Nous sommes ce que nous mangeons mais aussi ce que nous lisons

· 18 juillet 2017

Nous sommes ce que nous mangeons, bien sûr, mais aussi chaque livre que nous lisons, chaque histoire vécue dans cet océan de lettres et chaque sensation ressentie à dos de mille et un romans. Nous sommes tout le vécu et tout l’évoqué de chacune de ces narrations qui, avec leurs personnages, leurs batailles et leurs univers majestueux, nous ont apporté un autre type de bonheur.

José Luis Borges disait que le paradis devait être quelque chose qui ressemblait à une bibliothèque infinie. Une image idyllique avec laquelle, tou-te-s celleux qui voient la lecture comme un rituel quotidien pour se nourrir pour survivre, pour avancer, pour apprendre et pour être un peu plus libres, seront d’accord.

« La véritable université de nos journées consiste en une collection de livres. »

-Thomas Carlyle-

Dire que nous sommes aussi chaque livre lu n’est pas une exagération. Dans le coffre de nos souvenirs d’enfance les plus significatifs, se trouvent aussi ces titres et ces romans qui ont marqué notre vie, avec un avant et un après. Nous revivrons rarement avec autant d’intensité, de joie et de plaisir la sensation de ces premières lectures qui nous ont tant inspiré.

Cette incursion précoce dans le monde du fantasme, dans les forêts du mystère, dans les océans d’aventures et dans les univers bordés de magie s’incruste mot après mot, image après image dans les recoins les plus profonds de notre cerveau émotionnel pour déterminer une grande partie de ce qui nous définit aujourd’hui. Nous sommes donc une grande partie de tout ce que nous n’avons pas vu avec les yeux, mais que nous avons ressenti par le cœur et tracé dans notre esprit avec les voiles de l’imagination et les rames des lettres…

Tous les livres qui habitent dans les profondeurs de votre cerveau

Une étude publiée dans la revue « Journal of Business Administration » a confirmé une donnée que nous pensons tous évidente mais qui n’est pas toujours vraie. Les universitaires habitués à lire depuis l’enfance ont des compétences beaucoup plus élevées dans la pensée critique, la créativité, la réflexion, la métacognition et l’expression écrite… Cependant, ce que l’on ne voit pas aujourd’hui, c’est que nos jeunes lisent mais ne pratiquent pas ce que l’on connaît sous le nom de « lecture profonde ». 

La lecture profonde est définie comme ce processus délicat, lent et enveloppant dans lequel nous nous plongeons complètement, où nous lisons sans hâte, sans pressions extérieures, ni besoin de nous précipiter ou d’anticiper les événements au fil des pages. C’est cette capacité exceptionnelle, grâce à laquelle nous ne faisons plus qu’ « un » avec le livre, captant la richesse du texte, jusqu’à atteindre un point où la simple décodification des mots nous permet d’éprouver des sensations et des ressentis.

À travers la lecture profonde, nous captons aussi les détails du texte, la jouissance de la narration et l’habileté de l’écrivain. Cependant, et c’est là que se trouve le plus intéressant, selon les expert-e-s, ce type de lecture favorise dans notre cerveau un processus incroyable : elle le synchronise. Par exemple, les centres cérébraux liés à la parole, à la vision et à l’audition s’harmonisent grâce à la lecture profonde.

L’aire de Broca, chargée de percevoir le rythme et la syntaxe, s’active intensément. Tout comme l’aire de Wernicke, en lien avec notre perception des mots et leur signification. De son côté, le gyrus angulaire, qui régule la perception et l’usage du langage, profite aussi d’une plus grande connectivité. Tous ces processus et bien d’autres génèrent une cadence impressionnante où la lecture profonde provoque en nous tout un manège de sensations et émotions qui laissent une empreinte permanente dans notre cerveau.

C’est sensationnel !

La figure du livre dans un monde d’esprits distraits

Selon un article intéressant publié dans le « New York Times », les ventes de livres pour adultes ont chuté de 10,3% l’année dernière. Ceux des enfants ont chuté de 2,1%. Les livres électroniques ont chuté beaucoup plus, presque 28,1%. Mais voici la donnée la plus incroyable : les audiolivres numériques ont augmenté de 35,3% et continuent à monter.

« Un livre ouvert est un cerveau qui parle. Un livre fermé, un ami qui attend. Un livre oublié, une âme qui pardonne. Un livre détruit, un cœur qui pleure. »

-Proverbe Hindou-

Les psychologues savent bien à quoi est dû ce phénomène. Les gens préfèrent aujourd’hui qu’on leur lisent le livre, plutôt que le lire eux-mêmes. Nos esprits sont de plus en plus distraits, nous avons besoin de faire plusieurs choses à la fois : regarder le téléphone, actualiser les réseaux sociaux, prendre un café, lever le regard pour regarder la télévision, regarder le panneau d’arrivée du métro, lire la boîte de réception de notre adresse e-mail…

De plus, il existe un autre petit détail que Stephen King a signalé il y a peu : les gens ont perdu le plaisir de tourner les pages d’un livre. Il suffit qu’ils l’écoutent pour ainsi avoir les mains libres et utiliser leur smartphone (d’où son roman « Cellulaire »). Tout cela fait que ces derniers mois, la vente d’audiolivres a augmenté considérablement. Ils sont parfaits pour les multi-tâches, car il suffit de mettre des écouteurs dans les oreilles pour avoir les yeux et les mains prêts et disposés à réaliser plein d’autres choses. C’est -en apparence-parfait, mais malheureusement triste, sans aucun doute.

Nous sommes en train de perdre le plaisir de la lecture profonde, et une partie de nos enfants seront orphelins de cet héritage exceptionnel. Se plonger dans les entrailles les plus physiques et merveilleuses d’un livre sur le mode traditionnel : tourner les pages, une à une, dans une immense bibliothèque ou dans le parfait silence de la nuit et dans son lit .

Ne laissons pas disparaître ces habitudes, ce patrimoine du bien-être et de la richesse psychologique, émotionnelle et culturelle de l’être humain qui, que nous le voulions ou non, font de nous de meilleures personnes.

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