La thérapie jungienne : rétablir l’équilibre émotionnel à partir de l’inconscient

17 janvier 2018 dans Thérapies 220 Partagés

La thérapie jungienne, ou psychanalyse de Jung, cherche à illuminer ces zones obscures de notre psyché dans le but de favoriser l’épanouissement personnel. C’est l’art d’une psychologie profonde, où grâce à une relation dialectique et de proximité entre le thérapeute et le patient, on parvient à unir les parties conscientes avec les parties inconscientes pour donner forme à un Moi et un équilibre émotionnel plus authentiques.

S’il y a quelque chose que la majorité des gens savent, c’est que la figure de Carl Jung et son legs attirent, inspirent et passionnent. Le père de la psychologie analytique était bien plus que ce psychiatre et analyste suisse qui a porté à un autre niveau bien des concepts hérités de Sigmund Freud. Jung a été un alchimiste de la science, de l’anthropologie, de l’astrologie, de l’art, de la religion et du monde des rêves.

Loin de voir chacune de ces zones de la connaissance de façon isolée, il les a mises au service de la psychologie pour les doter d’un sens plus profond, unitaire et plus dynamique. Ainsi, l’explication de l’inconscient s’est améliorée, de même que celle de l’univers tout entier, parfois convulsé, où sont sous-jacents nos conflits, nos besoins, nos pulsions et ces aspects qui nous empêchent de profiter d’une bonne santé mentale.

Il faut dire, cependant, que les thérapeutes jungiens sont rares. Ce type de thérapie n’est pas aussi habituel que d’autres qui se basent sur des approches plus communes et sur un plus grand dossier empiriquement documenté, telles que la thérapie cognitivo-comportementale, ou encore la thérapie humaniste. En ce sens, l’oeuvre de Jung, de même que la thérapie jungienne, malgré l’originalité de ses apports, a été considérée comme un peu asystématique et complexe.

“Le psychothérapeute doit voir chaque patient et chaque cas comme quelque chose d’inédit, comme quelque chose d’unique, de merveilleux et d’exceptionnel. Il n’y a qu’ainsi qu’il pourra se rapprocher de la vérité.”

-Carl Jung-

Certaines universités comme celle de Berkeley enseigne la psychologie jungienne depuis les années 1970. Ainsi, au cours de la dernière décennie, on a vu ressurgir ce type de thérapie, surtout en Amérique du Sud, de même que dans certains pays européens. En Espagne, par exemple, il existe la “Société Espagnole de Psychologie Analytique“, chargée de diffuser l’héritage de Jung et de former les futurs psychothérapeutes jungiens.

Nous sommes, par conséquent, face à un type de thérapie qui commence à se renforcer de plus en plus dans le champ de l’attention psychologique et qui mérite sans doute d’être connue plus en profondeur.

carl jung

Quelle est la finalité de la thérapie jungienne ?

La thérapie jungienne est une forme particulière de psychothérapie qui a pour objectif de faciliter l’intégrité psychique de la personne en arrivant à un accord avec l’inconscient. Ainsi, quelque chose que l’on doit comprendre en premier lieu, c’est que dans ce cadre psychothérapeutique, nous comprenons que nous disposons tous d’un “substrat psychique” avec des dynamiques inconscientes parfois très complexes qui ont un impact sur nos attitudes, notre manière de penser et de nous lier aux autres…

L’objectif du thérapeute jungien, c’est d’arriver à prendre conscience de ces facteurs inconscients afin de favoriser une réconciliation avec l’inconscient. De cette manière, nous facilitons ce que Jung a appelé en son temps le “processus d’individualisation”. Autrement dit, avec ce type de psychanalyse, nous parviendrons à une harmonie entre les besoins et les réussites, entre le passé et le présent en atteignant une véritable maturité où notre Moi peut se définir de manière authentique en se sentant libre, et capable de continuer à grandir.

A quel moment ou dans quelles situations nous serait-il utile de suivre une thérapie jungienne ?

La thérapie de Jung peut nous aider à comprendre et à affronter des processus aussi complexes que la dépression, l’anxiété, voire même de possibles addictions.

Cette approche psychothérapeutique se fonde sur un processus par lequel le patient devra passer avec l’aide de son thérapeute. Ce processus se divise en trois phases très concrètes : l’auto-conscience, la transformation et l’actualisation. Ainsi, nous parviendrons à voir ce qui ressort dans la part la plus obscure et la plus inaccessible de notre psyché afin de le transformer et de procéder au changement.

