En quoi la tristesse nous rend-elle distrait ?

· 21 octobre 2016

Facundo Cabral, auteur-compositeur-interprète et philosophe argentin, est connu pour avoir diffusé sa pensée au travers de profondes réflexions où, au moyen de la satire, l’anarchisme, la critique sociale et l’optimisme, il communiquait de chaleureux messages.

Il citait très souvent Whitman, Borges, Atahualpa Yupanqui, Jésus, Mère Teresa ou encore Jiddu Krishnamurti.

Un de ses plus célèbres discours s’intitule « No estás deprimido, estás distraído » (en français : « tu n’es pas déprimé, tu es distrait »).

Pendant la période de dictature en Argentine, Facundo Cabral est parti s’installer au Mexique, et a prononcé des discours dans 165 pays environ.

Certains de ses concerts les plus célèbres sont ceux qu’il a donnés accompagné d’Alberto Cortez, qui parle de Cabral comme d’un « personnage controversé qui s’est inventé lui-même ».

 


« Trouver le bonheur, c’est juste un autre prétexte pour être encore plus malheureux. »

-Anonyme-


Dans « No estás deprimido, estás distraído », Cabral mène une réflexion sur la tristesse, un mal caractéristique de notre époque que nous connaissons tous, une sorte de cécité qui nous empêche de profiter de la richesse et de la beauté du monde qui nous entoure.

Distrait par la vie

Facundo Cabral nous invite à remettre en question le respect : « Distrait par la vie qui te peuple… Tu as un coeur, un cerveau, une âme et un esprit…alors, comment peux-tu te sentir pauvre et malheureux ? Distrait par la vie qui t’entoure, dauphins, forêts, mers, montagnes, rivières… »

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Puis, il ajoute : « Ne tombe pas là où est tombé ton frère, qui souffre pour un être humain alors que le monde est peuplé de cinq mille six cent millions de personnes.

D’autre part, vivre seul, ce n’est pas si mal : on peut très bien le vivre, si tant est que l’on décide à chaque instant de ce qu’on veut faire.

Par ailleurs, grâce à la solitude, on se connaît mieux soi-même : c’est quelque chose de fondamental pour vivre. »

Enfin, pour couronner le tout : « Voilà pourquoi tu crois que tu as perdu quelque chose, ce qui est pourtant impossible puisque tout t’a été donné. Pour autant, tu ne peux être maître de rien. La vie ne t’enlève rien, elle te libère de certaines choses, te soulage pour que tu voles plus haut, pour que tu atteignes la plénitude ».

La générosité de Facundo Cabral

Facundo Cabral était un homme qui partageait son expérience de vie avec les autres.

Cette communion avec les autres se caractérisait par l’usage du sarcasme et d’un humour intelligent et aigu.

Les spectateurs profitaient et recréaient le sens de la vie, d’une façon authentique et originale.

Pour Facundo Cabral il est évident que la vie, c’est avant tout un apprentissage : « Du berceau à la tombe, la vie, c’est une école. Ce que tu appelles « problèmes » sont en fait des leçons. La vie est dynamique, c’est pourquoi elle est constamment en mouvement. Il vous faut seulement être attentif au présent. Il y a tant de choses dont on peut profiter et notre passage sur Terre est si court que souffrir est une perte de temps. »

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Il nous parle également de la mort : « Tu n’as perdu personne. Celui qui est mort a simplement pris de l’avance sur nous, car c’est là que nous allons tous.
Le meilleur de cette personne, L’Amour, continue à vivre dans votre coeur. La mort n’existe pas, et de l’autre côté des gens merveilleux t’attendent : Gandhi, Michel-Ange, Whitman, Saint Augustin, Mère Teresa, ta grand-mère et ma mère, qui croyait que l’amour se trouvait dans la pauvreté, car l’argent nous distrait trop. »

Comment trouve-t-on le bonheur

Cabral est comme un apôtre de l’amour, qui prêchait aux quatre vents son refus des choses établies.

Il était un pacifiste convaincu, un être solitaire et heureux qui s’accompagnait de bonne littérature et de bonne musique afin de faire ses propres créations.

Selon lui, nous devons nous laisser guider par notre coeur : « Tu ne trouves pas le bonheur, et pourtant c’est si simple ! Il suffit d’écouter son coeur avant que l’esprit n’intervienne, conditionné par la mémoire qui complique tout avec de vieux souvenirs, avec des ordres du passé, avec des préjugés qui rendent malade. La tête qui divise, c’est-à-dire qui appauvrit ; la tête qui n’accepte pas que la vie est telle qu’elle est, pas comme elle devrait être. Ne fais que ce que tu aimes, et tu seras heureux. »

Il indique qu’être heureux est un devoir : « Réconcilie-toi avec toi-même, mets-toi face au miroir et dis-toi que cette créature que tu vois est l’oeuvre de Dieu. Décide dès maintenant d’être heureux, car le bonheur est une acquisition, pas quelque chose qui arrive de l’extérieur. De plus, le bonheur n’est pas un droit, mais un devoir ; car si tu n’es pas heureux, tu propages ta tristesse tout autour de toi. »

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Autres leçons

Facundo Cabral nous parle aussi de la maladie : « Si tu as le cancer ou le Sida, deux bonnes choses peuvent arriver : si tu y es disposé, la maladie peut libérer ton corps molesté : j’ai faim, j’ai froid, j’ai sommeil, j’ai envie, j’ai des doutes. Et si l’envie est là, tu seras plus humble, plus reconnaissant et, par conséquent, plus facilement heureux ainsi que libre du poids de la culpabilité, de la responsabilité, de la vanité. Tu seras disposé à vivre chaque instant profondément et comme il se doit. »

Il évoque également la lumière que nous avons en nous : « La peur nous éloigne de l’amour, qui est sage et courageux car il sait qu’il n’y a ni mesures ni fin. L’amour s’installe en nous et repousse les nuages autour. Reste calme et silencieux afin d’entendre le sage que tu portes en toi.

Une fois votre lumière interne allumée, plus rien ne peut l’éteindre. Elle est aussi parfaite et incorruptible que l’or qui symbolise le pouvoir de la pureté, de l’essentiel, c’est-à-dire de l’esprit, un voyage infini et merveilleux car il éclate à chaque instant vécu intensément. »

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Quant à l’ego et l’innocence, Facundo Cabral dit : « C’est lorsqu’on abandonne l’ego que les miracles se produisent. Sans avoir à lutter, tu peux alors retrouver ta force naturelle, et provoquer la vie au travers de l’amour ; tu es alors capable de marcher sur l’eau, et de soigner rien qu’avec tes mots. L’ego met un nom sur les choses, alors que l’innocence les voit ; l’ego les juge, l’innocent les vit. L’ego divise, l’innocence harmonise les différences ; l’ego dépend de l’esprit, l’innocent du coeur ».

Vous avez maintenant toutes les cartes en main ; il ne vous reste qu’à relever le défi : « Maintenant que tu es seul et tranquille, oublie ce que tu es, car c’est la création des autres, et écoute ton coeur : Qui veux-tu être ? Que veux-tu faire maintenant ? »