Parfois, je ne peux pas tout gérer… et ça ne fait rien

· 20 juillet 2017

Parfois, je ne peux pas tout gérer, je n’y arrive plus, je n’ai plus la force, pas assez de mains, d’yeux et de temps pour tou-te-s et pour tout… mais ça ne fait rien. En réalité, ce n’est pas important car savoir où se trouvent mes limites et où se terminent mes envies est bon pour moi. Comprendre que j’ai aussi besoin de moi et que j’ai le droit de dire « je n’en peux plus » répond au besoin vital de continuer à avancer sur son chemin.

Cela peut sembler ironique mais s’il y a bien un état où nous arrivons tou-te-s, c’est celui de « nous sentir fatigué-e-s d’être fatigué-e-s ». Il s’agit d’une expérience vitale étonnante, cela ne fait pas l’ombre d’un doute, car nous restons prisonnier-ère-s d’un corps qui se sent épuisé et, en même temps, deux voix nerveuse qui crient à l’unisson se battent dans notre esprit. La première ne fait que répéter la même phrase « n’abandonne pas maintenant, il te reste beaucoup de choses à faire », tandis que la deuxième insiste en rabâchant « mais si je n’en peux plus ? ».


« De quoi est-on las quand on n’en peut plus ? De la vie elle-même. De l’ennui. De la fatigue que l’on ressent quand on se regarde dans la glace le matin. »

-Henning Mankell-


Au cours de ces situations, il est inutile de chanter le « Let It Go » de Frozen, de dessiner des mandalas, de prendre un après-midi de libre ou de se déconnecter de tout pendant des heures en imaginant que nous sommes les uniques habitant-e-s sur Terre, que nous sommes seul-e-s et que rien ni personne ne requiert notre attention immédiate. Ce sont des pansements temporaires appliqués sur une blessure beaucoup plus profonde, des anesthésiants qui réduisent l’hémorragie… mais certainement pas des cicatrisants qui soignent ou réparent.

Que nous le croyions ou non, nous pouvons être fatigué-e-s à cause de problèmes sous-jacents ou de processus de stress et d’anxiété qui affaiblissent énormément. Nous nous retrouvons alors à des endroits où nous faisons face à l’impossibilité aride de penser avec clarté ou de monter des stratégies adéquates pour affronter un état d’âme qui peut réduire à néant notre vitalité et nous faire tomber malades.

Je me sens « fatigué-e d’être fatigué-e », épuisé-e de ne plus pouvoir faire face à mes responsabilités

Pour bien comprendre la complexité de ces situations, nous allons vous détailler un exemple qui pousse à réfléchir. Caroline travaille tous les jours de 9h à 17h. Quand elle sort du travail, elle s’occupe de sa mère qui souffre d’AlzheimerTous les mois, elle met de l’argent de côté pour pouvoir payer un master à sa petite sœur, une chose que son mari, actuellement au chômage, ignore totalement. Caroline ne veut que le meilleur pour tou-te-s, elle veut prendre soin de sa mère, permettre à sa sœur d’avoir un beau futur et paraître normale aux yeux de son conjoint.

Le niveau d’épuisement physique et mental qu’elle a atteint petit à petit est devenu extrême. Notre protagoniste songe parfois à d’autres options, comme payer une personne pour l’aider avec sa mère, mais elle sait que cela suppose ne pas pouvoir économiser pour les études de sa sœur.

Son cerveau cherche des alternatives et ce sont les lobes frontaux qui réalisent cette difficile tâche de planification, de réflexion et d’analyse. Cependant, quand les solutions adéquates ne sont pas trouvées au moment où nous en avons besoin, notre cerveau primitif entre en jeu.

C’est à ce moment que nous devenons totalement immobiles, que notre chimie cérébrale change et que l’esprit se transforme en labyrinthe sans issue. Nous restons bloqué-e-s dans le « peu importe ce que je fais, au final tout va mal se passer ». Notre cœur bat plus vite, nos hormones perdent leur équilibre et le démon de la peur nous domine. Ce cyclone interne qui arrache tout sur son passage plonge notre esprit et notre corps dans un état de sur-activation si intense que la fatigue s’installe dans chaque atome, dans chaque fibre, dans chaque tendon et chaque os de notre être.

Parfois, vous ne pourrez pas tout gérer, mais ce ne sera pas GRAVE

« J’ai tellement de choses à faire que je ne sais même pas par où commencer… Mais si je ne m’y prends pas maintenant, ce sera encore pire », « mon chef va me renvoyer si je ne finis pas ce travail », « mes parents vont être déçus si je ne vais pas les voir ce soir »… Si nous pensons à toutes ces phrases qu’il nous arrive de prononcer, nous nous rendons compte que nous vivons totalement enraciné-e-s dans l’inflexion de l’éternel conditionnel : si je ne fais pas cela, il est possible que… 


« L’esprit n’a pas de limites, la fatigue si. »

-Syd Barrett-


Vivre en se basant sur des suppositions associées le plus souvent à des pensées catastrophiques finit par épuiser l’esprit et nous anéantir, tout simplement. Assumer fermement que nous ne pouvons pas tout gérer dans cette vie est une question de santé, d’hygiène émotionnelle, car celui qui porte tout le poids du monde sur ses épaules finit tôt ou tard par s’écrouler. Nous vous proposons donc de réfléchir un instant aux dimensions suivantes, en espérant qu’elles pourront vous aider.

Fatigué-e d’être fatigué-e ? C’est le moment de changer de point de vue

Même s’il est difficile de l’admettre, nous tombons parfois dans nos propres pièges. Penser que nous « pouvons nous occuper de tout » est un biais très dangereux, une erreur qu’il faut corriger de façon adéquate en intégrant des schémas de pensée plus respectueux de nous-mêmes. En voici quelques-uns :

  • Chaque jour, quand vous vous levez, souvenez-vous de cette phrase toute simple : « je fais du mieux que je peux avec les ressources dont je dispose et l’état dans lequel je me trouve ».
  • Évitez ces pièges dans lesquels nous tombons fréquemment avec notre langage ou nos pensées. Au lieu de vous dire « je ne fais pas ça assez bien, je dois travailler beaucoup plus dur », remplacez-le par « je vais donner le meilleur de moi-même, chaque jour et à chaque instant, mais sans m’oublier moi-même ».
  • Dès que vous vous sentez épuisé-e, que vous percevez que votre corps n’en peut plus alors que vous vous êtes reposé-e, analysez vos pensées. Parfois, notre démotivation est ce qui use le plus aux côtés des pensées que l’on rumine, des « je ne vais pas y arriver », « ça ne sert à rien car c’est toujours le même résultat ».

Enfin, et il ne faut pas le négliger, vous devez prendre soin de vos rythmes circadiens et de votre routine. Avoir des moments de repos, disposer de quelques heures pour vous ne signifie pas que vous allez moins en faire ou que vous faites du tort à quelqu’un : c’est au contraire un signe de santé, d’équilibre et de bien-être.

Ainsi, avoir le courage de dire à voix haute que vous avez des limites, que vous n’en pouvez plus ou que vous refusez d’assumer plus de responsabilités ne mènera à aucune catastrophe : ce ne sera pas la fin du monde, les étoiles ne tomberont pas du ciel et les fleurs ne faneront pas d’un coup…

Si vous essayez, si vous osez mettre cela en pratique, vous vous rendrez compte que tout ira bien…