Le “sincéricide” : quand être sincère n’est pas toujours correct

5 mai 2017 dans Psychologie 178 Partagés

Nous disons tou-te-s, à certains moments, quelque chose qui n’est pas complètement sincère et nous le savons. Le mensonge ou le manque d’honnêteté servent à nous protéger de ce qui peut arriver. Si nous pensons que quelque chose de nocif va nous arriver, nous avons tendance à déformer la vérité à notre convenance. Ainsi, nous sauvegardons notre estime de nous-même ou nous nous libérons des possibles conséquences négatives.

“Être sincère, ce n’est pas dire tout ce que l’on pense, mais ne jamais dire le contraire de ce que l’on pense”.

L’axe principal du manque de sincérité n’est pas toujours la peur. La compassion pour son prochain nous fait aussi opter pour un mensonge plutôt que pour la vérité. Ce type de mensonge est léger, peu important, ne dure pas longtemps et peut être utile voire même bienfaisant pour les autres, car il évite les conflits majeurs et inutiles.

Nous ne souhaitons pas ici défendre le mensonge, loin de là, mais nous voulons transmettre l’idée selon laquelle être sincère à tout prix, avec tout le monde, quoi qu’il arrive, n’est pas non plus la meilleure idée si nous voulons nous sortir de toutes les situations.

Être sincère ou être mal élevé ?

Les psychologues ont choisi ce terme, plutôt cocasse, de “sincéricide” pour définir le comportement qu’une personne adopte lorsqu’elle se montre sincère face aux autres, sans aucun filtre et quand personne ne lui demande son avis, se pensant alors honnête et courageuse. Le mot renvoie à un “suicide”, abstraitement bien sûr, dû à un excès d’enthousiasme envers la vérité.

Cet acte est souvent vu comme un acte inconsidéré, sans tact et irresponsable verbalement. Le sincéricide finit par développer des conflits avec l’entourage, car il peut être perçu comme un comportement mal élevé, et on peut d’ailleurs le considérer comme tel.

Pour ne pas en finir avec tout le monde, l’idéal est d’évaluer au préalable ce que nous allons dire et surtout si la personne qui va recevoir le message est prête à le digérer émotionnellement.

Être sincère n’est pas toujours une qualité car l’éducation et le respect doivent se trouver au-dessus et encore plus s’il s’agit d’exprimer ce qui ne va servir ni intéresser personne. Cracher tout ce qui nous passe par la tête est un signe de retard social, de non adaptation aux règles du jeu.

Combien d’entre nous avons ressenti une grande gêne lorsque quelqu’un nous a dit que nos vêtements n’allaient pas ensemble ou qu’il a vu notre ex avec un-e autre ? À l’inverse, s’adapter au contexte et au moment opportun, et savoir se contenir jusqu’à ce moment est une qualité que nous devons savoir mettre en valeur. Il y a certains commentaires qui sont tout simplement de trop ou qui peuvent être exprimés dans d’autres circonstances.

Être sincère en maquillant la vérité

Nous avons tou-te-s le droit de connaître notre vérité, mais nous avons aussi le droit de mettre nos propres limites dans cette connaissance. L’idéal est, en tant qu’adultes, d’être forts émotionnellement et d’accepter les inconforts de la vie, afin de pouvoir agir selon une position juste.

Le problème est que la vérité, dans certaines situations, fait mal et très mal. Tout le monde n’est pas préparé à recevoir certaines nouvelles au caractère très négatif ou dramatique.

Imaginez que l’on vous a diagnostiqué une grave maladie. Aimeriez-vous savoir si vous allez mourir ? Préféreriez-vous que l’on vous cache la vérité ou voudriez-vous savoir combien de temps il vous reste ? Comment aimeriez-vous que l’on vous annonce la mauvaise nouvelle ?

Comme nous l’avons dit, il est important de s’entraîner pour pouvoir affronter tout ce que la vie nous apporte, mais il n’est parfois pas de trop que les autres maquillent la vérité, de la même manière que nous le faisons avec elleux pour réguler l’impact de nos messages.

Si nous sommes capables de manifester de l’empathie pour l’autre, nous serons suffisamment prévoyant-e-s pour ne pas lui faire de mal et nous trouverons les bons mots, à partir du moment où nous ne disons pas le contraire de la vérité.

Être sincère sans commettre de sincéricides est un art, car cela implique de se mettre à la place de la personne, de savoir si les circonstances sont optimales pour qu’elle reçoive la vérité et d’utiliser les outils verbaux -et non verbaux- adaptés.

Le psychologue Rafael Santandreu dit que pour être à l’aise avec soi-même, il faut toujours se dire la vérité, mais pour être bien avec les autres, non. C’est-à-dire que nous ne devons pas auto-maquiller la vérité que nous connaissons déjà car sinon, nous tomberons dans l’auto-tromperie et cela ne nous permet pas d’affronter la vie avec satisfaction.

Ce qui est important, c’est que nous fassions la différence entre se dire la vérité à soi-même et se critiquer à l’excès. Ce n’est pas la même chose de se dire : “Aujourd’hui, ça n’a pas été la meilleure des séances avec ce-tte patient-e” que “Tu es un-e psychologue médiocre, tu devrais arrêter pour toujours.”

Commettre des sincéricides envers soi-même n’est pas non plus la meilleure des options. Comme dans tout, la vertu se trouve au point d’équilibre.

Lisez aussi : La vérité triomphe d’elle-même, le mensonge requiert de la complicité

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