Nous pouvons donc considérer que cette approche thérapeutique sera utile :

  • Dans les périodes au cours desquelles nous traînons un certain mépris, une certaine apathie, une certaine sensation d’incertitude…
  • Dans les moments où nous nous sentons en colère, frustrés à cause de quelque chose sans vraiment savoir pourquoi.
  • Dans les étapes où nous traversons des problèmes quant à notre relation affective.
  • Dans les phases au cours desquelles nous initions de nouvelles étapes dans notre vie et où d’une certaine manière, nous tentons de commettre les mêmes erreurs du passé.
  • Dans les moments où nous nous sentons “perdus”, sans savoir quelle direction suivre ni quelles décisions prendre.
  • Dans ces périodes où nous avons l’impression d’être “bloqués” dans les mêmes formes de comportement, celles qui nous rendent malheureux.
  • Pour les artistes ou les professionnels qui basent leur travail sur la créativité et qui sentent qu’ils n’ont plus d’idées.
  • Pour les personnes qui ont besoin de comprendre certains rêves.

homme face à deux chemins

Les objectifs thérapeutiques de la psychanalyse jungienne

De même que nous l’avons signalé précédemment, la psychanalyse jungienne est une forme spéciale de psychothérapie dans le cadre de laquelle on tente de mener le patient vers une “réconciliation” personnelle avec l’inconscient. Qu’est-ce que cela suppose ? Cela veut dire, tout simplement, que la stratégie thérapeutique consistera à explorer notre psyché en compagnie d’un professionnel expert en ce domaine afin de comprendre pourquoi certaines dynamiques et “présences” inconscientes affectent notre comportement.

Pour y arriver, la thérapie jungienne aura pour objectif d’analyser une série de dimensions très concrètes. Il s’agit des suivantes :

1) Travailler notre “matériel” inconscient

Alors que pour les psychanalystes freudiens, l’inconscient n’est rien de plus qu’un espace où se trouvent une grande partie de nos pulsions et de nos désirs sexuels réprimés, Carl Jung, lui, prend de la distance par rapport à toutes ces explications déterministes afin de découvrir que dans les profondeurs de notre esprit, il y a toute une architecture de contenus, de symboles, d’archétypes et de sens que nous devons mettre en lumière.

Ainsi, et pour aborder tout ce matériel inconscient, la thérapie jungienne se divise en deux étapes bien définies :

  • Comprendre notre architecture inconsciente : au travers d’une série de stratégies très concrètes telles que l’analyse des rêves, de l’art, du dialogue ou de l’imagination, le thérapeute devra identifier et comprendre chaque symbole et chaque archétype présents dans notre inconscient. Cependant, le patient prendra activement part à ce processus, car une bonne partie de ces symboles peuvent avoir un sens très concret pour cette personne. Ce sont comme des forces énergétiques qui déguisent le problème.
  • Comprendre quel est l’impact de notre matériel inconscient sur notre vie consciente : le second objectif thérapeutique consistera à comprendre comment tout ce qui réside dans notre intérieur de manière inconsciente altère notre capacité à nous sentir bien et épanouis.

2) Interpréter nos rêves

Les jungiens ont une vision très concrète de ce que sont en réalité nos rêves, de ce voile où réside tout notre matériel inconscient. Le monde onirique a une relation directe avec l’ego ; c’est comme un théâtre où peuvent se révéler des aspects importants pour notre épanouissement, nos besoins, nos peurs, nos limites…

Ainsi, alors que Freud nous disait que les rêves ne sont rien de plus que ce champ où satisfaire certains désirs réprimés, les jungiens, eux, pensent que les rêves agissent parfois comme des voix critiques, comme des chemins qui s’ouvrent à nous pour que nous tracions de nouvelles alternatives dans notre monde conscient afin de mener une vie plus riche.

C’est pourquoi, loin de considérer les mondes conscient et inconscient comme deux entités séparées comme peuvent le faire les freudiens, la thérapie jungienne les voit comme un tout. Il n’y a qu’en intégrant ces deux parties de notre psyché en un tout que l’on pourra se sentir libres.

cerveau submergé

3) Identifier nos complexes

Nous avons tous des complexes, ce qui n’est pas grave en soi. Ce qui n’est pas sain en revanche, c’est que ce soient ces complexes qui “nous aient”, qu’ils nous tiennent et s’emparent de nous. C’est alors que la vie perd sa spontanéité, ses opportunités, son potentiel de développement et de croissance…

Jung nous explique dans les oeuvres qu’ils nous a laissées derrière lui que les complexes sont liés aux archétypes hérités et aux expériences personnelles. Ainsi, et selon cette approche de la psychologie analytique, nous pourrions distinguer différents types de complexes :

  • Le besoin d’avoir de l’argent et du pouvoir pour se sentir supérieur.
  • Le complexe de Caïn, lié à la jalousie.
  • Le complexe d’Achille, ou le besoin de cacher notre fragilité.
  • Le complexe de Brunehilde, qui mène la femme à voir son partenaire comme un héros.
  • Le complexe de Erostrate, qui consiste en la recherche d’une attention constante.
  • Le complexe d’Antigone, ou le besoin de prendre soin des autres et de les protéger…

4) Identifier notre style de personnalité

L’un des outils d’évaluation les plus utilisés dans la thérapie jungienne est sans doute l’indicateur Myers-Briggs, développé par Isabel Briggs Myers et Katharine Cook Briggs. Cette échelle a été créée à partir du livre de Jung intitulé Types psychologiques et a pour objectif les dimensions suivantes :

  • Comprendre à quel point nous nous trouvons entre l’introversion et l’extraversion.
  • Savoir comment nous traitons notre environnement ainsi que l’information qu’il contient.
  • Savoir comment nous prenons nos décisions, c’est-à-dire si nous le faisons sur la base de nos émotions, de nos jugements, etc.
  • Découvrir quelles sont nos préférences, nos besoins émotionnels et nos préférences professionnelles.

