Le subtil tissu des coïncidences et du hasard

29 juin 2017 dans Psychologie 243 Partagés

Les coïncidences ont toujours éveillé la curiosité et provoqué la fascination des êtres humains. Tout semble parfois se synchroniser de façon inexplicable pour que deux situations qui n’ont apparemment rien en commun coïncident. C’est pour cela que depuis toujours, beaucoup de personnes associent ces hasards à des forces provenant de l’au-delà.

Le hasard a aussi été une source de recherches intenses et de grandes questions. Il a été étudié par les philosophes et même par les ésotériques. Il s’agit d’une force qui est présente depuis le commencement de la vie. Pourquoi sommes-nous né-e-s ? Pourquoi dans cette famille, dans ce pays, dans ces circonstances et pas d’autres ? Y a-t-il un explication ou le hasard est-il chaotique et indéchiffrable ?


« La causalité n’existe pas, ce qu’on nous présente comme étant le hasard surgit de sources profondes. »

-Friedrich Schiller-


Toutes sortes de théories sont apparues, aussi bien sur le hasard que sur les coïncidences. Certaines sont appuyées par des statistiques, d’autres voient dans ces phénomènes une intervention surnaturelle. Dans le champ de la psychologie, un nom se démarque pour traiter de ce thème : celui de Karl Jung. Ce psychanalyste d’abord adepte de Freud puis fondateur de sa propre école a consacré une partie de son oeuvre à ces phénomènes. C’est cet homme qui a établi le très intéressant concept de « synchronicité ».

Qu’a-t-il été dit à propos des coïncidences et du hasard ?

L’un des premiers hommes à s’être posé des questions sur le hasard et les coïncidences a été Hippocrate, le père de la médecine. Selon ce sage grec, tous les composants de l’univers étaient liés par des « affinités cachées ». En d’autres termes, il pensait qu’il existait des lois qui expliquaient tout mais qu’on ne connaissait pas encore.

Arthur Schopenhauer, un philosophe allemand extrêmement important, a pensé une chose similaire : « le destin d’un individu s’ajuste invariablement au destin d’un autre, et chacun est le protagoniste de son propre drame tandis qu’il figure simultanément dans un drame qui lui est étranger. Cela va au-delà de tous nos pouvoirs de compréhension ».

Avec Sigmund Freud, c’est le concept « d’inconscient collectif » qui commence à prendre forme. Carl Jung est celui qui lui donna sa forme définitive. On le définit comme un contenu qui se trouve au-delà de la conscience et qui est commun à tous les êtres humains. Il s’agit de souvenirs, de fantasmes, de désirs dont nous ne sommes pas conscient-e-s mais qui sont présents en nous tou-te-s. Cela donne vie à une communication également inconsciente entre les personnes, ce qui expliquerait en bonne partie ce que l’on appelle les coïncidences.

Un peu plus tard, ce même psychanalyste développa le concept de « synchronicité ». Celui-ci se définit comme « la simultanéité de deux événements liés par un sens, mais pas de manière causale ». En d’autres termes, on parle de la confluence de deux situations qui ont un contenu complémentaire, sans que l’une soit la cause de l’autre. Les postulats de Jung, avec le temps, ont dérivé vers une série de formes de pensée magique.

Les coïncidences existent-elles ou sont-elles fabriquées ?

Si la théorie de Jung est intéressante, ce n’est pas la seule qui explique les coïncidences et le hasard. Pour Freud, père de la psychanalyse et maître de Jung, le concept peut être abordé bien différemment. Selon son point de vue, la coïncidence n’existe pas en elle-même. C’est l’être humain qui la fabrique, avec sa tendance obstinée à donner un sens à tout ce qui lui arrive. Et également parce que les névroses incitent à répéter des situations traumatiques.

Pour le psychanalyste classique, aucun élément de la réalité ne possède de sens en lui-même. C’est l’être humain qui lui en donne un, en fonction de ses désirs et de ses traumatismes. En ce sens, il existe une tendance à voir des coïncidences là où il n’y en a pas. « Je marchais justement dans cette rue quand j’ai été bousculé par cette personne qui s’est révélée être l’amour de ma vie ». Et cela est arrivé 30 autres fois avec des personnes qui n’ont pas été l’amour de sa vie. En fait, « l’amour de la vie » peut aussi être un fantasme. Un beau fantasme, mais un fantasme quand même.

D’un autre côté, la neurobiologie a découvert que quand il y a une dose élevée de dopamine dans le cerveau, on a davantage tendance à créer des schémas pour tout. Des schémas comme voir des coïncidences là où il n’y en a pas. Ou comme établir des liens, parfois étranges, entre des faits qui n’ont aucun lien entre eux.

Ces situations qui se produisent et que nous appelons coïncidences correspondent peut-être davantage à un scénario inconscient. Sans nous en rendre compte, nous cherchons à être présent-e-s dans des situations déterminées ou à vivre des expériences déterminées. L’être humain n’est peut-être pas si soumis au hasard qu’on le pense. Ses désirs et ses fantasmes inconscients sont ce qui crée ce qu’on appelle le destin. Et donner un côté magique à cette idée nous donne, d’une manière ou d’une autre, une certaine satisfaction.

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