Le phénomène des éternels adolescents

9 juillet 2015 dans Psychologie 0 Partagés

Au mois de mai 2010, la revue The New Yorker a publié à la Une, la photo d’un homme, cartons de déménagement dans les bras, qui décrochait du mur de la maison de ses parents, son diplôme d’études supérieures.

Même si elle est un peu exagérée, la caricature est une excellente démonstration d’un phénomène très fréquent de nos jours : les éternels adolescents.

Il est de plus en plus fréquent de voir des personnes qui approchent les trente ans, voire bien plus, et qui n’ont toujours pas assumé les responsabilités normales d’un adulte.

L’Agence du Recensement des Etats-Unis estimait qu’en 1970, 77% des femmes et 65% des hommes de 30 ans étaient parvenus aux objectifs suivants : terminer leurs études, avoir leur propre logement, être indépendant financièrement, se marier et avoir un enfant.

Cependant, en 2000, la même agence estimait que seulement 50% des femmes et 35% des hommes de 30 ans étaient parvenus aux mêmes objectifs.

Pour comprendre cette étude, la principale question qui se pose est la suivante : si les jeunes d’aujourd’hui ne sont pas parvenus à ces objectifs, est-ce parce qu’ils ne peuvent pas les atteindre, ou tout simplement qu’ils n’ont pas envie?

Pourquoi de nombreuses personnes ne parviennent pas à dépasser le stade de l’adolescence ? De nombreux éléments alimentent cette « mode » de l’éternel adolescent. L’un des premiers facteurs au banc des accusés est la conjoncture économique.

Dans son article intitulé « La maturité retardée : comment la récession affecte-t-elle la génération Y*?« , Derek Thompson a estimé que 49% des 18-34 ans ont accepté un emploi uniquement pour pouvoir payer leurs factures.

Pire encore, 35% d’entre eux sont retournés à l’école à cause de la pression économique, tandis qu’ils sont 22% à avoir reporté l’idée d’un bébé pour des considérations purement financières.

Le coût d’une formation universitaire a considérablement augmenté ces dernières 30 années. Les dettes universitaires et la crise de l’immobilier ont rendu l’accès à la propriété très compliqué, ce qui ne facilite pas la vie de famille.

Précisons que l’auteur de cet article présente des statistiques obtenues aux Etats-Unis, mais qu’elles peuvent facilement être extrapolées dans de nombreux pays d’Europe.

D’autres chercheurs imputent au show-business et à la culture pop la responsabilité d’un retardement généralisé de la maturité.

Les films, les séries télévisées et toutes les œuvres de fiction en règle générale glorifient des comportements irresponsables et déséquilibrés.

Les personnes ayant entre 20 et 30 ans ne lisent plus autant de journaux que par le passé, s’intéressent moins à l’art et aux œuvres de charité. 

Certains pensent que le fait d’agir comme un adolescent jusqu’à la vingtaine bien avancée est biologiquement normal.

La psychologue pour enfants Laverne Antrobus affirme que la neuroscience a démontré que le développement cognitif de l’être humain se poursuit après 18 ans et que la maturité émotionnelle, l’image de soi et le jugement peuvent en être affectés jusqu’à ce que le développement du cortex pré-frontal soit totalement achevé.

En plus du développement cérébral qui se produit à cette époque, une forte activité hormonale peut également perturber l’individu, et se poursuivre jusqu’au début de la vingtaine. 

« L’idée qu’à 18 ans, d’un seul coup, on devienne adulte, n’est pas du tout pertinente » affirme Laverne Antrobus, qui travaille à la Clinique Tavistock de Londres.

Dans son travail, qui reçoit l’approbation de nombreux autres psychologues, elle estime que l’étape de l’adolescence peut se poursuivre jusqu’à 25 ans approximativement. Un âge qui devrait être, selon elle, le nouveau symbole de l’âge adulte.

Une idée forte vient soutenir cette nouvelle conception de l’âge adulte que nous propose Laverne Antrobus : l’espérance de vie mondiale a largement augmenté ces dernières années.

Selon une étude récente, les hommes vivent 11 ans de plus et les femmes 12 ans de plus qu’il y a quarante ans.

Ce phénomène entraîne donc un retardement dans la maturation de l’individu. C’est aussi pour cela que les gouvernements européens commencent à repousser l’âge de la retraite bien au-delà des 60 ans.

Même si la cause précise du changement de l’âge qui marque la fin de l’adolescence n’est pas connue, cela n’en demeure pas moins un phénomène réel.

Ce changement vous paraît-il sain ? Et, si nous poursuivons dans cette voie, l’avenir sera-t-il plus radieux, ou au contraire plus sombre ?

*Génération Y : ce terme fait référence aux personnes nées dans les années 80 et 90.  

Photo de Kaponia Aliaksei

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