La théorie de l’inconscient selon Sigmund Freud

· 15 septembre 2017

La théorie de l’inconscient qu’a formulée Sigmund Freud a supposé un événement marquant pour l’histoire de la psychologie. Ce sous-monde étrange et fascinant générateur de fantasmes, de lapsus et de pulsions incontrôlées nous a permis enfin de voir une grande partie des troubles mentaux non pas comme des maladies somatiques, non pas comme des maladies du cerveau, mais comme des altérations ponctuelles de notre esprit.

A ce jour, il y a encore des sceptiques qui voient une grande partie du travail du père de la psychanalyse avec un pointe d’ironie subtile. Des concepts tels que la jalousie du pénis dans la construction de la sexualité féminine sont vus comme des concepts caduques et ridicules, et nombreux-ses sont également celleux qui conçoivent une grande partie de son legs comme un type de pseudoscience assez éloignée des découvertes de la psychologie expérimentale.


« L’inconscient est le cercle le plus grand qui inclut en lui le cercle le plus petit du conscient ; tout ce qui est conscient a sa phase préliminaire dans l’inconscient, alors que l’inconscient peut s’arrêter à cette phase et pas encore réclamer la pleine valeur comme activité psychique. »

– Sigmund Freud –


Cependant, pour celleux qui soutiennent ces idées, il est important de nuancer une série de réflexions basiques. Quand Sigmund Freud a publié pour la première fois son travail sur l’inconscient, il a été accusé d’homme « hérétique » par ses collègues. Jusqu’alors, la psychiatrie était soutenue comme un solide substrat organicien ou biologiste. Freud a été le premier à parler des traumatismes émotionnels, des conflits mentaux, des souvenirs cachés de l’esprit…

On peut sans doute voir avec scepticisme une de ses théories, mais on ne peut pas sous-estimer son legs, ses apports, son approche révolutionnaire dans l’étude de l’esprit, de la personnalité, dans le domaine des rêves et dans le besoin de reformuler la psychologie en unissant le plan organique avec cet autre scénario régi par les forces de l’esprit, par les processus inconscients et les instincts. Les nôtres, bien sûr.

Ainsi, au-delà de ce que l’on peut croire, le legs de Freud n’a pas de date de péremption et n’en aura jamais, si bien qu’à ce jour la neuroscience suit le chemin de certaines des idées que le père de la psychanalyse a formulé en son temps.

Mark Solms, un célèbre neuropsychologue de l’Université du Cap, nous rappelle par exemple qu’alors que l’esprit conscient est capable de s’occuper de 6 ou 7 choses à la fois, notre inconscient s’occupe de centaines de processus en même temps. Des processus purement organiques régis par le système nerveux en passant aussi par une grande partie des décisions que l’on prend au quotidien.

Si on rejette la valeur et l’importance qu’a l’inconscient dans notre vie, on rejette par conséquent une grande partie de ce que l’on est, une grande partie de ce qu’il reste sous cette petite pointe de l’iceberg…

analogie de l'iceberg de Sigmund Freud

Le curieux cas d’Anna 0

Nous sommes en 1880, et arrive dans le cabinet du psychologue et physiologue autrichien Josef Breuer celle que l’on considère comme « la patiente 0 ». Autrement dit, la personne qui permettra à Sigmund Freud d’asseoir les bases de la psychothérapie et d’initier les études sur la structure de l’esprit et de l’inconscient.


« L’inconscient d’un être humain peut réagir à celui de l’autre sans passer par le conscient. »

– Sigmund Freud –


Nous vous parlons ici de « Anna 0 », pseudonyme de Bertha Pappenheim, une patiente diagnostiquée « hystérique » et dont le cadre clinique a dépassé Breuer, si bien qu’il a demandé l’aide de son collègue et ami Sigmund Freud. La jeune femme avait 21 ans, et à partir du moment où elle s’est vue obligée de s’occuper de son père malade, elle a commencé à souffrir d’altérations aussi graves qu’étranges. Son comportement était tellement étrange que beaucoup disaient que Bertha était possédée par le Diable.

