L’inhibition affective a des conséquences

· 14 juillet 2017

L’inhibition affective peut se définir, en principe, comme la difficulté à identifier et à exprimer les émotions et les sentiments. Certaines écoles de psychologie définissent cette condition comme « l’alexithymie ». Ce mot provient de trois racines grecques : “a” (sans), “lexis” (mot) et “thimos” (affect). De ce point de vue, il signifie « sans mots pour les affects ».

Beaucoup de gens qui souffrent d’inhibition affective ont des émotions et des sentiments. Le problème est qu’il est très difficile pour eux de les détecter et donc, de les exprimer. Ils ne vivent pas tous ce trouble à la même intensité. Dans certains cas, ce phénomène n’est pas si profond, alors que dans d’autres il existe une totale dissociation avec le monde affectif.

« Il y a que deux types de personnes qui peuvent parler sans inhibitions : les inconnus et les amants. Les autres ne font que négocier. »

-Anonyme-

Une personne atteinte d’alexithymie a des difficultés à savoir si ce qu’elle ressent est de l’amour ou de l’amitié par exemple. Elle sera également très avare en paroles si vous lui demandez comment elle va. Elle vous dira « bien » ou « mal » mais ne précisera pas ce que ces deux mots signifient exactement. Elle ne dira pas qu’elle est « énervée » ou « enthousiaste » ou « triste« . Dans les cas extrêmes, face à la question, elle gardera le silence ou dira « bien » de manière automatique car elle comprend que c’est la réponse que les autres attendent.

Traits qui dénotent une inhibition affective

Le trait le plus caractéristique de l’inhibition affective est la froideur. C’est comme si ces personnes ne ressentaient rien et effectivement, dans les cas les plus extrêmes, elles ne parviennent pas à ressentir. Leurs symptômes sont similaires à ceux qu’une personne déprimée ressent, mais dans ce cas, ils sont plus accentués. Les plus visibles sont les suivants :

  • Elles ne ressentent pas de plaisir ou de façon minime
  • Elles ne sont pas intéressées par la vie sexuelle
  • Elles sont conformistes
  • Elles bougent de manière rigide et lente
  • Elles ont une vie sociale peu fournie
  • Elles montrent un manque de vitalité
  • Elles sont impulsives
  • Elles semblent quasiment toujours sérieuses et ennuyées
  • Elles n’ont pas de fantasmes et elles ont beaucoup de mal à utiliser leur imagination
  • Si elles établissent des liens, ce sont souvent des liens de dépendance
  • Elles ne disent jamais « je t’aime ».

Il y a deux types d’inhibition affective ou « alexithymie ». La primaire, dans laquelle la personne se comporte ainsi depuis sa naissance. Dans ce cas, cela correspond à une anomalie neurologique. La secondaire, qui apparaît après un traumatisme physique ou psychologique, ou après des périodes d’intense stress prolongé.

Pour beaucoup de chercheur-e-s, dans la plupart des cas, l’inhibition affective est marquée par des facteurs socio-culturels. Il y a des modèles de communication familiale qui ont tendance à inhiber l’expression des émotions. Il y a aussi des environnements sociaux et scolaires où dire ce que l’on ressent est réprouvé. Il est fréquent d’imposer un modèle de « bonnes émotions » et de « mauvaises émotions ». On peut parler des « bonnes » mais jamais des « mauvaises ».

Les inconvénients de ne ne pas exprimer les affects

Les cas les plus graves d’inhibition affective demandent une thérapie, qui se prolonge souvent dans le temps. Il est possible qu’ils exigent d’ailleurs une intervention neurologique. Tout semble indiquer que la racine de ce problème est une déconnexion entre les hémisphères cérébraux. Cela peut se corriger dans certains cas seulement.

Les cas les moins graves, qui représentent la majorité, peuvent suivre un programme de récupération différent. Parfois, une personne inhibe l’expression de ses affects simplement car elle n’a pas appris à faire l’inverse. Il est très habituel que dans le passé, on l’ait obligée à taire ses affects, car dans certains environnements, on valorise le manque d’expressivité émotionnelle de manière positive, comme un signe d’auto-contrôle. De la même manière, il y a des cas où le silence émotionnel est la réponse naturelle à un traumatisme non résolu.

Dans tous les cas, l’impossibilité de définir et d’exprimer les émotions génère une série de conséquences sur la vie. Tout d’abord, les fonctions intellectuelles chutent. Les émotions jouent un rôle fondamental dans l’acquisition de nouvelles connaissances et dans la mémoire, principalement. Le monde affectif se trouve aussi à la base des capacités investigatrices et la créativité. Ainsi, une personne avec une inhibition affective sera fragile intellectuellement.

D’autre part, et c’est évident, la vie sociale est réduite à son expression minimum. Il n’y a pas la possibilité d’établir des liens profonds avec les autres. La vie devient aride et cela a une influence sur une plus grande inhibition. Il s’agit d’un dysfonctionnement qui peut être traité. Les affects et les émotions sont le « sel » de la vie. Si vous suspectez que vous ou quelqu’un que vous connaissez souffre de ces symptômes, n’hésitez pas à demander de l’aide.

Lisez aussi : Il est difficile de dire « salut » quand vous voulez dire « je t’aime »

 

Images de Henrietta Harris