L’empathie est le fil avec lequel on tisse la thérapie

· 22 mars 2017

Nous avons tou-te-s entendu parler de l’empathie, de son importance dans les relations, de ses puissants effets dans la communication avec les autres, de la nécessité de l’intégrer à notre vie comme quelque chose d’indispensable. Cependant, peu de gens ont entendu parler de la place qu’elle occupe dans une relation psycho-thérapeutique et comment, sans elle, le bateau de la thérapie part à la dérive. Si elle n’est pas présente, le pronostic est faux.

L’empathie du/de la thérapeute envers son/sa patient-e est aussi nécessaire et vitale pour le bon fonctionnement que l’air que nous respirons. C’est une caractéristique dont personne ne peut se passer.

En thérapie, comme dans la vie, on est aussi perdu-e

En thérapie, comme dans la vie, le-a patient-e se sent très souvent perdu-e. Iel sent que sa vie avance sans fil conducteur très clair. Sans une lumière puissante et visible qui guide ses pas. Iel avance alors à tâtons, entre l’obscurité du chemin et les petits éclats de lumière qui apparaissent de temps en temps sur les bas-côtés.

Le-a thérapeute ne peut et ne doit rien faire d’autre que de l’accompagner sur ce chemin. Ce chemin que, entre les circonstances et sa volonté, iel a choisi pour apprendre les leçons de vie qui l’ont construit-e en tant que personne. Souvent, on pense que le travail d’un-e psychologue est de détourner la personne de ce chemin peu sûr, sur lequel iel se trouve : lui donner la motivation de s’éloigner des moments qu’iel doit, au contraire, vivre. Au profit de son propre épanouissement.

La vie est parfois incertaine et c’est une réalité qu’il faut accepter

Marcher dans l’incertitude est naturel et humain. Nous ne devrions pas prendre peur pour autant. La vie est comme un torrent d’eau qui change de direction, mais va toujours de l’avant. C’est comme un courant d’eau qui se transforme parfois en un ruisseau fragile… mais qui au contraire, après une grosse tempête, retrouve la puissance des temps passés.

Même le chemin qu’une rivière parcourt est incertain. Son impulsion et sa confiance aveugle en la terre qu’elle inonde sont le moteur qui l’amène à continuer sur ce chemin précaire. Aussi changeant que notre vie.

« Vivre est la chose la plus rare du monde. La plupart des gens ne font qu’exister. »

-Oscar Wilde-

En psychothérapie, c’est la même chose. La personne se sentira souvent perdue. Mais c’est très différent de se sentir perdu-e en étant accompagné-e qu’en étant seul-e et sans le soutien de personne. Seulement, la seule présence du/de la psychothérapeute ne donnera pas au/à la patient-e l’impression d’être accompagné-e. Le-a patient-e se sent accompagné-e dans la mesure où le-a thérapeute lui remet petit à petit tous les fils que le-a patient-e lui a confiés. Avoir une attitude empathique et respecter les rythmes du/de la patient-e est crucial dans ce processus.

Une jolie métaphore de l’empathie

Voici une jolie métaphore sur le processus d’accompagnement en thérapie. C’est un psychologue spécialiste du deuil qui l’a énoncée. Il disait que le-a patient-e, ou la personne qui confie sa douleur au/à la psychothérapeute, lui lance une série de fils. Oui, comme les fils d’une pelote de laine, par exemple. Iel lance à son rythme. Parfois, iel met du temps et parfois, iel les lance tous d’un coup.

« Nous devons être capable, pour nous-même, non pas d’être sûr de nous, mais de tolérer l’insécurité. »

-Erich Fromm-

Le-a thérapeute recueille donc ces fils que le-a patient-e lui lance, mais au lieu de les laisser de côté, iel les lui rend. Petit à petit, les fils se croisent et créent un tissu. Ce tissu personnalisé sera celui qui servira de soutien au/à la patient-e et sur lequel iel pourra s’asseoir dans le futur. Le tissu que les deux personnes ont créé est une métaphore de la relation thérapeutique.

Thérapeute et patient-e naviguent dans le même bateau

La relation thérapeutique ne peut être comprise sans empathie. L’empathie est cette base, ce merveilleux tissu, sur lequel le processus thérapeutique prend place. Chaque geste, chaque émotion, chaque pensée, chaque besoin sont écoutés, sont compris et sont remis de manière plus claire, plus nette et plus ajustée à la personne qui se trouve devant nous.

Le-a thérapeute ne navigue pas sur un bateau différent. Iel se trouve sur le même bateau que son/sa patient-e. Et iels naviguent ensemble. Iel l’accompagne sur cette traversée incertaine et pleine de vie.

Si le-a thérapeute ne rend aucun des fils que le-a patient-e lui envoie, iel ne pourra pas construire une relation de confiance et de sécurité avec lui/elle. Les deux personnes ne seront pas harmonie et le-a patient-e, loin de percevoir son/sa psychologue comme quelqu’un de proche, finira par le-a voir comme une figure distante et floue en qui iel ne pourra pas avoir confiance, et encore pire, avec qui iel ne sentira pas libre d’être lui/elle-même.

Le-a thérapeute doit aussi écouter ce qui n’est pas dit en mots

Pour rendre… il faut écouter. Mais il faut également écouter chaque mouvement du/de la patient-e. Les personnes parlent avec de multiples langages. Nous parlons avec chacune des parties de notre corps, sans forcément prononcer des mots avec notre bouche. Il faut écouter chacun de ces langages.

« Que signifie aider ? L’aide est un art. Comme tout art, cela requiert une adresse que l’on peut apprendre et à laquelle on peut s’exercer. Cela demande aussi de l’empathie envers la personne qui est à la recherche d’aide. C’est-à-dire qu’il faut comprendre ce qui lui correspond et, en même temps, ce qui la transcende et l’oriente vers un contexte plus global. »

-Bert Hellinger-

Il faut maîtriser cette sagesse que l’on ne nous a jamais apprise dans les études ou dans les livres. C’est un langage bien plus subtil et intuitif. Il faut comprendre que le cours de la vie passe aussi par ces endroits et les thérapeutes doivent le comprendre pour se rapprocher de leur patient-e. Il n’y a qu’ainsi qu’iels seront capables de les écouter et les comprendre.

Comprendre avec de l’empathie est essentiel dans la thérapie

C’est dans cette compréhension empathique que se configure la relation thérapeutique. Comme Mariana Yela l’a dit dans la préface d’un livre de Carl Rogers et de Marian Kinget :

« Le psychothérapeute ne sanctionne pas, ne censure pas, ne juge pas le patient, ni n’agit pour lui. Il ne lui indique aucun chemin, ni ne lui ferme de voies. Il vit avec lui ses conflits et ses problèmes, en s’efforçant de comprendre les sens personnels qu’ils prennent pour l’autre. Le patient ne trouve rien dans ce qui l’éloigne de lui ou dans ce qui l’incite à se voiler la face. »

C’est pour cela que le processus thérapeutique est unique et personnel. Il n’y a pas de « paquets standards », de réponses ni de techniques universelles. Chaque personne est unique en elle-même et les thérapeutes doivent systématiquement s’ajuster à elles. Iels doivent les accompagner sur cette traversée que l’on appelle « la vie ». Une traversée durant laquelle il faut accepter qu’il y ait des moments sûrs et moins sûrs, car finalement…

Qu’est-ce que c’est que tout cela, sinon la vie ?