  • La vérité, c’est que le cas en lui-même ne pouvait pas être plus particulier : la jeune femme souffrait d’épisodes d’aveuglement, de surdité, de paralysie partielle, de strabisme oculaire et, le plus frappant, il y avait même des instants où elle perdait la capacité de parler, ou bien où elle communiquait dans des langues qu’elles ne maîtrisait pas, comme l’anglais ou le français.
  • Freud et Breuer ont deviné que quelque chose allait au-delà de la classique hystérie. A un certain point, Bertha Pappenheim avait même cessé de boire. La gravité de son état était telle que le père de la psychanalyse a eu recours à l’hypnose pour évoquer rapidement un souvenir : la dame de compagnie de Bertha lui avait donné à boire dans le même verre qu’à son chien. Après avoir « débloqué » ce souvenir inconscient, la jeune femme a pu boire de nouveau.
Bertha Peppenheim ou Anna 0

A partir de là, les séances se sont enchaînées sur la même lignée : apporter à la conscience des traumatismes du passé. L’importance du cas Anna 0 (Bertha Pappenheim) a été telle qu’il a permis à Freud d’introduire dans ses études sur l’hystérie une nouvelle théorie révolutionnaire sur le psyché humain, un nouveau concept qui a complètement changé les ciments de l’esprit.

Qu’est-ce que l’esprit inconscient pour Freud

Entre 1900 et 1905, Sigmund Freud a développé un modèle topographique de l’esprit via lequel il a décrit les caractéristiques de la structure et de la fonction de ce dernier. Pour cela, il a utilisé une analogie qui nous est à tou-te-s familière : celle de l’iceberg.

  •  A la surface il y a la conscience, où se rassemblent toutes ces pensées sur lesquelles on focalise notre attention, qui nous servent à nous évader, que l’on utilise immédiatement et auxquelles on a rapidement accès.
  • Dans la pré-conscience se concentre tout ce que notre mémoire peut récupérer avec facilité.
  • La troisième et la plus importante région est l’inconscient. Il est large, vaste, et parfois mystérieux. C’est la partie invisible de l’iceberg et celle qui occupe, en réalité, la plus grande partie de notre esprit.

Le concept de l’inconscient de Freud n’était pas une idée nouvelle

Sigmund Freud n’a pas été le premier à faire usage de ce terme, de cette idée. Des neurologues comme Jean Martin Charcot ou Hippolyte Bernheim parlaient déjà souvent de l’inconscient ; cependant, c’est bien Freud qui a fait de ce concept l’axe principal de ses théories, en le dotant de nouvelles significations :

  • Le monde inconscient ne va pas au-delà de la conscience, ce n’est pas une entité abstraite mais une strate réelle, large, chaotique et essentielle de l’esprit, à laquelle on n’a pas accès.
  • Or, ce monde inconscient se révèle de différentes manières : au travers des rêves, dans nos lapsus ou dans nos actes manqués.
  • Ainsi, pour Freud, l’inconscient est interne et externe : interne car il s’étend dans notre conscience, et externe car il affecte notre comportement.
femme sans visage

D’un autre côté, dans Etudes sur l’hystérie, Freud a conçu le concept de la dissociation d’une manière différente et révolutionnaire, comme l’ont fait les premiers hypnologues tels que Moreau de Tours, Bernheim ou Charcot. Jusqu’alors, ce mécanisme de l’esprit où se maintiennent séparées des parties qui devraient être unies telles que les perceptions, les sentiments, les pensées et les souvenirs s’expliquait exclusivement par des causes somatiques, des maladies du cerveau associées à l’hystérie.

Freud a vu la dissociation comme un mécanisme de défense. C’était une stratégie de l’esprit permettant d’éloigner, de cacher et d’étouffer certaines charges émotionnelles et certaines expériences dans l’inconscient pour le simple fait que la part consciente ne pouvait pas les tolérer ou les accepter.

Le modèle structurel de l’esprit 

Freud n’a pas découvert l’inconscient, on le sait, il n’a pas été le premier à en parler, cela est évident, cependant, il a été le premier à faire de ce concept le système constitutif de l’être humain. Il a consacré toute sa vie à cette idée, jusqu’au point d’affirmer que la majorité de nos processus psychiques sont en eux-mêmes inconscients, et que les processus conscients ne sont rien d’autre que des actes isolés ou des fractions de tout ce substrat sous-terrain qui gît sous l’iceberg.

