Les 5 niveaux qui édifient le royaume de la tristesse

· 26 mai 2017

Parfois, on se retrouve envahi-e par une indéfinissable tristesse, en silence, le front collé au verre d’une fenêtre et le moral dans les chaussettes. Nous ne savons pas très bien ce qui a occasionné cet état émotionnel, mais ce que l’on remarque en revanche, c’est que l’on ne pourra pas affronter cette journée avec la même bonne humeur ni le même courage que d’habitude.

Qu’est-ce qui occasionne ce type de situations ? Nous ne parlons pas du tout ici de l’état dépressif, une chose n’est pas toujours liée à l’autre, mais nous faisons seulement référence à ces jours au cours desquels le thermomètre de notre humeur chute jusqu’à un faible zéro existentiel. Ce sont des instants au cours desquels l’illusion s’intensifie, au cours desquels on devient des vagabond-e-s de notre routine et des apatrides de nos espoirs.


« On ne peut pas éviter que les oiseaux de la tristesse volent au-dessus de nos têtes, mais on peut en revanche bel et bien éviter qu’ils fassent leur nid sur nos cheveux. »

– Proverbe chinois –


Une idée reste claire : la tristesse est une messagère qu’il faut savoir comprendre, mais jamais des chaussures à mettre de manière permanente. Cependant, ce qui arrive aujourd’hui, c’est que l’on ne nous permet pas d’être tristes. Il n’y a pas d’espace pour cette émotion qui agisse comme canal du cerveau lui-même. Nous sommes presque « obligé-e-s » de ne pas l’écouter et de faire comme si tout allait bien, de gagner l’Oscar de la meilleure interprétation de l’année en démontrant que nous sommes immunisé-e-s face à la désillusion, à la frustration et à la tristesse.

Cependant, personne ne peut rester longtemps sous cette carapace, cette armure inaccessible. Même si chacun-e d’entre nous avons accès à tout type d’information, de livres et de publications, on continuera à alimenter l’idée que la tristesse est un peu plus que pathologique.

Démolissons une bonne fois pour toutes les faux mythes, car cette émotion est quelque chose d’inhérent aux êtres humains, quelque chose que l’on doit comprendre et qui ne se soigne pas avec la typique phrase consistant à dire « allez, courage, relève-toi, la vie est courte ». La tristesse a ses propres strates, celles-là même qui édifient un royaume particulier dont nous vous parlons dans la suite de cet article.

1. La tristesse est un avertissement

La tristesse se manifeste toujours par une perte d’énergie. On n’arrive pas à cet abattement et à ce calme qui se manifeste par une dépression, c’est quelque chose de plus léger, de plus subtil. Nous expérimentons un besoin de méditation intérieure qui généralement s’accompagne d’une sensation d’apathie et d’une fatigue indéfinissable.

Cette sensation physique répond en réalité à un mécanisme d’avertissement du cerveau lui-même : cela nous oblige à nous éloigner des stimulations de notre entourage pour nous connecter avec notre intérieur. Nous devons « enquêter » sur ce qui nous gêne, ce qui nous préoccupe, ce qui nous perturbe…

2. Elle nous invite à ménager nos « ressources »

Bernard Thierry est un biologiste et physiologiste qui a étudié pendant des années ce type d’émotions négatives. Selon lui, la tristesse produit en nous un petit état « d’hibernation ».

Elle nous met en attente, nous relègue à ce calme et à cette introspection si caractéristique pour que l’on ne puisse réfléchir sur un fait concret. De plus, notre cerveau s’assure avec cela que l’on perd toute notre énergie dans des tâches qui, à ce moment-là, ne sont pas prioritaires.

L’essentiel est de résoudre ce mal-être, de se centrer sur nous-même. Cependant, comme on le sait déjà, nous ne faisons pas toujours cas de cet instinct de conservation. On refuse de l’entendre et on s’attache à notre quotidien comme si rien n’était arrivé.

3. La tristesse, c’est une manière de prendre soin de soi

Nombreux-ses sont les psychologues qui ne veulent pas étiqueter la tristesse comme une « émotion négative ». Dans notre fixation presque obsessionnelle d’étiqueter toute conduite ou phénomène psychologique, on perd parfois la perspective de ce type de réalités.

  • La tristesse n’est pas négative. Mais elle n’est pas non plus positive. Nous sommes seul-e face à une émotion qui agit comme un mécanisme d’avertissement, qui nous susurre des choses aussi valides et nécessaires que « arrête-toi un instant et écoute-toi, prends soin de toi, parle avec toi-même et comprends ce qui t’arrive. »
  • C’est pourquoi lorsqu’un-e amie, un-e membre de notre famille ou notre compagnon/compagne nous dit « je ne sais pas ce que j’ai aujourd’hui, je suis triste », la dernière chose que l’on fera, c’est lui dire quelque chose comme « réjouis-toi, car ce n’est rien ».

La phrase la plus pertinente est très simple : « dis-moi de quoi tu as besoin ». Ainsi, la personne que l’on a en face de nous sera obligée de réfléchir à l’origine de son problème afin d’approfondir ses besoins réels.

4. La tristesse comme désir et inspiration

La tristesse a une saveur étrange, qui oscille entre le désir et la mélancolie. C’est l’absence de quelque chose, on se sent tellement paralysé-e par des sentiments opposés, par des vides et des besoins sans nom, que parfois, on désespère.


« Celui qui porte la tristesse dans son coeur pourra difficilement le cacher. »

– Tibulle –


Souvent, on dit que cette émotion est la sensibilité la plus raffinée de l’être humain, celle qui en invite beaucoup à être plus créatif-ves, à se rapprocher de l’art, de la musique ou de l’écriture pour canaliser tous ces sentiments opposés.

Cependant, et il convient de le rappeler, même si la tristesse peut être inspiratrice pour le coeur de l’artiste, personne ne peut vivre constamment dans le royaume des désirs, de la mélancolie et des vides où n’habite que l’immaturité émotionnelle.

5. La tristesse comme stratégie pour notre développement psychologique

Dans cette strate la plus élevée des besoins d’Abraham Maslow, on trouve la réalisation personnelle.

  • On ne peut pas oublier qu’à ce sommet du développement psychologique se situent des principes aussi basiques que l’estime de soi ainsi qu’une force émotionnelle adéquate.
  • La personne qui n’est pas capable de comprendre, d’analyser et d’affronter sa tristesse quotidienne est une personne qui opte pour cette déconnexion qui la pousse à laisser entre les mains des autres ses propres besoins, sa propre identité.

Comprendre ses propres émotions et s’élever en bon-ne-s responsables de notre univers est une contribution fondamentale pour notre développement psychologique, d’où le fait qu’il soit une bonne idée de cesser d’associer la tristesse à des termes comme « faiblesse » ou « vulnérabilité ».

Car derrière toute personne qui identifie et affronte sa tristesse se cache un-e vrai-e héro-ïne.

 

Images de Amanda Clark