolescent-e-s. Le père ou la mère leur demandent de ranger leur bazar, par exemple, iels répondent qu’iels s’en fichent et n’obéissent pas.

C’est également très fréquent chez les enfants. Ils font une petit crise, et si vous ne cédez pas à leur caprice, ils se lancent en arrière pour se faire du mal. Ou, dans d’autres cas, ils cassent la vaisselle la plus chère de la maison « sans le vouloir ».

Avec les adultes, il existe également des milliers d’exemples de violence passive. Quand on parle à quelqu’un et qu’il fait semblant de ne pas vous écouter. Ou quand on vous lance une critique mordante, déguisée en conseil ou en suggestion. Également, quand on vous met le couteau sous la gorge et que l’on vous oblige à faire un choix. Etc.

La violence passive et l’autorité

En général, la violence passive germe dans des situations qui impliquent des relations de pouvoir. C’est précisément ce pouvoir qui a tendance à empêcher ou à limiter l’expression des sentiments agressifs. C’est pour cela que surgit une résignation artificielle, qui se traduit ensuite en violence passive.

Les figures d’autorité sont une cible constante de violence passive également. Les parents en premier lieu, mais également les chef-fe-s, les maître-sse-s, les médecins etc. Parfois, iels s’emparent formellement d’une position de pouvoir, et les autres les perçoivent comme supérieur-e-s. Comme lorsque dans un couple, l’un-e des membres a plus de contrôle ou d’incidence que l’autre.

Ces figures de pouvoir donnent également lieu à différents épisodes de violence passive. Elles savent que quiconque est sous leur coupe n’a pas sa pleine liberté pour réagir face à leurs excès. C’est comme quand votre chef-fe vous demande de rester une heure de plus chaque jour, « pour le bien de tou-te-s ». Ou quand votre conjoint vous assure qu’iel doit vous aider car, seul-e, vous n’y arriverez pas.

La violence passive s’exerce en générant de la culpabilité, en dévalorisant, en humiliant ou en utilisant l’autre, même si c’est indirect. Parfois, il est très difficile de la détecter car elles est enveloppée par des phrases douces et de bonnes manières. Elle est quasiment toujours inconsciente.

L’effet de la violence passive sur les groupes humains

Beaucoup de comportements de violence passive sont transmis et alimentés dans la société. Comme quand vous allez dans la rue et qu’un-e mendiant-e fait l’aumône. Parfois, vous ne voulez pas ou vous ne pouvez pas lui apporter cette aide. Et l’indigent-e vous dit « Que Dieu vous bénisse ». Dans de nombreux cas, iel ne veut pas que Dieu vous bénisse, mais qu’il vous cuise en enfer. C’est ce message que l’on peut lire entre les lignes.

Les comportements de violence explicite ou passive génèrent des réponses du même acabit. Le/La chef-fe stressé-e réussit à faire retarder ses employé-e-s dans leurs tâches. Le/La professeur-e autoritaire entraîne des comportements indisciplinés, cachés ou pas. La mère qui contrôle peut engendrer des enfants déséquilibrés. Le/La politique qui achète des votes encourage les citoyen-ne-s à ne pas payer d’impôts.

Le plus nocif dans ces comportements de violence passive, c’est que, puisqu’ils ne sont pas explicites, ils entraînent de la confusion et échappent plus facilement à la conscience. Quand vous demandez à l’adolescent-e de vous obéir, iel vous dit : « Je t’ai déjà dit que c’était bon ! » Si vous dites à votre chef-fe que son appréciation est injuste, iel vous récitera sûrement un beau discours sur la discipline et l’efficacité. Et votre conjoint peut vous victimiser ou se montrer authentiquement surpris-e si vous lui dites qu’iel vous traite comme un-e idiot-e.

Il faut apprendre à mettre un point final aux mécanismes de manipulation. Il est important de traiter les conflits en face pour ne pas qu’ils encouragent ou alimentent ce type de violence. Cela ne veut pas dire qu’il faut dire tout ce qui nous passe par la tête sans filtre. Il s’agit simplement d’augmenter sa capacité à communiquer, de manière claire et sereine, et à mettre des mots sur ce qui ne nous plaît pas.

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