Or, entre 1920 et 1923, Freud est allé plus loin et a reformulé un peu plus sa théorie sur l’esprit pour introduire ce qui aujourd’hui est connu comme le modèle structurel des instances psychiques où s’incluent les classiques entités du Ça, du Moi et du Surmoi. Voyons cela plus en détails dans la suite de cet article :

Le Ça, le Moi et le Surmoi selon Sigmund Freud

  • Le Ça : le Ça, ou Id, est la structure du psyché humain qui reste en superficie, la première qui apparaît dans notre vie et qui régit notre comportement dans cette première enfance. C’est celle qui cherche le plaisir immédiat, qui est régie par l’instinctif pour ces pulsions plus primitives de notre essence et contre lesquelles généralement nous luttons quotidiennement.
  • Le Moi : à mesure que l’on grandit et que l’on arrive à l’âge de 3 ou 4 ans apparaîtra déjà notre concept de réalité et notre besoin de survivre à ce contexte qui nous entoure. Ainsi, avec le développement de ce « Moi » apparaît aussi un besoin : celui de contrôler à chaque instant le « Ça » ou qui mène à bien des actes pour satisfaire ses pulsions d’une manière acceptable et correcte socialement. Ainsi, pour réussir à faire en sorte que la conduite elle-même ne soit pas déchargée ou trop désinhibée, on a déjà recours aux mécanismes de défense.
  • Le Surmoi : le Surmoi surgit à partir de la socialisation, de la pression de nos parents, des schémas de ce contexte social qui nous transmet quelques normes, quelques règles, quelques guides de comportement. Cette entité psychique a un but ultime très concret : veiller sur l’accomplissement des règles morales. Ce but n’est en rien facile à mener à bien, car d’une part on a le Ça qui déteste ce qui est moral et qui veut satisfaire ses pulsions, et d’un autre côté, on a le Moi qui veut seulement survivre, être en équilibre…

Le Surmoi fait face au Ça et au Moi, et nous fait nous sentir coupables quand, par exemple, on veut quelque chose mais que l’on ne peut pas atteindre ou réaliser car les normes sociales nous empêchent de le faire.


Sigmund Freud

L’importance de nos rêves comme chemin vers l’inconscient

L’excellent film La Maison du docteur Edwardes d’Alfred Hitchcock nous submerge dans le monde onirique du protagoniste grâce aux scénarios suggestifs que Salvador Dali a créés pour le film. La vérité, c’est que l’on nous a rarement montré avec autant de perfection ce monde de l’inconscient, cet univers du traumatisme caché, des souvenirs réprimés, des émotions souterraines.


« L’interprétation des rêves est le chemin réel vers la connaissance des activités inconscientes de l’esprit. »

– Sigmund Freud –


Ainsi, une manière de pouvoir évoquer une part de ce souvenir traumatique gardé sous clé dans les recoins de l’esprit consistait en l’analyse des rêves. Freud considérait que la compréhension de ce monde de l’onirique était le chemin réel vers l’inconscient, d’où le fait de pouvoir vaincre les mécanismes de défense et d’atteindre tout ce matériel réprimé sous des formes décousues et étranges…

Le monde de l’inconscient aujourd’hui

La théorie de l’inconscient de Freud a été vue comme une véritable hérésie en son temps, puis plus tard elle a été élevée comme un concept principal dans l’analyse et la compréhension de toute conduite, et aujourd’hui, on la voit comme un corpus théorique non exempt de limitations techniques, de garanties scientifiques et de perspectives empiriques.

A ce jour, on sait que PAS tout notre comportement, notre personnalité ou notre conduite ne peut s’expliquer par cet univers de l’inconscient. On sait, cependant, qu’il existe bien des centaines, des milliers de processus, qui sont inconscients dans notre quotidien par simple économie mentale, par simple besoin d’automatiser certains heuristiques qui nous permettent de prendre des décisions rapides. Avec le risque de perpétuer certaines étiquettes injustes, certes.

La psychologie et la neuroscience actuelle n’ôtent pas sa valeur à l’inconscient, bien au contraire. En réalité, c’est un monde fascinant et de grande valeur où comprendre beaucoup de nos conduites, de nos choix quotidiens, de nos préférences… Un tissu psychique qui conforme une grande partie de ce que nous sommes et dont la découverte et la formulation sont dues à la figure de Sigmund Freud.