A quelles techniques la thérapie jungienne a-t-elle recours ?

Une information qu’il est intéressant de considérer sur la psychologie analytique, c’est que Jung a toujours refusé de systématiser ses théories et de définir clairement sa pratique clinique ainsi que sa méthodologie. C’est pourquoi les héritiers de la thérapie jungienne se sont vus obligés d’avoir recours à ses articles, ses livres et ses essais ; au travers d’eux, ils ont trouvé ce “souffle” psychothérapeutique grâce auquel tracer une ligne de consensus qui aujourd’hui se maintient.

Par conséquent, en réalité, nous nous trouvons face à un ensemble de techniques développées au travers d’une relation dialectique entre le spécialiste et le patient où doit primer proximité, confiance et alliance thérapeutique significative. Ainsi, Jung considérait, comme il l’a expliqué dans ses écrits, qu’il devait atteindre la chose suivante :

“Il est essentiel que dans le processus dialectique, le thérapeute respecte à tout moment la personnalité du patient. Il doit le traiter avec dignité, se dépouillant de plus de toutes ses idées préconçues afin d’accompagner le patient dans cette démarche parfois complexe de découvertes et de développements dans le cadre de laquelle il est important de favoriser le changement psychothérapeutique. Il est important que le médecin ou le thérapeute ôte de l’esprit du patient tout “allergène psychique” dans son processus “d’individualisation””.
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Pour les thérapeutes jungiens, il est essentiel de respecter le patient ainsi que de gagner et de maintenir sa confiance. Il n’y a qu’ainsi que peut se créer une bonne alliance, suffisamment solide pour mener à bien les techniques suivantes :

Thérapie de conversation

La thérapie de Jung se base avant tout sur la conversation. Il n’y a que si le patient se sent en confiance et à l’aise que l’on peut espérer arriver à une bonne collaboration au moment de mener à bien d’autres techniques, telles que l’analyse des rêves, ou encore d’autres stratégies créatives dans le cadre desquelles patient comme thérapeute pourront naviguer ensemble, comprendre le monde inconscient et procéder au changement.

consultation chez une psychologue

Analyse des rêves

On pourrait de prime abord penser que pour interpréter et comprendre un rêve, il suffit d’acheter quelques livres de Jung sur le sujet. Or, une chose que savent bien les thérapeutes jungiens, c’est que l’ensemble des symboles et des archétypes qui surgissent du tissu onirique d’un patient sont liés à la personnalité et aux circonstances personnelles de cette personne.

C’est un processus par conséquent très délicat, aussi méticuleux que profond et révélateur.

Association de mots

Le test d’associations libres est une stratégie habituelle dans la thérapie jungienne. La méthodologie est la suivante : on demande au patient de dire le premier mot qui lui vient à l’esprit. La vitesse à laquelle il répond peut révéler certaines résistances ou autres complexes inconscients.

Attitudes créatives

Tout thérapeute jungien considérera comme valide un certain type d’activités créatives par rapport à d’autres en fonction de la personnalité du patient. Cependant, des activités aussi simples que faire des mandalas, dessiner, danser ou tenir un journal des rêves s’avèrent de fabuleuses stratégies ; en effet, elles favorisent l’expression, l’imagination et la réflexion pour apporter au monde conscient des aspects de cette architecture inconsciente.

La thérapie jungienne est-elle efficace ?

Arrivés à ce point, il est très probable que nombreux d’entre vous soient intéressés par ce type d’approche psychothérapeutique. Cependant, après la manifestation de cet intérêt, il est commun que nous nous posions la question suivante : est-elle réellement efficace ? On entend souvent les gens vanter les mérites de la psychothérapie cognitivo-comportementale pour le traitement de différents troubles.

La réponse à la question formulée est “oui”. En effet, la thérapie jungienne est utile dans les buts suivants : atténuer l’angoisse psychologique, atteindre une plus grande satisfaction dans sa vie, améliorer son engagement professionnel et l’état de ses relations familiales et/ou amoureuses, favoriser la connaissance de soi et surmonter les crises existentielles.

D’autre part, l’efficacité de la thérapie jungienne a été prouvée par une étude publiée en 2013 : on y explique de plus qu’en 90 sessions, le succès thérapeutique peut être atteint. Par conséquent, si on a vraiment l’impression que ce type de cadre psychologique s’ajuste à nos besoins, si on pense que l’on peut se sentir à l’aise en travaillant avec un thérapeute jungien, n’ayons pas peur de faire le pas.

Ce sera un voyage de découvertes qui en vaudra la peine.

femme seule à contre-jour

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